« Les proches de Ka­ri­ma veulent la vé­ri­té »

IN­CEN­DIE DU CU­BA LIBRE. Me Gé­rard Chem­la, avo­cat de la fa­mille de Ka­ri­ma, bles­sée dans le drame qui a fait 13 morts, exige des ré­ponses sur les normes de sé­cu­ri­té.

Aujourd'hui en France - - ACTUALITÉ - Pro­pos re­cueillis par NI­CO­LAS JACQUARD

AVO­CAT TRÈS IMPLIQUÉ dans la dé­fense des vic­times d’ac­ci­dents col­lec­tifs, Gé­rard Chem­la re­pré­sente la fa­mille de Ka­ri­ma, 22 ans, gra­ve­ment brû­lée dans l’in­cen­die du Cu­ba libre, à Rouen, qui a fait 13 morts dans la nuit du ven­dre­di 5 au sa­me­di 6 août. Le pé­na­liste re­vient sur les cir­cons­tances du drame et dé­taille les pistes que l’en­quête de­vra ex­plo­rer. Dé­sor­mais, celle-ci a été confiée à un juge d’ins­truc­tion, dans le cadre d’une in­for­ma­tion ju­di­ciaire ou­verte cette se­maine pour « ho­mi­cides et bles­sures in­vo­lon­taires par man­que­ment dé­li­bé­ré à la sé­cu­ri­té ». Dans quel état d’es­prit se trouvent au­jourd’hui vos clients ? GÉ­RARD CHEM­LA. Ils sont ext r ê me­ment in­quiets de l’état de san­té de Ka­ri­ma. Ce qu’elle vit est épou­van­table. Cette jeune fille a par ailleurs vu ses meilleurs amis mou­rir. Quoi qu’il ar­rive, son ave­nir s’an­nonce très sombre. Au­jourd’hui, ses proches veulent sa­voir ce qui s’est pas­sé et, sur­tout, être sûrs que ce­la ne se re­pro­duise pas. Jus­te­ment, une se­maine après le drame, en sait-on plus sur ses ori­gines ? Con­trai­re­ment à ce qui a été avan­cé ini­tia­le­ment, il ne semble pas que la per­sonne qui por­tait le gâ­teau d’an­ni­ver­saire d’Ophé­lie ait tré­bu­ché dans l’es­ca­lier. Ce même es­ca­lier, une « échelle de meu­nier », était à la fois très étroit et très proche du pla­fond cou­vert de dalles iso­pho­niques en po­ly­sty­rène. Les pro­jec­tions des bou­gies ont alors pu les en­flam­mer trop fa­ci­le­ment, pro­dui­sant no­tam- ment une in­tense fu­mée. On sait que les vic­times ont été as­phyxiées. Pour­quoi n’ont-elles pas réus­si à sor­tir ? De ce que l’on en sait, sur les 19 ou 20 per­sonnes pré­sentes au sous-sol, 7 ont réus­si à s’échap­per. Elles sont pas­sées sous l e f eu, à quatre pattes, en se brû­lant les mains. Ce sont celles qui se trou­vaient le plus près de l’es­ca­lier, le­quel s’est en­suite em­bra­sé. Les autres ont été prises au piège. A cause de la ra­pi­di­té du si­nistre ? Pas seule­ment. Tous les té­moins que j’ai ren­con­trés at­testent que l’is­sue de se­cours, au sous-sol, était ver­rouillée. Zac, le DJ, était ce­lui qui connais­sait le mieux les lieux. Il s’est sai­si d’un ex­tinc­teur pour dé­fon­cer la porte fer­mée à clé. Tout porte à croire que les ef­forts dé­ployés pour y par­ve­nir ont été im­por­tants, mais ils n’ont pas suf­fi. On re­trouve exac­te­ment le même scé­na­rio tra­gique que lors de l’in­cen­die de la dis­co­thèque le 5-7, qui fit 146 morts en Isère en 1970. Se­lon vous, y a-t-il eu des man­que­ments dans la sé­cu­ri­té ? Ma­ni­fes­te­ment, l’es­ca­lier n’était pas conforme. L’is­sue de se­cours était ver­rouillée et les ma­té­riaux uti­li­sés pas aux normes. Il est vrai, en re­vanche, qu’il y avait des ex­tinc­teurs. Je ne suis pas là pour ré­cla­mer des tê- tes. Ce que veulent mes clients, c’est la vé­ri­té, in­dis­so­ciable de la jus­tice. Le pa­tron des lieux, d’après les té­moins, a fait face ce soir-là. Mais c’était à lui, en tant qu’ex­ploi­tant, de mettre à la dis­po­si­tion de ses clients un en­droit sé­cu­ri­sé et conforme. Il est donc clair que sa res­pon­sa­bi­li­té se­ra mise en cause. En ce qui concerne ces normes, doivent-elles être ré­for­mées ? Nous sommes confron­tés à un éta­blis­se­ment re­ce­vant du pu­blic (ERP) de ca­té­go­rie 5, soit la plus basse des ca­té­go­ries. A ce titre, c’est donc la moins contrô­lée. Il ne faut pas chan­ger la loi mais com­men­cer par la faire ap­pli­quer. La ques­tion des contrôles — ou de l’ab­sence de contrôles — est cru­ciale, et elle de­vra être po­sée.

« Ma­ni­fes­te­ment, l’es­ca­lier n’était pas conforme et l’is­sue de se­cours était ver­rouillée »

Rouen (Seine-Ma­ri­time), le 8 août. Dans la nuit du ven­dre­di 5 au sa­me­di 6 août, 13 per­sonnes qui cé­lé­braient un an­ni­ver­saire ont per­du la vie dans ce bar, à la suite d’un in­cen­die dé­clen­ché par des bou­gies.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.