In­ter­dire le burkini, la so­lu­tion ?

IS­LAM. Trois maires — bien­tôt quatre — ont dé­jà pris un ar­rê­té es­ti­val contre ce maillot de bain cou­vrant en­tiè­re­ment le corps. Au-de­là de la po­lé­mique que ces me­sures sou­lèvent, sont-elles vrai­ment utiles ?

Aujourd'hui en France - - SOCIÉTÉ - CHARLES DE SAINT SAU­VEUR

À QUI LE TOUR ? Hier, le maire PS de Sis­co (Haute-Corse), Ange-Pierre Vi­vo­ni, a pris un ar­rê­té in­ter­di­sant le burkini sur les plages de sa com­mune, après les in­ci­dents vio­lents de sa­me­di (lire ci-contre), pour « pro­té­ger la po­pu­la­tion ». Il est le pre­mier maire so­cia­liste à prendre cette me­sure jusque-là bran­die par deux élus de droite des Alpes-Ma­ri­times. Da­vid Lis­nard, le maire (LR) de Cannes, a dé­gai­né le 28 juillet un ar­rê­té (jus­qu’au 31 août) pro­hi­bant toute bai­gnade ha­billée au nom de la laï­ci­té, avant d’être re­joint une se­maine plus tard par son ho­mo­logue de Ville­neuve-Lou­bet, Lion­nel Lu­ca.

Dans les deux textes, le burkini (maillot qui couvre le corps jus­qu’aux che­veux) n’est pas spé­ci­fi­que­ment nom­mé : « L’ac­cès à la bai­gnade est in­ter­dit à toute per­sonne ne dis­po­sant pas d’une te­nue cor­recte, res­pec­tueuse des bonnes moeurs et du prin­cipe de laï­ci­té, et res­pec­tant les règles d’hy­giène et de sé­cu­ri­té adap­tées au do­maine public ma­ri­time. » Avec, à la clé, 38 € d’amende pour les contre­ve­nan- tes. Or la loi fran­çaise, si elle in­ter­dit le port du voile in­té­gral dans l’es­pace public, ne pro­hibe pas le port de signes re­li­gieux dans l’es­pace public. « On n’in­ter­dit pas le voile, ni la kip­pa, ni les croix, s’est dé­fen­du Da­vid Lis­nard. J’in­ter­dis sim­ple­ment un uni­forme qui est le symbole de l’ex­tré­misme is­la­miste. » Et « de na­ture à créer le trouble dans l’es­pace public », com­plète l’ar­rê­té.

Le ras-le-bol de cer­tains mu­sul­mans

Une jus­ti­fi­ca­tion qui sus­cite de­puis un tol­lé au­près de cer­taines as­so­cia­tions, comme la Ligue des droits de l’homme ou SOS Ra­cisme, qui a dé­non­cé une « stra­té­gie de la ten­sion ». Ce week-end, le re­cours dé­po­sé par une as­so­cia­tion mu­sul­mane a été re­je­té par le Conseil d’Etat, mais le Conseil fran­çais du culte mu­sul­man n’en­tend pas en res­ter là. « Tout ce­la est gro­tesque, in­utile et dan­ge­reux. En jouant sur cette corde po­pu­liste, en confon­dant tout, on ne fait qu’at­ti­ser les cris­pa­tions de toutes parts. Les mu­sul­mans en ont ras le bol ! » s’in­digne Ab­dal­lah Ze­kri, se­cré­taire gé­né­ral du CFCM. « Nous sommes contre le voile in­té­gral, mais, pour le reste, cha­cun est libre de por­ter ce qu’il veut dans l’es­pace public. Notre pays n’a-t-il pas d’autres prio­ri­tés en ce mo­ment ? »

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