BI­LAN.

La perte de son titre olym­pique sur 50 m NL in­ter­roge Florent Ma­nau­dou quant à son ave­nir. La na­ta­tion fran­çaise, avec deux mé­dailles d’ar­gent seule­ment, quitte Rio avec une mois­son fa­mé­lique.

Aujourd'hui en France - - ACTUALITÉ - Rio (Bré­sil) De l’un de nos en­voyés spé­ciaux ÉRIC BRUNA

CES PE­TITS riens qui changent tout… Pour un mal­heu­reux cen­tième, la des­ti­née olym­pique de Florent Ma­nau­dou, 25 ans, a bas­cu­lé de l’or à l’ar­gent dans la nuit de ven­dre­di à sa­me­di. En quête d’un deuxième sacre d’af­fi­lée sur 50 m nage libre, le sprin­teur du CN Mar­seille a ra­té son pa­ri de quelques mil­li­mètres, lais­sant l’Amé­ri­cain Er­vin (lire ci-des­sous) mon­ter sur la plus haute marche seize ans après son titre à Syd­ney (21’’41 contre 21’’40). In­vain­cu sur la dis­tance en com­pé­ti­tion in­ter­na­tio­nale de­puis sa 5e place à Bar­ce­lone en fi­nale des Mon­diaux 2013, Su­per Ma­nau­dou n’a pas pu re­te­nir ses larmes d’hu­main. Un co­losse s’érode et une page de la na­ta­tion fran­çaise se tourne…

Où a-t-il per­du ce cen­tième ?

Au bout de 15 m, Ma­nau­dou a com­pris qu’il était mal em­bar­qué. « Je ne fais pas une bonne re­prise de nage, ex­plique-t-il. Je suis trop au-des­sus de l’eau et je manque de vi­tesse. Quand ça ne se passe pas bien dès les pre­miers quinze mètres, on co­gite beau­coup. Je sais qu’An­tho­ny (NDLR : Er­vin) nage très vite en nage pure. C’est dur de le voir re­ve­nir comme ça. J’ai fait des er­reurs dans cette course. »

Le géant tri­co­lore (qui a éta­bli aux Mon­diaux 2015 le re­cord du monde en tex­tile en 21’’19) a en ef­fet plus per­du cette fi­nale qu’Er­vin ne l’a ga­gnée. Il sa­vait qu’à part lui, per­sonne n’était ca­pable de des­cendre en des­sous des 21’’4. Son temps réa­li­sé lors des de­mi-fi­nales (21’’32) lui au­rait of­fert l’or haut la main.

« En fait, j’ai fait l’in­verse d’il y a quatre ans (NDLR : où il était al­lé cres­cen­do), lâche-t-il. C’est dom­mage. » Pour Ro­main Bar­nier, res­pon­sable du col­lec­tif mas­cu­lin et ma­na­geur du CN Mar­seille, son na­geur a aus­si éga­ré son cen­tième sur la route de Rio. « Le réel pro­blème de cette an­née olym­pique, c’est qu’il s’était fixé l’ob­jec­tif pro­fond de ga­gner toutes les courses sur 50 m en pe­tit et grand bas­sin. Une fois ce­la ac­com­pli, il a été dif­fi­cile de se pro­je­ter sur une dé­fense d’un titre olym­pique qui ne fai­sait pas par­tie de ses mo­teurs. »

De­puis tou­jours, le grand pe­tit frère de Laure marche à l’en­vie. Aux pa­ris qu’il se fixe lui-même à court terme. Et on ne peut pas for­cer sa na­ture. « Il est peut-être là le cen­tième, pour­suit Bar­nier. S’il avait eu un mo­teur comme pour al­ler cher­cher le titre mon­dial à Ka­zan, on au­rait peu­têtre eu une autre per­for­mance. Ce­la au­rait été un guide. Cette en­vie de ga­gner ce deuxième titre est ve­nue sur la fin, un peu trop tard. »

Que va chan­ger ce cen­tième ?

« Il est cham­pion olym­pique une fois, il ne change pas de sta­tut… », glisse Bar­nier. Certes. Mais Ma­nau­dou re­de­vient presque un cham­pion olym­pique fran­çais « nor­mal ». Comme Jean Boi­teux, sa soeur Laure, Alain Ber­nard et Yan­nick Agnel, il n’a pas réus­si à dé­cro­cher de nou­veau la lune. Il est sim­ple­ment ce­lui qui au­ra tu­toyé les étoiles de plus près. Digne, les yeux hu­mides, Ma­nau­dou a ten­té de maî­tri­ser son émo­tion en pu­blic. Avant de s’ef­fon­drer en pleurs, à l’abri des re­gards, dans les bras de son ami Frédérick Bous­quet. « Les pro­chains jours vont être dif­fi­ciles », souffle-t-il. « C’est quand même une troi­sième mé­daille olym­pique pour lui (NDLR : avec l’ar­gent du re­lais 4 x 100 m), ob­serve son coach. C’est plu­tôt pas mal… Il va res­ter de l’amer­tume au dé­but, beau­coup de frus­tra­tion et puis j’es­père un jour de la fier­té et du plai­sir. »

Ma­nau­dou se donne du temps pour pan­ser et pen­ser. Un pe­tit cen­tième de moins et il au­rait « bou­clé la boucle », an­non­çant sa re­traite dans la fou­lée de son triomphe. « Mon but, c’est d’ar­rê­ter sur un titre, confiait-il dans nos co­lonnes le 11 dé­cembre der­nier. Je pré­fère les spor­tifs qui ar­rêtent au top de leur forme. C’est tel­le­ment beau… »

La dou­leur de l’ar­gent a ébran­lé ses cer­ti­tudes. Dans l’im­mé­diat, le jeune homme va s’éloi­gner des bas­sins. Sans en fer­mer en­core dé­fi­ni­ti­ve­ment la porte. « Re­ve­nir ou pas, je ne sais pas… En tout cas, j’ai en­vie de prendre du plai­sir dans ma vie, de faire des sports qui me tiennent à coeur (NDLR : no­tam­ment le hand­ball et la mo­to) et on ver­ra ou ça me mène. Si j’ar­rête, ce se­ra pour faire autre chose. Si je conti­nue, c’est que j’au­rai en­core be­soin de trou­ver des ré­ponses à mes ques­tions. » Le choix lui ap­par­tient.

Dans la fa­mille, avec sa soeur Laure, on est ha­bi­tué aux come-back… « Nous n’avons ja­mais évo­qué l’ave­nir car ce­la ne ser­vait à rien pour pré­pa­rer les Jeux, as­sure Ro­main Bar­nier. On sait qu’il y a un avant JO et un après. La der­nière chose à faire, c’est d’es­sayer de le convaincre de conti­nuer. »

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