Avant-garde à tous les étages

Aujourd'hui en France - - VOTRE SOIRÉE TÉLÉVISION - RE­NAUD BARONIAN

À MÉCÈNES D’EX­CEP­TION, il fal­lait un écrin ex­tra­or­di­naire. Lorsque le couple Noailles ( lire ci-des­sous) dé­cide de faire construire sa ré­si­dence es­ti­vale, sur les hau­teurs de Hyères (Var) au dé­but des an­nées 1920, il ne fait pas les choses à moi­tié : il la fait des­si­ner par un ar­chi­tecte hors normes qui a le vent en poupe, Ro­bert Mal­let-Ste­vens. Ce­lui-ci va tout sim­ple­ment, par le biais de cet édi­fice, lan­cer l’ar­chi­tec­ture mo­derne, ou mo­der­nisme, en y ap­pli­quant les prin­cipes du mou­ve­ment ra­tio­na­liste, à sa­voir la re­cherche d’une lu­mi­no­si­té maxi­male.

Les com­man­di­taires ne s’ar­rêtent pas là : ils veulent ce qui se fait de mie u x à l ’ é p o q u e e n ma­ti è r e d’avant-garde. Ils en­ri­chissent donc leur bâ­ti­ment de mo­bi­lier éga­le­ment si­gné Mal­let-Ste­vens, mais aus­si Mar­cel Breuer, qui va créer pour la vil­la deux icônes du de­si­gn du XXe siècle : le fau­teuil tran­sat et la chaise Was­si­li. Ça ne suf­fit tou­jours pas : ils achètent des meubles à Char­lotte Per­riand, proche de Le Cor­bu­sier, font fa­çon­ner des fer­ron­ne­ries par Jean Prou­vé, des toiles im­pri­mées par Raoul Duf­fy, des tis­sus par So­nia De­lau­nay, des vi- traux par le maître Louis Ba­rillet… Pour la dé­co, pas de problème : les quinze chambres se voient at­tri­buer des oeuvres de Mon­drian, Bran­cu­si, Gia­co­met­ti, Braque. En 1925, les époux em­mé­nagent dans la vil­la Noailles, qui connaî­tra une suc­ces­sion d’amé­na­ge­ments j us­qu’en 1933.

Ren­dez-vous sur­réa­liste

Ra­che­té par la ville de Hyères en 1973 après être tom­bé en désué­tude, ce joyau de 2 000 m2 sur­nom­mé le Pa­que­bot im­mo­bile, avec ses formes cu­biques, ses ter­rasses, son ar­chi­tec­ture fonc­tion­nelle, est clas­sé aux Mo­nu­ments his­to­riques avant d’être res­tau­ré. Au­jourd’hui, la vil­la rem­plit une double fonc­tion : cultu- relle — elle fait of­fice de ré­si­dence pour des jeunes ar­tistes afin de pé­ren­ni­ser l’es­prit de mé­cé­nat cher à ses fon­da­teurs, et or­ga­nise des fes­ti­vals et ex­po­si­tions d’art mo­derne, de mode, de de­si­gn tout au long de l’an­née —, et pa­tri­mo­niale : elle est ou­verte gra­tui­te­ment au pu­blic. Un pu­blic qui, quand il en­tre­prend sa vi­site, peut en­core en­tendre bruis­ser les pas des fan­tômes de l’avant­garde ar­tis­tique des an­nées 1930.

Car les Noailles ne pou­vaient se conten­ter d’un pa­lais vide, aus­si beau soit-il. Dès 1925, leur vil­la de­vint le ren­dez-vous très cou­ru des ar­tistes, no­tam­ment des sur­réa­listes chers au coeur de Ma­rie-Laure de Noailles : Jean Coc­teau, Pa­blo Pi­cas­so, Sal­va­dor Da­li, Al­ber­to Gia­co­met­ti, Luis Buñuel s’y re­trou­vaient, et Man Ray y tour­na même un film : « les Mys­tères du châ­teau de Dé ». Le bâ­ti­ment, somp­tueux, conserve les traces de leur pré­sence.

Hyères (Var). La vil­la Noailles a été construite dans les an­nées 1920 par l’ar­chi­tecte Ro­bert Mal­let-Ste­vens. « Le Pa­que­bot im­mo­bile » ac­cueille au­jourd’hui des ré­si­dences de jeunes ar­tistes afin de per­pé­tuer l’es­prit in­suf­flé par les Noailles.

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