Wi­ki­Leaks, le poi­son an­ti-Clin­ton

ÉTATS-UNIS. De ré­vé­la­tions en dé­cla­ra­tions fra­cas­santes, l’or­ga­ni­sa­tion de Ju­lian As­sange, connue pour faire fui­ter des do­cu­ments confi­den­tiels, a ci­blé ces der­nières se­maines la can­di­date dé­mo­crate. Et ce n’est pas fi­ni…

Aujourd'hui en France - - ACTUALITÉ - Ju­lian As­sange, au su­jet de Hilla­ry Clin­ton GAËL LOM­BART

WI­KI­LEAKS, FAI­SEUR DE ROI ? La sul­fu­reuse or­ga­ni­sa­tion, qui re­ven­dique la pu­bli­ca­tion de­puis 2006 de plus de dix mil­lions de do­cu­ments sou­vent confi­den­tiels, s’im­misce de­puis quelques se­maines dans le duel Trump-Clin­ton.

Et des deux ri­vaux pour la Mai­son-Blanche, c’est la can­di­date dé­mo­crate qui a le plus à craindre du pou­voir de nui­sance du site, cé­lèbre pour avoir fait fui­ter de nom­breux télégrammes de la di­plo­ma­tie amé­ri­caine à par­tir de no­vembre 2010… quand Hilla­ry Clin­ton la di­ri­geait !

Le 12 juin der­nier, son fon­da­teur, Ju­lian As­sange, lance l’of­fen­sive. De­puis l’am­bas­sade équa­to­rienne de Londres où il s’est ré­fu­gié il y a quatre ans, l’Aus­tra­lien de 45 ans an­nonce à la té­lé­vi­sion la pu­bli­ca­tion im­mi­nente d’e-mails com­pro­met­tants « liés à Hilla­ry Clin­ton ». Tout en qua­li­fiant Do­nald Trump de « phé­no­mène im­pré­vi­sible », il ne cache pas son hos­ti­li­té à l’égard de l’ex-first la­dy : « Elle a en­cou­ra­gé des pour­suites à l’égard de Wi­ki­Leaks, en­core en cours. Donc, nous la voyons un peu comme un pro­blème, pour la li­ber­té de la presse plus gé­né­ra­le­ment. »

La me­nace de grand dé­bal­lage est mise à exé­cu­tion le 22 juillet, juste avant l a conven­tion de Phi­la­del­phie qui doit consa­crer Clin­ton. Par­mi les 19 000 mes­sages du Co­mi­té na­tio­nal dé­mo­crate (DNC) dif­fu­sés, cer­tains montrent que la di­rec­tion du par­ti, cen­sée être im­par­tiale, a cher­ché à dé­fa­vo­ri­ser Ber­nie San­ders, l’ad­ver­saire de Clin­ton à la pri­maire. La fuite jette la sus­pi­cion de la vic­toire de Hilla­ry Clin­ton et ali­mente la co­lère des par­ti­sans de San­ders. Avant qu’éclate ce scan­dale, un ha­ckeur ca­ché der­rière le pseu­do­nyme Guc­ci­fer 2.0 avait, lui aus­si, dif­fu­sé des do­cu­ments pro­ve­nant du ser­veur du co­mi­té dé­mo­crate. Les en­quê­teurs s’étaient vite orien­tés vers la piste de l’es­pion­nage russe, mais rien n’a prou­vé jus­qu’ici que Wi­ki­Leaks ait ob­te­nu les e-mails par ce biais.

Mar­di der­nier, Ju­lian As­sange a se­mé le trouble sur l’ori­gine de la fuite, en évo­quant l’ho­mi­cide non élu­ci­dé, le 10 juillet à Wa­shing­ton, d’un membre du DNC, Seth Rich. Une af­faire de cam­brio­lage, a ex­pli­qué la po­lice, avant qu’As­sange ne sug­gère que Rich au­rait pu être son in­for­ma­teur. « Les lan­ceurs d’alerte prennent sou­vent de très grands risques pour nous ob­te­nir des do­cu­ments. Un homme de 27 ans qui tra­vaillait pour le DNC a été abat­tu dans le dos, as­sas­si­né il y a quelques se­maines pour des rai­sons in­con­nues, alors qu’il se pro­me­nait dans les rues de Wa­shing­ton. » Sans rien af­fir­mer, le fon­da­teur de Wi­ki­Leaks donne du grain à moudre aux conspi­ra­tion­nistes. D’au­tant que, le même jour, l’or­ga­ni­sa­tion an­nonce sur Twit­ter of­frir 20 000 $ (en­vi­ron 18 000 €) à qui au­rait des in­for­ma­tions per­met­tant l’ar­res­ta­tion du meur­trier de Rich.

Alors que la cam­pagne de Do­nald Trump est ébran­lée de­puis trois se­maines par des po­lé­miques à ré­pé­ti­tion, Wi­ki­Leaks semble don­ner — vo­lon­tai­re­ment ou non — un coup de pouce au ré­pu­bli­cain et pro­met d’autres ré­vé­la­tions d’ici le 8 no­vembre. De­puis plu­sieurs jours, cer­tains dé­mo­crates brossent le scé­na­rio du pire : « Se­lon toute vrai­sem­blance, la Rus­sie et As­sange pré­voient dé­jà une sur­prise d’oc­tobre (NDLR : Oc­to­ber sur­prise, en an­glais) pour in­fluen­cer notre élec­tion et dé­sta­bi­li­ser l’al­liance oc­ci­den­tale », s’in­quiète l’ana­lyste po­li­tique Craig Va­ro­ga, ci­té par Po­li­ti­co. « Sur­prise d’oc­tobre », ou cet évé­ne­ment de der­nière mi­nute qui, dans le sprint fi­nal, peut faire bas­cu­ler une élec­tion.

« Nous la voyons comme un pro­blème pour la li­ber­té de la presse »

Ju­lian As­sange pré­voit d’autres coups d’éclat concer­nant la can­di­date dé­mo­crate à l’élec­tion pré­si­den­tielle amé­ri­caine, Hilla­ry Clin­ton. Cer­tains ana­lystes po­li­tiques re­doutent des ré­vé­la­tions de der­nière mi­nute, qui in­fluen­ce­raient le ré­sul­tat du vote, en no­vembre.

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