Vive la re­traite !

TENDANCE. Cet été, les Fran­çais s’oc­cupent de leur âme. Ils tentent de plus en plus l’ex­pé­rience d’un sé­jour cou­pé du monde.

Aujourd'hui en France - - LE FAIT DU JOUR - ÉMILIE TORGEMEN ET ALINE GÉ­RARD

LE VIL­LAGE DES PRUNIERS, plus gros mo­nas­tère boud­dhiste eu­ro­péen, ré­par­ti dans quatre ha­meaux près de Bor­deaux (Gi­ronde), af­fiche com­plet pour l’été. A l’ab­baye bé­né­dic­tine de Li­gu­gé (Vienne), le nombre de « re­trai­tants » est pas­sé de 1 500 par an en 1980 à 4 000 au­jourd’hui. Les Foyers de cha­ri­té, qui se consacrent à 100 % à l’ac­cueil des vi­si­teurs dans les règles chré­tiennes, vont ac­cueillir au moins 50 000 per­sonnes cette an­née dans leurs 78 foyers dans le monde.

Cette or­ga­ni­sa­tion ca­tho­lique, qui fête cette an­née ses 80 ans, vient de me­ner une étude sur le pro­fil de ceux qui passent dans ses murs. Ré­sul­tat : il change. « Ce ne sont plus uni­que­ment l es gre­nouilles de bé­ni­tiers, mais aus­si des per­sonnes qui tra­versent une pé­riode dif­fi­cile ou des cu­rieux, qu’ils croient ou pas », ex­plique Ho­no­rine Grasset, des Foyers de cha­ri­té.

Ce qui fait du bien à ces « tou­ristes spi­ri­tuels », de plus en plus nom­breux ? Rompre avec la ca­den- ce tré­pi­dante de tous les jours, « comme un ham­ster qui tourne dans sa roue », pré­cise Ho­no­rine Grasset. Sans ou­blier les ta­rifs pra­ti­qués, très mo­diques, par­fois au­tour de 15 € la nuit. Et puis, il y a le si­lence, la pos­si­bi­li­té de faire des ren­contres in­édites, de s’écou­ter, d’être face à soi-même. Et de ré­flé­chir au monde tel qu’il va.

Por­tables in­ter­dits et le­vers ma­ti­naux

« Les at­taques à Pa­ris, à Bruxelles ou à Nice m’ont for­cé­ment ébran­lée spi­ri­tuel­le­ment, pour­quoi est-ce que ce­la existe ? » confie Anne, pué­ri­cul­trice pa­ri­sienne de 25 ans qui en­tame une re­traite à l’ab­baye de Jouarre (77). Res­pec­ter le rythme d’un lieu de culte, quel que soit son rite, c’est aus­si sur­fer sur la tendance des sé­jours au­then­tiques, de même que cer­tains se sont ins­tal­lés en août à la ferme. « Ce­la ne désem­plit pas, sou­ligne le frère Jean-Pierre Brice Oli­vier, dont le couvent do­mi­ni­cain de Lille (Nord) or­ga­nise des week-end re­traites. On vient de loin, de Bor­deaux, de Nan­cy et même du Ma­roc. Ce sont pour la plu­part des gens culti­vés, mais de dif­fé­rents mi­lieux. Ils viennent là pour se res­sour­cer, soit ils cherchent quelque chose pour eux-mêmes, par­ta­ger un pro­blème per­son­nel comme un di­vorce par­ti­cu­liè­re­ment dif­fi­cile ou pour com­prendre comment mieux ai­der les autres. Ils viennent sou­vent cher­cher des ré­ponses que nous ne pou­vons pas leur ap­por­ter… »

Règles strictes, por­tables in­ter­dits, le­vers ma­ti­naux et jour­nées ré­glées comme une hor­loge… la vie « mo­na­cale » fait rê­ver mais ne convient pas à tous. « A un mo­ment où je me po­sais des ques­tions, j’ai fait une re­traite quelques jours. A vrai dire, ce n’était pas top, l’iso­le­ment a été dur psy­cho­lo­gi­que­ment », té­moigne Ch­rys­telle, em­ployée de banque bien dé­ci­dée à ne pas re­com­men­cer.

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