Les sai­son­niers bien­tôt mieux pro­té­gés ?

SO­CIAL. La loi Tra­vail pré­voit la re­con­duc­tion au­to­ma­tique des CDD d’une an­née sur l’autre. La me­sure fait dé­bat.

Aujourd'hui en France - - ÉCONOMIE - Thier­ry Fus­tec, CGT-Com­merce et ser­vices VIC­TOR TASSEL

DES ÉTU­DIANTS, des chô­meurs ou des ac­tifs qui ont choi­si ce style de vie… Chaque an­née, plus d’un mil­lion de per­sonnes tra­vaillent comme sai­son­nier, en contrat à du­rée dé­ter­mi­née. Ils pour­raient, de­main, être as­su­rés de re­trou­ver leur em­ploi la sai­son d’après.

Pro­mul­guée le 9 août après cinq mois de contes­ta­tion et de bras de fer so­cial, la loi Tra­vail pré­voit l’in­tro­duc­tion de la re­con­duc­tion au­to­ma­tique du CDD d’une an­née sur l’autre, en pre­nant compte de l’an­cien­ne­té. L’idée ? Amé­lio­rer la si­tua­tion des tra­vailleurs pour sé­cu­ri­ser un sta­tut pré­caire.

Autre nou­veau­té : dans le cadre d’une ex­pé­ri­men­ta­tion qui court jus­qu’en 2019, les em­ployeurs pour­ront pro­po­ser aux sai­son­niers des CDI in­ter­mit­tents — des contrats qui ap­portent des droits si­mi­laires aux CDI clas­siques — mais sans pas­ser par des ac­cords de branches. C’est le cas par exemple au­jourd’hui dans l’hô­tel­le­rie-res­tau­ra­tion.

Du­re­ment contes­té pour son pas­sage en force et l’usage du 49-3, cette fois le gou­ver­ne­ment n’im­po­se­ra rien. En­fin presque. Les branches et les entreprises qui em­ploient le plus de sai­son­niers — l’agri­cul­ture, l’hô­tel­le­rie et la res­tau­ra­tion en tête — doivent ou­vrir des né­go­cia­tions dans les six mois. A dé­faut d’ac­cord, une or­don­nance se­ra prise par le gou­ver­ne­ment dans les neuf mois.

Reste que la me­sure est loin de faire l’una­ni­mi­té. Chez les syn­di­cats d’abord. « C’est une fausse bonne idée, tacle Thier­ry Fus­tec, se­cré­taire de la Fé­dé­ra­tion CGT du com­merce et des ser­vices, dont le syn­di­cat ap­pelle à ma­ni­fes­ter le 15 sep­tembre contre la loi Tra­vail. Sans au­cun ac­cord, les em­ployeurs re­prennent dé­jà les sai­son­niers avec qui ce­la s’est bien pas­sé et in­ver­se­ment. Il y a d’autres pro­blèmes plus ur­gents comme le temps de tra­vail, la ré­mu­né­ra­tion, le lo­ge­ment… C’est l’arbre qui cache la fo­rêt. »

Chez les pro­fes­sion­nels en­suite. Car si les be­soins d’un res­tau­ra­teur ou d’un hô­te­lier sont sem­blables, ou presque, d’une an­née sur l’autre, un agri­cul­teur, lui, n’a que peu de vi­si­bi­li­té sur la ré­colte à ve­nir. « Je ne peux pas m’en­ga­ger en sep­tembre pour l’été sui­vant. Une fois je vais avoir be­soin de dix per­sonnes, une autre de quatre, sou­ligne Jé­rôme Violle, res­pon­sable de la com­mis­sion em­ploi à la FNSEA. Et puis pour le sa­la­rié aus­si. Par exemple, ce­la fait trois ans que j’em­bauche la femme de mon voi­sin l’été. Elle ne veut pas de CDI in­ter­mit­tent ou une re­con­duc­tion au­to­ma­tique de son CDD, parce qu’elle ne sait pas si elle re­vien­dra. » Thier­ry Gré­goire, pré­sident des sai­son­niers à l’Union des mé­tiers de l’in­dus­trie hô­te­lière, émet aus­si des ré­serves. « Nous de­vons gar­der les mains libres. Plus les choses se­ront contrai­gnantes, moins elles se­ront uti­li­sées. »

« Il y a d’autres pro­blèmes plus ur­gents comme le temps de tra­vail, la ré­mu­né­ra­tion… »

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