Et les Vi­kings de­vinrent nor­mands…

« Nos an­cêtres les Gau­lois… » pro­cla­maient au­tre­fois les livres d’his­toire. Sauf que d’autres peuples ont aus­si par­ti­ci­pé à la fon­da­tion de ce qui de­vien­dra la France. Comme les Vi­kings.

Aujourd'hui en France - - VOTRE SOIRÉE TÉLÉVISION - ALEXIS PERCHÉ A.P.

BLONDS, BARBARES, vio­lents, mous­ta­chus, les Vi­kings sti­mulent l’ima­gi­naire fran­çais. Il ne faut pas ou­blier que ces hommes du Nord ont aus­si for­gé la France dans la­quelle nous vi­vons au­jourd’hui, prin­ci­pa­le­ment la Nor­man­die.

Pen­dant en­vi­ron soixante-dix ans, les Vi­kings ont as­sailli les côtes de la Manche et les rives de la Seine. Mal­gré leur faible nombre, ces en­va­his­seurs ont bous­cu­lé nos dé­fenses pour la gloire et l’ap­pât du gain. Les Vi­kings re­cher­chaient l’or, ils at­ta­quaient de pré­fé­rence les mo­nas­tères et les places mar­chandes. Au pas­sage, ils cap­tu­raient hommes et femmes afin de les vendre comme es­claves. L’op­po­si­tion à ces as­sauts était sou­vent in­si­gni­fiante, car les villes et les ab­bayes étaient mal dé­fen­dues.

« Les rois francs ont pei­né à dé­fendre leur do­maine contre les Vi­kings. Dé­pour­vus de flotte, ils ne pou­vaient pas les com­battre en mer. Ils ont éle­vé des for­ti­fi­ca­tions le long des fleuves et en­tre­pris de leur ver­ser des tri­buts, sur­nom­més da­ne­gelds, à l’image de ce qui se pra­ti­quait dans le monde an­glo-saxon. Cette tac­tique a lar­ge­ment échoué, puis­qu’elle a sur­tout in­ci­té les Vi­kings à re­ve­nir en nombre en exi­geant tou­jours da­van­tage », in­dique Vincent Car­pen­tier, in­gé­nieur à l’Ins­ti­tut na­tio­nal de re­cherches ar­chéo­lo­giques pré­ven­tives (In­rap). nen­tales. Les raids très vio­lents des pre­mières dé­cen­nies ont cer­tai­ne­ment en­gen­dré une vé­ri­table ter­reur », pour­suit l’ex­pert. Néan­moins, à par­tir du mi­lieu du IXe siècle, les sé­jours ré­gu­liers de bandes vi­kings en des lieux pré­cis — es­tuaires, îles — ont don­né lieu à des rap­pro­che­ments, des échanges com­mer­ciaux avec les po­pu­la­tions lo­cales. C’est dans ce contexte am­bi­va­lent que se se­raient ins­tal­lés les pre­miers Vi­kings de Nor­man­die, au­tour de Rouen vers 890. Une pré­sence for­ma­li­sée lors de la si­gna­ture du trai­té de Saint-Clair­sur-Epte, en 911 : le roi des Francs Charles III concède aux Vi­kings le com­té de Rouen et tout le ter­ri­toire entre l’Epte et la mer, base du fu­tur du­ché de Nor­man­die. « L’hé­ri­tage vi­king a sou­vent été très exa­gé­ré et dé­for­mé », in­siste Vincent Car­pen­tier. Se­lon lui, les legs ar­chéo­lo­gique et gé­né­tique sont li­mi­tés. En fait, ils concernent prin­ci­pa­le­ment la Nor­man­die et ré­sident avant tout dans la sphère tech­nique et cultu­relle liée aux choses de la mer et à la na­vi­ga­tion. « Le vo­ca­bu­laire nau­tique en conserve une forte em­preinte, de même que les noms de pois­sons et autres ani­maux ma­rins du bassin Manche et mer du Nord, comme houle, vague, flotte, or­phie, mar­souin », sou­ligne l’in­gé­nieur. Un point com­plet a été fait sur le lexique « vi­king » par Eli­sa­beth Ri­del, doc­teur en lin­guis­tique et in­gé­nieur d’études CNRS. La to­po­ny­mie nor­mande est éga­le­ment très mar­quée par l’hé­ri­tage lin­guis­tique vi­king, tout spé­cia­le­ment dans les sec­teurs cô­tiers où ils se sont ma­jo­ri­tai­re­ment ins­tal­lés : NordCo­ten­tin, es­tuaires du Cal­va­dos, en par­ti­cu­lier au nord de Bayeux et dans la ré­gion de Di­ves­sur-Mer, pays de Caux et basse val­lée de Seine. Le plus grand hé­ri­tage vi­king ré­side donc dans les noms des lieux. Ce sont sur­tout des termes to­po­gra­phiques du re­lief na­tu­rel, qui sou­vent in­duisent en er­reur car ils res­semblent au fran­çais. Pas de fleur dans Hon­fleur, de boeuf à El­beuf, ou de bec à Bric­que­bec, mais bien une ori­gine vi­king.

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