« Je vou­lais faire com­prendre ce mi­lieu aux gens »

Phi­lippe Sab­bah,

Aujourd'hui en France - - ACTUALITÉ - Pro­pos re­cueillis par M.P.

Après dix ans dans les salles des mar­chés de Ma­drid, Pa­ris et Hong­kong, Phi­lippe Sab­bah a tra­vaillé pour la banque d’af­faires amé­ri­caine JPMor­gan, avant de pré­si­der Ro­be­co Ges­tions Pa­ris, lea­deur néer­lan­dais de la ges­tion d’ac­tifs. Aviez-vous pré­vu un tel suc­cès com­mer­cial ? PHI­LIPPE SAB­BAH. J’ai ef­fec­tué toute ma car­rière dans la fi­nance et je vou­lais faire com­prendre ce mi­lieu aux gens, leur ex­pli­quer pour­quoi nous sommes dans la pa­nade, mais sans faire un cours d’éco. La bande des­si­née, qui exige un gros ef­fort de syn­thèse, m’at­ti­rait par­ti­cu­liè­re­ment. Nous avions iden­ti­fié « un trou », une ab­sence d’offre éco en ma­tière de BD. Mais de là à pré­voir un tel en­goue­ment du pu­blic… Quel as­pect de la fi­nance ex­plo­re­rez-vous dans le nou­veau cycle ? L’ac­tion s’ap­puie­ra par­ti­cu­liè­re­ment sur le mar­ché des ma­tières pre­mières — pé­trole et or —, mais aus­si sur ce­lui des den­rées ali­men­taires. Franck Car­vale, sor­ti de pri­son, ten­te­ra éga­le­ment de se ra­che­ter une conduite — et de re­con­qué­rir sa dul­ci­née ! — en s’aven­tu­rant du cô­té de la fi­nance res­pon­sable. Toutes les anec­dotes is­sues du monde de la fi­nance sont-elles vé­ri­diques ? Oui, à 100 %, ex­cep­té quelques dé­tails. Le bi­zu­tage du nou­veau tra­deur, j’ai connu. Dans « Hedge Fund », Franck Car­vale prend des po­si­tions sur des bon­bons et se re­trouve avec… 10 000 pa­quets de fraises Ta­ga­da sur les mains. Moi, ce n’était pas des fraises Ta­ga­da, mais des Ca­ram­bar ! En fait, c’est presque une ma­nie, dès que le mar­ché s’en­dort, les cour­tiers cotent des prix sur tout et n’im­porte quoi. L’été, c’était sur le nombre de cou­reurs à l’ar­ri­vée du Tour de France, ou le to­tal de buts à la fin de la sai­son de Ligue 1. La fac­ture peut grim­per très haut très vite… Consi­dé­rez-vous « Hedge Fund » comme une BD sombre, cy­nique ? Je suis sor­ti de l’ESCP Pa­ris en 1988, en pleine dé­ré­gu­la­tion Rea­ganT­hat­cher, les mar­chés fi­nan­ciers re­pré­sen­taient l’al­pha et l’omé­ga de l’éco­no­mie. Franck Car­vale est un ga­min de cette époque. Il peut sem­bler un per­son­nage sans scru­pules, mais n’est-il pas aus­si vic­time du sys­tème ? La vé­ri­té, c’est qu’une salle des mar­chés est un uni­vers dé­li­rant, où un tra­deur fi­nit par ou­blier les sommes co­los­sales qu’il ma­ni­pule. Plus per­sonne ne compte les zé­ros ! En front of­fice, lorsque je di­sais « tu m’en prends pour 200 », ce­la si­gni­fiait… 200 M€ !

« Une salle des mar­chés est un uni­vers dé­li­rant »

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