« Même les évêques sont fouillés »

LOURDES. 25 000 per­sonnes sont at­ten­dues pour la messe de l’As­somp­tion. Mgr Brou­wet, l’évêque de la ville, nous ex­plique le contexte par­ti­cu­lier de la cé­lé­bra­tion, mar­quée par une sé­cu­ri­té ren­for­cée.

Aujourd'hui en France - - ACTUALITÉ - Pro­pos re­cueillis par FLO­RENCE MÉRÉO

C’EST LA TRA­DI­TION qui le veut : l’évêque de Lourdes (Hautes-Py­ré­nées) ne cé­lèbre ja­mais le 15 août… à Lourdes ! Mais cette an­née, Mgr Ni­co­las Brou­wet concède avoir hé­si­té à quit­ter la ci­té ma­riale. Car, après l’as­sas­si­nat du père Ha­mel dans son église de Saint-Etienne-du-Rou­vray (Seine-Ma­ri­time), ce 143e pè­le­ri­nage est par­ti­cu­liè­re­ment « im­por­tant ». Une prière se­ra don­née de­main « pour la France ». Après le drame de Saint-Etien­ne­du-Rou­vray, le nombre d’ins­crip­tions au pè­le­ri­nage a bon­di, mais il est in­fé­rieur aux an­nées pré­cé­dentes. Comment l’ex­pli­quez-vous ? Mgr NI­CO­LAS BROU­WET. Les Jour­nées mon­diales de la jeu­nesse (JMJ), qui ont drai­né beau­coup de monde le mois der­nier en Po­logne, ex­pliquent en par­tie cette baisse. Pour le reste, même si je le re­grette, je peux com­prendre que cer­tains aient peur de se re­trou­ver dans un lieu de ras­sem­ble­ment. Un di­rec­teur de pè­le­ri­nage ita­lien m’a dit re­non­cer à cause du cli­mat an­xio­gène en France. Nous ver­rons après la messe du 15 août si la baisse est vrai­ment sen­sible. Des mil­liers de per­sonnes sup­plé­men­taires vont spon­ta­né­ment ve­nir.

« La sé­cu­ri­té du site n’a ja­mais at­teint un tel ni­veau »

A cause des me­naces, de nom­breux évé­ne­ments en France ont été an­nu­lés. N’au­rait-il pas fal­lu le faire pour Lourdes ? Non. Ce pè­le­ri­nage est né­ces­saire. Lors de l’as­sas­si­nat du père Ha­mel, beau­coup se sont in­ter­ro­gés sur le pour­quoi d’une telle vio­lence, sur la ré­ac­tion à avoir. Ma­rie, que nous cé­lé­brons ce week-end, est l’image même de l’hu­ma­ni­té et de la com­mu­nion dont nous avons tant be­soin ces temps-ci. De nom­breuses me­sures de pré­cau­tion ont été prises pour pro­té­ger et ras­su­rer. Les­quelles ? Les portes d’ac­cès ont été ré­duites de douze à trois. Notre ser­vice de sé­cu­ri­té a été ren­for­cé. Per­sonne ne s’y sous­trait : même les évêques et les ma­lades sont fouillés. La sé­cu­ri­té du site n’a ja­mais at­teint un tel ni­veau. Même lors de la ve­nue de JeanPaul II en 2004 et de Be­noît XVI en 2008, il n’y avait pas au­tant de res­tric­tions et de rues fer­mées. Et vous, en tant qu’évêque, avez-vous peur ? Un soir, lors d’une veillée, j’ai pris conscience d’être une cible po­ten- tielle. Je ne me laisse pas abattre par ce type de consi­dé­ra­tion. Nous sommes dans le ju­bi­lé de la Mi­sé­ri­corde. Ce­la me fait dire que oui, il y a de la vio­lence, mais il n’y a pas que ce­la. Je ne peux ni me lais­ser prendre dans la vio­lence de l’autre ni me lais­ser en­fer­mer dans la ter­reur. La vie triom­phe­ra. Le di­manche 1er août, les mu­sul­mans étaient in­vi­tés à se rendre à l’église. Que s’est-il pas­sé de­puis ? Lo­ca­le­ment, j’ai re­çu un pe­tit mot de so­li­da­ri­té, dont j’étais très content, d’ une des mos­quées de Tarbes. Mais le dia­logue se fait à pe­tits pas. La f l a mme e s t v a - cil­lante. On ver­ra dans trois mois, dans six mois, ce que ce­la donne. J’ai­me­rais que les mu­sul­mans se po­si­tionnent plus. Pour ra­vi­ver la flamme ? C’est notre res­pon­sa­bi­li­té à tous. Nous de­vons prendre des con­tacts. Si on ne Lors de la messe de de­main, une « prière pour la France » se­ra faite. Que lui dire, à cette France ? Cette prière est d’abord une ré­fé­rence his­to­rique. Louis XIII, qui ne pou­vait pas avoir d’hé­ri­tier, en re­çut un. En re­mer­cie­ment, il confia en 1638 le royaume de France à Notre-Dame. Cette an­née, cette ré­fé­rence à la na­tion prend tout son sens. Il est im­por­tant de prier pour la so­cié­té dans la­quelle nous vi­vons, pour ses vic­times et ses cri­mi­nels. Et de lui dire de ne pas se lais­ser ten­ter par le re­pli.

« J’ai­me­rais que les mu­sul­mans se po­si­tionnent plus »

Lourdes (Hautes-Py­ré­nées), hier. « De nom­breuses me­sures de pré­cau­tion ont été prises pour pro­té­ger et ras­su­rer », pré­cise Mgr Ni­co­las Brou­wet, l’évêque de Tarbes et de Lourdes, à pro­pos du pè­le­ri­nage de l’As­somp­tion dans la ci­té ma­riale.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.