Cha­gall fait du bruit dans Lan­der­neau

Aujourd'hui en France - - VOTRE SOIRÉE TÉLÉVISION - Textes : PIERRE VAVASSEUR Pho­tos : OLI­VIER ARAN­DEL

NOUS VOI­CI À LAN­DER­NEAU. Lan­der­neau ! Qui n’a ja­mais en­ten­du par­ler de Lan­der­neau ? Long­temps la lune y a eu ren­dez-vous avec le so­leil lorsque l’église était or­née à son clo­cher d’un disque de mé­tal. A la cour de Ver­sailles, un gen­til­homme breton y pas­sa à cause d’elle pour un im­bé­cile. Tan­dis qu’on van­tait à son oreille l’éclat de la lune ver­saillaise, il dé­cla­ra tout de go que celle de Lan­der­neau était « bien plus grande ». Mais le top du top en ma­tière de pos­té­ri­té lan­der­néenne eut lieu le 27 no­vembre 1796. Le Théâtre fran­çais don­nait « les Hé­ri­tiers », une pièce du Ren­nais Alexandre Du­val. Le do­mes­tique entre en scène. Il ne sait pas en­core qu’il a hé­ri­té d’une ré­plique lé­gen­daire : « Sa mort, s’ex­clame-t-il, a fait du bruit dans Lan­der­neau ! »

Nous lon­geons l’Elorn jus­qu’au pont de Ro­han. Un cygne blanc fouille dans ses plumes et deux cor­mo­rans noirs ré­flé­chissent. A eux trois, on di­rait qu’ils ré­in­ventent l’im­pri­me­rie. Sous le ciel d’un bleu puis­sam­ment pur, le dé­cor ne peut plus se voir qu’en pein­ture. La preuve, le long du quai s’alignent les oeuvres d’Hen­ri Le Si­da­ner, Lu­cien Vic­tor Delpy ou William Tur­ner. Et la pa­lette s’agran­dit au fil des rues. C’est comme si tout ce qui avait tou­ché un pin­ceau était pas­sé par là.

Ins­tants sa­crés

Même Marc Cha­gall, qui ne connais­sait de la Bre­tagne que l’île de Bré­hat, y passe cet été des va­cances post­humes. L’an­cien couvent des Ca­pu­cins, de­ve­nu Fonds Hé­lène et Edouard Le­clerc, hé­berge en ef­fet entre ses murs de pierre qui res­semblent à du liège la pre­mière ré­tros­pec­tive ja­mais consa­crée dans l’ouest de la France à l’an­cien lo­ca­taire russe de la Ruche. L’ex­po­si­tion compte trois cents pièces, toiles, cé­ra­miques, sculp­tures, et elle braque les pro­jec­teurs sur les re­la­tions qu’en­tre­te­nait Cha­gall avec ses amis peintres et poètes. Le tout sur fond de guerres et d’exils. En re­trait de l’ef­fer­ves­cence du centre qui vit jus­qu’à ce soir en­core au rythme du fes­ti­val de mu­sique Fête du bruit, à Lan­der­neau ça s’im­po­sait. Cet évé­ne­ment ma­jeur dans l’ac­tua­li­té ar­tis­tique fran­çaise in­vite à un calme su­bit dans la valse si­len­cieuse des toiles. Entre le « Cirque bleu », le « Cirque rouge », les illus­tra­tions de la Bible qu’avait com­man­dé au peintre, en 1931, le cé­lèbre édi­teur et mar­chand d’art An­toine Vol­lard, mais aus­si les Fables de la Fon­taine ou ces « Quatre Contes des Mille et une nuits », c’est comme si nous avions grim­pé d’un monde à un autre. Quelle étrange sen­sa­tion !

En bas, ça s’ex­clame, ça chante, « ça ro­ta­tive » comme di­sait Fer­ré. En haut, puisque les ca­pu­cins sont pos­tés dans une côte, voi­ci « ce­lui qui dit les choses sans rien dire », ce titre trou­vé par Louis Ara­gon qui ré­sume si bien la pein­ture et que Cha­gall illus­tra de ses eaux-fortes. On s’at­tarde de­vant une pho­to­gra­phie, la beau­té du vi­sage de Bel­la Ro­sen­feld, la pre­mière femme de Marc. En 1952, il épou­se­ra Va­len­tine Brod­sky, sur­nom­mée Va­va, ce qui nous rap­pelle quelque chose.

Lan­der­neau (Fi­nis­tère), hier. Loin du tu­multe qui agite les rues de la ville-pont, le Fonds pour la culture Hé­lène et Edouard Le­clerc em­mène les pro­fanes dans l’ima­gi­naire de Cha­gall. Ici, des vi­si­teurs de­vant « la Chute d’Icare » (1973-1974)

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