Le dé­bat « Pro­cé­der par amal­game « J’ai vou­lu stop­per n’est ja­mais utile » tout pro­sé­ly­tisme »

Aujourd'hui en France - - SOCIÉTÉ - Pro­pos re­cueillis par ALINE GÉ­RARD Pro­pos re­cueillis par CS

Pour­quoi condam­nez-vous le port du burkini ? LAU­RENCE ROS­SI­GNOL. Le burkini n’est pas une nou­velle ligne de maillots de bain ou une nou­velle fan­tai­sie. C’est plu­tôt la ver­sion plage de la bur­qa, car c’est la même lo­gique : il s’agit d’en­fer­mer, de dis­si­mu­ler le corps des femmes pour mieux les contrô­ler. Der­rière ce­la, il y a une vi­sion pro­fon­dé­ment ar­chaïque de la place de la femme dans la so­cié­té et donc des rap­ports entre les hommes et les femmes. Il y a l’idée que, par na­ture, les femmes se­raient im­pures et im­pu­diques et qu’il fau­drait donc ca­cher leur corps, l’en­fer­mer, l’ef­fa­cer, le gom­mer de l’es­pace public. Rien de très nou­veau, d’ailleurs ! Il y a une cen­taine d’an­nées, une femme qui dé­voi­lait ses che­villes ou sor­tait « en che­veux » n’était pas une femme ver­tueuse. C’est donc un vê­te­ment qui, se­lon vous, ra­baisse la femme ? Le contrôle du corps des femmes et de leur sexua­li­té a été l’en­jeu cen­tral des so­cié­tés tra­di­tion­nelles. Et pour s’éman­ci­per, les femmes ont dû s’af­fran­chir de ce contrôle. Si le burkini crispe au­tant, c’est en rai­son de sa di­men­sion po­li­tique, col­lec­tive. Ce n’est pas seule­ment l’af­faire de celles qui le portent car il est, pour moi, le symbole d’un pro­jet po­li­tique hos­tile à la mixité et à l’éman­ci­pa­tion des femmes. Ce sont des in­té­gristes. Et ceux qui les dé­fendent au nom des li­ber­tés se font avoir. Les in­té­gristes font tou­jours beau­coup de bruit, se posent tou­jours en vic­times et pa­ra­sitent des idéaux ou des re­li­gions. Lau­rence Ros­si­gnol, se­ront réel­le­ment ef­fi­caces ? L’ef­fi­ca­ci­té, c’est de rap­pe­ler les règles de mixité et d’éga­li­té femmes-hommes. Et le faire sans ar­rière-pen­sées. Quand des ar­rê­tés mu­ni­ci­paux in­voquent le contexte ter­ro­riste, ce­la n’ap­porte rien. Pro­cé­der par amal­game n’est ja­mais utile. Il va nous fal­loir beau­coup de sang-froid pour com­battre sur deux fronts, deux pôles po­li­tiques qui semblent an­ta­go­niques mais sont très proches : les uns et les autres veulent faire de l’is­lam un su­jet po­li­tique et ins­tru­men­ta­li­ser les mu­sul­mans dans les cam­pagnes à ve­nir. Et nous, nous vou­lons pro­té­ger toutes celles et ceux qui vivent en France des in­té­grismes et des ex­tré­mismes. Que re­pré­sente le burkini à vos yeux ? LION­nEL LU­CA. Le burkini n’a au­cun sens, c’est une pro­vo­ca­tion idéo­lo­gique. Nulle part, dans le Co­ran, il est dic­té aux femmes de se bai­gner ha­billées. Le burkini, c’est une fa­çon de conqué­rir l’es­pace public pour des per­sonnes qui veulent im­po­ser un autre mode de so­cié­té. C’est l’as­pect ai­mable de la cha­ria, ni plus ni moins. La ques­tion po­sée est la même que pour les pis­cines ré­ser­vées aux femmes ou pour les me­nus de sub­sti­tu­tion. Ce sont des pe­tites choses qui n’ont l’air de rien. Mais si rien n’est fait pour les stop­per, elles conduisent à des ca­pi­tu­la­tions dé­sas­treuses. Je veux ré­veiller mes col­lègues un peu en­dor­mis. Les femmes qui s’adonnent à cette pra­tique sont — consciem­ment ou non — les com­plices de ceux qui nous font la guerre. Elles sont les ali­bis, les pa­ra­vents de ceux qui in­ter­di­ront bien­tôt aux pe­tites filles d’al­ler à l’école. Beau­coup de cas ont-ils été si­gna­lés dans votre com­mune ? C’est mar­gi­nal. Tout a com­men­cé par un si­gna­le­ment d’une ou deux per­sonnes qui, en fin de jour­née, en por­taient très dis­crè­te­ment. Je n’ai pas ré­agi. Puis j’ai re­çu un se­cond si­gna­le­ment et en­fin un troi­sième. Il y a eu de l’émo­tion, plu­sieurs ré­ac­tions des gens sur la plage. De­puis l’at­ten­tat de Nice, la po­pu­la­tion est par­ti­cu­liè­re­ment sen­sible. En in­ter­di­sant par ar­rê­té le port de ces te­nues, j’ai vou­lu stop­per, par le dia­logue, tout pro­sé­ly­tisme. En met­tant un terme à ce que j’ap­pelle un apar­theid ves­ti­men­taire vo­lon­taire, je pro­tège les mu­sul­mans et les femmes. Je suis d’ailleurs éton­né du si­lence des as­so­cia­tions fé­mi­nistes sur le su­jet. Vous in­vo­quez aus­si l’hy­giène… Oui. Ces vê­te­ments, s’ils sont por­tés toute la jour­née — voire plu­sieurs jours —, posent un réel pro­blème d’hy­giène. En outre, il est ab­surde de vou­loir se bai­gner ha­billé : ce­la rend très dif­fi­cile un éven­tuel sau­ve­tage en mer. Com­ment est ap­pli­qué cet ar­rê­té ? Di­manche der­nier, nous avons eu deux cas de burkini. Les po­li­ciers sont al­lés les voir sur la plage et leur ont rap­pe­lé l’in­ter­dic­tion. Les per­sonnes concer­nées ont très bien com­pris et je tiens à les en re­mer­cier. Il faut que ces per­sonnes com­prennent que c’est dé­ran­geant. Dans l’es­pace pri­vé, les gens font ce qu’ils veulent. Mais, dans l’es­pace public, on se moque de savoir qui est pra­ti­quant ch­ré­tien, juif ou mu­sul­man. Lion­nel Lu­ca, Tout en condam­nant le burkini, Lau­rence Ros­si­gnol a dé­non­cé des ar­rê­tés mo­ti­vés par des ar­rière-pen­sées is­sues de la droite dure. Que lui ré­pon­dez-vous ? J’ai trou­vé son in­ter­ven­tion par­faite. Je suis avec elle quand elle dé­nonce le pro­jet de so­cié­té, la vi­sion ar­chaïque de la place des femmes que cachent ces bur­ki­nis. Il est dé­plai­sant que la mi­nistre se soit mal­gré tout abais­sée à faire de la po­li­tique po­li­ti­cienne. Un maire, lui, doit pré­ser­ver le vivre-en­semble. Ce qu’elle nous ex­plique, c’est que, pour être exempte de tout soup­çon d’ar­rière-pen­sées, cette in­ter­dic­tion au­rait dû être pro­non­cée par un maire de gauche. C’est ri­di­cule. Il y a la Ré­pu­blique d’un cô­té et ce qui ne l’est pas de l’autre.

« Celles qui s’adonnent à cette pra­tique sont […] les com­plices de ceux qui nous font la guerre »

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