« Cer­tains ne par­viennent pas à re­prendre une vie nor­male »

Mi­chel Be­noît,

Aujourd'hui en France - - LE FAIT DU JOUR - Pro­pos re­cueillis par CH. B.

Pro­fes­seur et chef du ser­vice de psy­chia­trie au CHU de Nice, Mi­chel Be­noît co­or­donne les cel­lules d’ur­gence mé­di­co-psy­cho­lo­gique mises en place au len­de­main de l’at­taque.

Nice est-elle une ville trau­ma­ti­sée ?

MI­CHEL BE­NOÎT. C’est une ville bles­sée, où existe une cer­taine ap­pré­hen­sion. Peut-être que Nice a per­du, pour quelque temps, un peu de son in­sou­ciance. La bles­sure col­lec­tive se re­fer­me­ra, mais c’est aus­si in­di­vi­duel­le­ment qu’elle doit se ré­sor­ber. De­puis un mois, les per­sonnes les plus di­rec­te­ment tou­chées ont été vues par des psy­cho­logues, et sont sui­vies. Mais une ca­té­go­rie de gens, pas moins im­por­tante, a su­bi de près l’évé­ne­ment mais ne s’est pas for­cé­ment si­gna­lée. Ceux qui éprouvent en­core des symp­tômes de stress post­trau­ma­tique doivent être sui­vis sans at­tendre. Si­non, ils risquent de se re­trou­ver han­di­ca­pés psy­chiques. Il faut à tout prix évi­ter cette es­ca­lade.

Quels sont ces symp­tômes ?

Une an­xié­té in­ha­bi­tuelle, des dif­fi­cul­tés à se concen­trer, des flash-back qui peuvent sur­gir la nuit, mais aus­si en pleine jour­née. Cer­tains adoptent des conduites d’évi­te­ment : ils ont du mal à sor­tir, ne vont pas dans cer­tains lieux, ne par­viennent pas à re­prendre une vie nor­male. D’autres bon­dissent au moindre bruit et pa­niquent dès qu’une nou­velle pour­rait rap­pe­ler l’agres­sion qu’ils ont su­bie. Ce qui s’est pas­sé en Al­le­magne ou l’as­sas­si­nat du père Ha­mel ont pu ra­vi­ver les symp­tômes.

Ne passent-ils pas avec le temps ?

Ça peut pas­ser avec le temps, mais on ne sait pas chez qui. C’est tout le pro­blème. Chez cer­taines per­sonnes, ce choc peut conduire à long terme à une dé­pres­sion et à des ad­dic­tions, no­tam­ment à l’al­cool ou aux mé­di­ca­ments. Il y a aus­si des consé­quences so­ciales im­por­tantes : des per­sonnes vont avoir du mal à re­prendre leur tra­vail dans de bonnes condi­tions. On es­time en gé­né­ral que, dans ce genre de chocs, entre 5 et 15 % des per­sonnes di­rec­te­ment im­pli­quées souf­fri­ront de troubles du­rables. Mais il est trop tôt pour dire quelle se­ra l’am­pleur des com­pli­ca­tions à Nice, car au­cun évé­ne­ment ne res­semble à un autre.

Comment vont les en­fants, qui étaient nom­breux ce soir-là sur la pro­me­nade ?

Des pe­tits ont connu des stress très forts, mais pas en nombre aus­si im­por­tant que les adultes, peut-être parce qu’ils ont été, tout de suite, très pro­té­gés. On a vu entre 40 et 60 en­fants par jour dans nos per­ma­nences, dans les pre­miers temps. Pour les adultes, on re­cen­sait au 1er août plus de 3 400 exa­mens dans les postes d’ur­gence psy­cho­lo­gique. C’est consi­dé­rable. La se­maine der­nière, pour l’hô­pi­tal Pas­teur, ont aus­si eu lieu plus de 600 consul­ta­tions psy­cho­lo­giques. Et on s’at­tend à une crois­sance si­gni­fi­ca­tive des de­mandes après le 15 août, quand ren­tre­ront ceux par­tis se chan­ger les idées en va­cances.

« Les pe­tits ont connu des stress très forts, mais pas en nombre aus­si im­por­tant que les adultes »

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