« Il faut nous lais­ser une cer­taine li­ber­té »

Sté­phane Noah,

Aujourd'hui en France - - ÉCONOMIE - V.T.

Etu­diant en li­cence de phy­sique chi­mie à Tours (Indre-et-Loire), Serge Ames­land, 22 ans, vient cueillir les me­lons chaque été de­puis cinq ans chez le même pro­duc­teur, à Sa­vi­gny-sous-Faye dans la Vienne. Equi­pé de gants, d’un sé­ca­teur et d’un seau, il ar­pente les ki­lo­mètres de champs de me­lons de 7 heures jus­qu’à 16 ou 17 heures. « C’est dur, mais il y a une bonne am­biance, c’est le prin­ci­pal. » Alors, le CDD re­nou­ve­lable, utile ? « Oui et non, souffle Serge. Ça nous per­met d’être fixés mais ça nous en­gage très tôt, alors que je ne sais qu’à par­tir de mai si je vais ve­nir faire la cueillette. En plus, si l’em­ployeur est content de toi, il te re­prend. » Pour lui, tra­vailler l’été est une né­ces­si­té, en at­ten­dant de trou­ver un em­ploi stable. Il gagne un peu plus de 2 000 € pour un mois et de­mi. « J’ai d’abord pu me payer le per­mis, puis la voi­ture. Ça me per­met d’ap­prendre à gé­rer mon propre ar­gent, à être in­dé­pen­dant », ex­plique-t-il.

Hé­ber­ge­ment et es­sence non dé­frayés

Cette an­née, il a ra­me­né Sté­phane Noah, un ami tou­ran­geau, dans ses ba­gages. « Ce­la fai­sait des an­nées qu’il me di­sait que c’était gé­nial de faire la cueillette du me­lon, alors j’ai fi­ni par ve­nir ! » ri­gole le jeune homme de 26 ans. Un BEP vente en poche, il re­pren­dra les études à la ren­trée pour de­ve­nir in­fir­mier. Jus­qu’ici, il a mul­ti­plié les pe­tits bou­lots, y com­pris pen­dant les sai­sons, dans la grande dis­tri­bu­tion et dans la vente. « Le CDD re­nou­ve­lé au­to­ma­ti­que­ment, ce­la ne sert à rien ! tance Sté­phane. Je ne veux pas être obli­gé à re­ve­nir tra­vailler au même en­droit chaque été. Il faut nous lais­ser une cer­taine li­ber­té. » Les deux amis sont lo­gés, à leur charge, dans un cam­ping proche de l’ex­ploi­ta­tion, à 5 € la nuit. Les frais d’es­sence, pour se rendre dans les champs, par­fois à plus de 30 km, ne sont pas rem­bour­sés non plus. « Je suis ha­bi­tué à ce mode de fonc­tion­ne­ment de­puis cinq ans, alors je trouve ça nor­mal », avoue Serge. Avant de se faire re­prendre par Sté­phane. « Non, ce n’est pas nor­mal, c’est même cho­quant ! s’em­porte-t-il. Nous ve­nons de loin, la moindre des choses est de nous lo­ger et sur­tout de nous rem­bour­ser l’es­sence puisque c’est pour se rendre sur notre lieu de tra­vail. Au mois de juillet au fi­nal, c’est comme si j’avais tra­vaillé gra­tui­te­ment ! » Et de conclure : « Plu­tôt que de mettre en place un CDD re­nou­ve­lable, on fe­rait mieux de se pen­cher sur ce qui pèse vrai­ment sur les sai­son­niers. »

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