La ré­sur­rec­tion de la vil­la Ma­jo­relle

Aujourd'hui en France - - VOTRE SOIRÉE TÉLÉVISION - Nan­cy (Meurthe-et-Mo­selle) De notre cor­res­pon­dant PIERRE ROEDER

DANS LES AN­NÉES 1930, l’Art nou­veau, ins­pi­ré de la na­ture, sa si­nuo­si­té et ses pers­pec­tives tor­tu­rées ne sont plus en odeur de sain­te­té. La ten­dance est à l’épure des formes et aux lignes droites, soit l’exact contraire du mou­ve­ment ar­tis­tique de la fin du XIXe siècle et du dé­but du XXe dont l’Ecole de Nan­cy fut un fleu­ron.

La vil­la Ma­jo­relle, oeuvre de Louis Ma­jo­relle et Hen­ri Sau­vage, jeune ar­chi­tecte pro­met­teur, n’échappe pas à ce désa­mour. La mai­son, construite entre 1901 et 1902 à Nan­cy au mi­lieu d’un parc d’un hec­tare, a pour­tant don­né le ton de l’Art nou­veau ar­chi­tec­tu­ral. Lors de son lan­ce­ment, le chan­tier, si­tué à une cen­taine de mètres des ate­liers Ma­jo­relle, que Louis, ébé­niste de mé­tier, a fait pros­pé­rer, est un évé­ne­ment. Les plans, cro­quis et des­sins font l’ob­jet de pu­bli­ca­tions avant même que Louis, son épouse, Jeanne, née Kretz, et leur fils Jacques ne s’ins­tallent dans cette bâ­tisse, ini­tia­le­ment bap­ti­sée vil­la JK en l’hon­neur de la femme de la mai­son. Au­jourd’hui, la vil­la, à l’aube d’une an­née de res­tau­ra­tion — du­rant la­quelle les vi­sites se­ront main­te­nues —, porte les stig­mates de la dis­grâce « du style Nouille », ré­ha­bi­li­té dans les an­nées 1960.

A la mort de ses pa­rents, Jacques Ma­jo­relle, ins­tal­lé au Ma­roc, met la mai­son en vente. Elle est ra­che­tée à la fin des an­nées 1920 par le mi­nis­tère des Ponts et Chaus­sées, qui y ins- talle des bu­reaux im­per­son­nels et ef­fec­tue des amé­na­ge­ments ha­sar­deux. Le lin­teau en pierre de l’en­trée de la salle à man­ger porte en­core les traces in­dé­lé­biles d’une colle te­nace qui fixait les cartes pos­tales en­voyées par les fonc­tion­naires du­rant les va­cances d’été.

Un block­haus creu­sé sous la de­meure

L’anec­dote illustre l’in­dif­fé­rence ré­gnant alors pour ce chef-d’oeuvre ar­chi­tec­tu­ral. Une grande par­tie du parc est ven­due aux pro­mo­teurs, qui construisent à tour de bras, et un block­haus est même creu­sé sous la de­meure pour s’abri­ter des bombes du­rant la Se­conde Guerre mon­diale.

En 2003 ce­pen­dant, la ville de Nan­cy ra­chète la mai­son Ma­jo­relle et l’ouvre au pu­blic. Le pro­jet est au­jourd’hui de re­créer un peu de l’in­ti­mi­té fa­mi­liale où a vé­cu l’un des grands maîtres de l’Art nou­veau, en y ré­in­tro­dui­sant le mo­bi­lier de l’époque.

Le pu­blic se presse d’ores et dé­jà dans cette mai­son, ébloui par les boi­se­ries de Louis Ma­jo­relle, les vi­traux de Jacques Gru­ber et les cé­ra­miques d’Alexandre Bi­got, deux grands noms de l’Art nou­veau dont la vil­la Ma­jo­relle est le temple.

Nan­cy (Meurthe-et-Mo­selle). Construite entre 1901 et 1902, la vil­la Ma­jo­relle a souf­fert d’une in­dif­fé­rence gé­né­rale à par­tir des an­nées 1920. Il faut at­tendre 1960 pour que son style ar­chi­tec­tu­ral soit ré­ha­bi­li­té.

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