FI­NAN­CE­MENT DE L’IS­LAM, LAÏ­CI­TÉ

Aujourd'hui en France - - POLITIQUE -

Etes-vous op­po­sé aus­si aux fi­nan­ce­ments ex­té­rieurs pour la construc­tion et la ges­tion des mos­quées, la for­ma­tion re­li­gieuse des imams… ? Le Conseil d’Etat dif­fé­ren­cie la fon­da­tion d’in­té­rêt pu­blic — qui, je le ré­pète, a en charge les ac­ti­vi­tés pro­fanes — de l’as­so­cia­tion cultuelle qui, elle, est en charge du re­li­gieux. Il me semble que l’is­lam de France, y com­pris dans sa ver­sion théo­lo­gique où je n’ai pas à in­ter­ve­nir, doit pou­voir se dé­ve­lop­per avec des fonds fran­çais ou, en tout cas, qu’un mé­ca­nisme de trans­pa­rence soit ins­ti­tué en l’ab­sence de tout « flé­chage » de la part des do­na­teurs. Ce qui si­gni­fie que ce se­ra à l’as­so­cia­tion seule de sé­lec­tion­ner les pro­jets. Mais il ne faut pas né­gli­ger ce qui a dé­jà été fait avec des fonds fran­çais, y com­pris avec le concours des col­lec­ti­vi­tés lo­cales dans les li­mites per­mises par la loi : il y a au­jourd’hui 2 500 mos­quées en France. Le temps de l’« is­lam des caves et des ga­rages » est ré­vo­lu. Etes-vous pour une « taxe » sur la viande hal­lal ? Le ser­vice peut être ré­mu­né­ré, mais il faut d’abord que les mu­sul­mans s’en­tendent sur la cer­ti­fi­ca­tion de ce qui est hal­lal. Et la dé­ci­sion leur ap­par­tient. Faut-il re­ve­nir sur la loi de 1905 sur la sé­pa­ra­tion des Eglises et de l’Etat, comme l’a évo­qué un mo­ment le Pre­mier mi­nistre ? Le Pre­mier mi­nistre n’a fait que l’évo­quer et le pré­sident de la Ré­pu­blique a re­je­té toute mo­di­fi­ca­tion de la loi de 1905 qui in­ter­dit les sub­ven­tions. Quelle est votre po­si­tion sur des pro­blèmes concrets comme le port du voile à l’uni­ver­si­té, le bur­ki­ni, les re­pas hal­lal dans les can­tines… Lé­ga­le­ment, les choses me pa­raissent as­sez claires et mo­di­fier la loi n’est pas une prio­ri­té. Le conseil que je donne dans cette pé­riode dif­fi­cile — comme le rec­teur de la mos­quée de Bor­deaux — est ce­lui de dis­cré­tion. Les mu­sul­mans, comme tous les ci­toyens fran­çais, doivent pou­voir pra­ti­quer leur culte en toute li­ber­té. Mais il faut aus­si qu’ils com­prennent que, dans l’es­pace pu­blic où se dé­fi­nit l’in­té­rêt gé­né­ral, tous les ci­toyens doivent faire l’ef­fort de re­cou­rir à la « rai­son na­tu­relle ». Un prin­cipe que le pro­phète re­com­mande qua­ran­te­quatre fois, se­lon l’is­la­mo­logue Jacques Berque, dans le Co­ran. L’ave­nir des jeunes nés de l’im­mi­gra­tion est en France et nulle part ailleurs. Il faut les em­pê­cher de tom­ber dans l’im­passe sui­ci­daire dans la­quelle les poussent Daech et les sa­la­fistes à la vue courte. Si nous ai­mons la France, il faut faire des Fran­çais de confes­sion mu­sul­mane des Fran­çais qui, comme les autres, ont en­vie de tra­vailler à l’es­sor de la France. Il y a un in­té­rêt com­mun à ce que le ba­teau France tienne la mer, car, s’il de­vait cou­ler, ce sont tous ses pas­sa­gers qui cou­le­raient avec lui.

« Si nous ai­mons la France, il faut faire des Fran­çais de confes­sion mu­sul­mane des Fran­çais comme les autres »

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