Le rap, c’est mieux à deux

Orel­san et Gringe, deux rap­peurs en vue, achèvent une tour­née en duo sous le col­lec­tif les Cas­seurs Flow­ters. A la Fête du bruit de Lan­der­neau, ils se sont pro­duits de­vant 17 000 spec­ta­teurs… et dans notre cam­ping-car.

Aujourd'hui en France - - VOTRE SOIRÉE TÉLÉVISION - Lan­der­neau (Fi­nis­tère) De nos en­voyés spé­ciaux Gringe Orel­san Textes : PIERRE VAVASSEUR Pho­tos : OLI­VIER ARANDEL

« J’AI DÉ­CI­DÉ D’ÊTRE HEU­REUX parce que c’est bon pour la san­té. » Voi­là une apai­sante pen­sée gla­née hier sur la route de la pointe du Van, dans les toi­lettes de la bras­se­rie Mac Laugh­lin, à Beuzec-Cap-Si­zun, en pleine Fête des bruyères. Ne pas confondre avec la Fête du bruit de Lan­der­neau. Ce ne sont ni les mêmes cou­tumes ni les mêmes cos­tumes mais c’est à la Fête du bruit que notre cam­ping-car, qui se trans­forme chaque se­maine en stu­dio d’en­re­gis­tre­ment avec nos amis de France In­fo*, a mois­son­né deux fines fleurs du rap fran­çais, Orel­san et Gringe, alias les Cas­seurs Flow­ters. At­ten­tion ! Pas Flot­teurs. On n’est pas au mu­sée de la Ma­rine. Ces deux ma­te­lots nor­mands, ori­gi­naires de Caen, ont le flow cha­lou­pant des sur­feurs de rimes, des pê­cheurs de mots. Le flow comme le flux, de pa­roles, de rythmes.

« Même sé­pa­rés, on conti­nue à bos­ser en­semble, à se faire écou­ter des trucs »

Sa­me­di, de­vant 17 000 spec­ta­teurs, ils ont qua­si conclu un pé­riple de trois mois qui les lais­se­ra dans quelques jours sur la terre ferme. Mais pas à quai. Les Cas­seurs Flow­ters, qui nous ont in­ter­pré­té leur titre « Ina­che­vés », ont dé­jà lan­cé leurs lignes cha­cun de leur cô­té. Gringe tra­vaille à son pre­mier al­bum so­lo et Orel­san à son troi­sième. Ils ré­em­bar­que­ront en­semble un de ces quatre. « Ça va être, un temps, la fin de nos pro­jets com­muns, re­con­naît Gringe. Les Cas­seurs Flow­ters étaient une sorte de pa­ren­thèse ré­créa­tive et notre Tour Bus une chouette aven­ture. Mais même sé­pa­rés, on conti­nue à bos­ser en­semble, à se faire écou­ter des trucs. C’est in­dis­pen­sable de se re­cen­trer cha­cun sur soi pour mieux se re­trou­ver plus tard. » Orel­san prend son sillage. « Au dé­but, tu te dis : Ah, je suis content ! Je reste un peu sur place, à la mai­son. Mais très vite je ne sais plus très bien où me je­ter. »

Les deux las­cars se connaissent par coeur. S’en­gueulent par­fois ? « On peut avoir des désac­cords, sou­rit Gringe, mais pour pous­ser Orel à la co­lère, il faut s’ac­cro­cher. Il est très zen. » Orel­san a une tech­nique. Dès qu’il sent une fuite d’eau dans le ga­zole du mo­teur Flow­ters, il dé­croche le té­lé­phone. « Dis, je sens qu’il y a un truc qui ne va pas. » Ces an­ciens mômes désen­chan­tés sont de­ve­nus des étoiles en­chan­tées. Ils ré­cla­maient la vie et c’est la vie qui les ré­clame. « Je re­fuse plus que je fais », constate Orel­san. Leur pre­mier film — ils ne se li­mitent pas à la mu­sique — s’ap­pe­lait « Comment c’est loin », en 2015, et ce « loin » leur est tom­bé dans les bras. « On a po­sé des bases so­lides mais l’im­por­tant, c’est de s’ins­crire dans la du­rée et ça de­mande du bou­lot, dit Orel­san. Tu peux vite dis­pa­raître en tant qu’ar­tiste. Tu vois di­rec­te­ment sur les ré­seaux so­ciaux quand t’as la cote et quand t’as plus la cote. »

Le tout est de ne pas se tra­hir. « On n’est pas l à pour édul­co­rer » , in­siste Gringe. « Dans notre film, on ne peut pas dire que les per­son­nages soient de grands hé­ros, ren­ché­rit Orel­san. Il y en a un qui est lâche et l’autre com­plè­te­ment né­vro­sé. On nous avait conseillé un hap­py end à l’amé­ri­cai- ne mais on a re­fu­sé. » Un autre long-mé­trage est sur le feu. « En tout cas, je suis en train de l’écrire avec mon frère Clé­ment et Ch­ris­tophe Of­fen­stein (NDLR : co­réa­li­sa­teur de “Comment c’est loin”), confirme Orel­san. Dans huit mois, il y au­ra un pre­mier jet. Je pense que le film sor­ti­ra dans trois ou quatre ans. » Comment c’est en­core loin ! Mais ils sont si jeunes, ils ont le flot et le flow. L’ho­ri­zon en ban­dou­lière.

L’im­por­tant, c’est de s’ins­crire dans la du­rée et ça de­mande du bou­lot »

* Dif­fu­sion au­jourd’hui à 6 h 55, 8 h 57 et 10 h 27. Cas­seurs Flow­ters in­ter­prète « Ina­che­vés »

Lan­der­neau (Fi­nis­tère), sa­me­di. Gringe et Orel­san bouclent leur « Tour Bus ». Ils vont main­te­nant faire une pause pour tra­vailler cha­cun de leur cô­té.

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