Le Lan­gue­doc vi­ti­cole sous ten­sion

Aujourd'hui en France - - ÉCONOMIE - CLAUDE MASSONNET

À MOINS D’UN MOIS des ven­danges, les ac­ti­vistes du Crav (Co­mi­té ré­gio­nal d’ac­tion vi­ti­cole) Lan­gue­doc-Rous­sillon ne désarment pas.

Après avoir at­ta­qué un pro­duc­teur-né­go­ciant d’Ou­veillan (Aude), puis le grou­pe­ment de pro­duc­teurs Vi­na­deis à Mau­reil­han (Hé­rault) — Vi­na­deis a dé­po­sé plainte au­près du pro­cu­reur de la Ré­pu­blique de Bé­ziers — et vidé, il y a deux se­maines, les cuves du né­go­ciant Bi­ron à Sète (Hé­rault), voici qu’ils me­nacent la grande dis­tri­bu­tion.

« Je pense qu’on ira de plus en plus loin. Et la pro­chaine étape c’est la grande dis­tri­bu­tion. On pren­dra des ren­dez-vous de cour­toi­sie. Et si elle ne joue pas le jeu, on s’oc­cu­pe­ra de la grande dis­tri­bu­tion comme on a fait des autres », a me­na­cé un porte-pa­role du mou­ve­ment clan­des­tin, dos à une ca­mé­ra de France 3 Lan­gue­doc-Rous­sillon. Les ac­ti­vistes es­timent que les condi­tions ac­tuelles du bu­si­ness du vin ne sont plus équi- tables. Dans leur vi­seur, les vins es­pa­gnols à 32 € l’hec­to­litre. Ils ac­cusent les opé­ra­teurs de la grande dis­tri­bu­tion de les uti­li­ser pour ob­te­nir des prix in­té­res­sants en li­néaire et amé­lio­rer leur marge.

Il s’agit de vins qui donnent l’ap­pa­rence d’être pro­duits en France mais qui sont is­sus (comme en at­teste l’éti­que­tage écrit en tout pe­tit) de la Com­mu­nau­té eu­ro­péenne. Ce tour de passe-passe in­té­resse les ser­vices de l’Etat qui mul­ti­plient les contrôles. « Nous ne nous sen­tons pas vi­sés par ces me­naces. 75 % des vins ven­dus dans nos rayons sont d’ori­gine France. Les pro­duits pre­mium que sont les vins fran­çais ac­com­pagnent notre mon­tée en gamme. Nous les pro­po­sons dans nos foires aux vins à l’étran­ger », ré­pond Ni­co­las Ca­lo, di­rec­teur de la com­mu­ni­ca­tion de Lidl France. Chez Car­re­four, on avance le chiffre de 80 % des vins pro­duits en France et la firme est en contrat avec 53 or­ga­nismes pro­duc­teurs en Lan­gue­doc-Rous­sillon. Mais mal­gré ces mar­chés, les cours sont à la baisse. Fin juillet, le mar­ché des ro­sés sans in­di­ca­tion géo­gra­phique s’est même écrou­lé à 53 € l’hec­to­litre. Une mi­sère. « Tout le monde est al­lé sur ce cré­neau en fort dé­ve­lop­pe­ment, en sur­es­ti­mant la ca­pa­ci­té du mar­ché », es­time un ob­ser­va­teur.

Cer­taines co­opé­ra­tives et pas des moindres ont sur les bras des mil­liers d’hec­to­litres. « Les stocks sont en aug­men­ta­tion certes mais ils étaient trop bas l’an pas­sé. Il suf­fit que la pro­chaine ré­colte soit plus faible qu’an­non­cé pour cause de sécheresse ac­tuelle pour qu’on re­vienne à un meilleur équi­libre », es­time pour sa part Xa­vier de Vo­lon­tat, le pré­sident du CIVL (Conseil in­ter­pro­fes­sion­nel des vins du Lan­gue­doc) dont les ap­pel­la­tions et les IGP sont, pour l’ins­tant, épar­gnés par la crise. Mais les pro­duc­teurs, eux, voient les mil­liers d’hec­to­litres de ro­sé ou de rouge, qui re­pré­sentent leur ré­mu­né­ra­tion, sto­ckés dans les cuves.

Cer­taines co­opé­ra­tives ont sur les bras des mil­liers d’hec­to­litres en stock

Sète (Hé­rault), le 2 août. Les ac­ti­vistes du Co­mi­té ré­gio­nal d’ac­tion vi­ti­cole ont vidé les cuves du né­go­ciant Bi­ron et ne comptent pas en res­ter là : « On ira de plus en plus loin. »

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.