Le dé­li­cat dé­compte des vic­times

Aujourd'hui en France - - LE FAIT DU JOUR - Sté­phane Gic­quel de la Fen­vac TIMOTHÉE BOUTRY

DES EN­FANTS PER­CU­TÉS, des va­can­ciers mu­ti­lés et des es­ti­vants à ja­mais mar­qués. L’at­ten­tat de Nice a fait d’in­nom­brables vic­times. Com­bien ? Ré­pondre à cette ques­tion ne va pas de soi. Si le nombre de morts (85 de­puis le dé­cès il y a dix jours d’un père de fa­mille hos­pi­ta­li­sé) et de bles­sés phy­siques (434) ne fait pas dé­bat, ce­lui des bles­sés psy­chiques reste à dé­fi­nir.

« L’at­ten­tat de Nice change la donne puisque c’est la pre­mière at­taque de masse en mi­lieu ou­vert avec des mil­liers de per­sonnes pré­sentes. Plu­sieurs cas de stress post­trau­ma­tique ont été re­le­vés par­mi les res­ca­pés qui ont vé­cu la pa­nique et vu des corps très abî­més, re­lève Sté­phane Gic­quel, le se­cré­taire gé­né­ral de la Fé­dé­ra­tion na­tio­nale des vic­times d’at­ten­tats et d’ac­ci­dents col­lec­tifs (Fen­vac). Ce pré­ju­dice doit être ré­pa­ré. » Car au-de­là de la di­men­sion sym­bo­lique, l’en­jeu de la dé­fi­ni­tion du pé­ri­mètre des vic­times est bien là : l’in­dem­ni­sa­tion fi­nan­cière.

C’est le Fonds de ga­ran­tie des vic­times des actes de ter­ro­risme et d’autres in­frac­tions (FGTI) qui est char­gé de pro­cé­der aux ver­se­ments, en pre­nant en compte chaque si­tua­tion per­son­nelle pour cal­cu­ler le mon­tant. Le fonds a pris l’ha­bi­tude de se re­po­ser sur l’au­to­ri­té ju­di­ciaire pour dé­fi­nir la liste des bé­né­fi­ciaires de ses sub­sides. A chaque ca­tas­trophe, le par­quet dresse une liste unique de vic­times (LUV). Pour les at­ten­tats du 13 No­vembre par exemple, trois LUV ont été dres­sées : une pour les dé­cès (130 per­sonnes), une pour les bles­sés phy­siques (495 per­sonnes) et une pour les bles­sés psy­chiques (1 122 cas).

Mais, là en­core, la spé­ci­fi­ci­té de l’at­ten­tat de Nice bou­le­verse les ha­bi­tudes : le par­quet de Pa­ris n’éta­bli­ra pas de LUV pour les per­sonnes cho­quées. « Il y a un prin­cipe de réa­li­té. Avec une scène de crime en ex­té­rieur et des cen­taines de per­sonnes concer­nées, il est im­pos­sible de consa­crer tous nos moyens à les re­cen­ser », ex­plique-t-on au par­quet de Pa­ris, com­pé­tent sur tout le ter­ri­toire pour les dos­siers ter­ro­ristes. Car der­rière chaque ins­crip­tion, un tra­vail de col­lecte d’in­for­ma­tion et de vé­ri­fi­ca­tion est né­ces­saire. A la suite des at­ten­tats du 13 No­vembre, trois cas de fausses vic­times ont ain­si été dé­bus­qués. « Cette dé­ci­sion du par­quet ne me choque pas, ré­agit Sté­phane Gic­quel. Compte te­nu de la me­nace, je pense que les ma­gis­trats et les po­li­ciers spé­cia­li­sés ont autre chose à faire. »

C’est donc au FGTI qu’il ap­par­tien­dra de re­cen­ser les bles­sés psy- chiques in­dem­ni­sables. « Mal­heu­reu­se­ment, on est en­core dans le flou sur les condi­tions fixées par le fonds, re­grette Sté­phane Gic­quel. D’au­tant que les spec­ta­teurs du feu d’ar­ti­fice au­ront du mal à prou­ver leur pré­sence sur place. Con­trai­re­ment au Ba­ta­clan, au­cun ti­cket n’était né­ces­saire. »

Les cri­tères du fonds sont en train d’être dé­fi­nis. Ils de­vraient être dé­voi­lés lors du pro­chain conseil d’ad­mi­nis­tra­tion déb u t s e p t e mbre. « Il fau­dra au moins fournir une preuve de pré­sence sur les lieux et une pièce mé­di­cale at­tes­tant du pré­ju­dice, ex­plique-t-on au FGTI. Mais notre but n’est pas de ré­duire au mi­ni­mum les bé­né­fi­ciaires. »

« Les spec­ta­teurs du feu d’ar­ti­fice au­ront du mal à prou­ver leur pré­sence sur place »

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