VIO­LENCES.

Le calme est re­ve­nu, hier, sur l’île après les af­fron­te­ments in­ter­com­mu­nau­taires de sa­me­di, mais les in­ves­ti­ga­tions ont lieu dans un cli­mat ten­du.

Aujourd'hui en France - - FAITS DIVERS - Une source sé­cu­ri­taire ÉRIC PEL­LE­TIER ET THI­BAULT RAISSE

UNE BA­GARRE VIO­LENTE sur fond de ten­sions com­mu­nau­taires. S’il reste en­core flou, le scé­na­rio de la rixe qui a écla­té sa­me­di à Sis­co, pe­tit vil­lage du Cap Corse, se pré­cise. Et un cons­tat de­meure cer­tain : l’in­ter­ven­tion ra­pide des gen­darmes lo­caux, puis des CRS ar­ri­vés en ren­fort, et la re­te­nue des élus na­tio­na­listes, ont per­mis d’évi­ter un dé­chaî­ne­ment de vio­lences plus grave en­core.

Sur place, les cinq bles­sés sont dé­sor­mais sor­tis de l’hô­pi­tal, mais la ten­sion reste pal­pable. Les en­quê­teurs de la sec­tion de re­cherches de la gen­dar­me­rie d’Ajac­cio croisent main­te­nant les au­di­tions des té­moins qui ont dé­bu­té di­manche. Ils re­coupent les mes­sages sur les ré­seaux so­ciaux et exa­minent les nom­breuses pho­tos dis­po­nibles pour com­prendre la chro­no­lo­gie des faits, qua­li­fiés à ce stade par le pro­cu­reur de « vio­lences en réunion ».

Vers 17 h 30 sa­me­di, des in­ci­dents ont op­po­sé trois fa­milles ve­nues avec leurs en­fants du quar­tier po­pu­laire de Lu­pi­no de Bas­tia, à une ving­taine de ki­lo­mètres de Sis­co, à des jeunes du vil­lage, pre­nant le frais à « la crique », épau­lés par des pa­rents puis des ha­bi­tants ve­nus à leur res­cousse. Se­lon le témoignage de vil­la­geois, les fa­milles d’ori­gine magh­ré­bine, ve­nues no­tam­ment pour pra­ti­quer la pêche sous-ma­rine, au­raient sor­ti des armes blanches, par­mi les­quelles des cou­teaux et au moins une ha­chette. Or les pre­miers élé­ments de l’en­quête n’éta­blissent for­mel­le­ment que la pré­sence d’un har­pon, dont rien n’in­dique à ce stade qu’il a été uti­li­sé dans la ba­garre. « Les bles­sures consta­tées jus­qu’ici sont la consé­quence de coups de poing ou de l’uti­li­sa­tion de jets d’ob­jets, de cailloux ou de bou­teilles », sou­ligne une s ource proche du dos­sier.

Les ha­bi­tants de Sis­co, seuls pro­ta­go­nistes à s’être ex­pri­més pu­bli­que­ment au cours d’une ma­ni­fes­ta­tion di­manche, as­surent avoir été pris à par­tie par des « ex­tré­mistes » criant « Al­la­hou ak­bar », fâ­chés qu’un tou­riste prenne en pho­to le pay­sage, alors que des femmes se bai­gnaient en burkini. Si la prise de tels cli­chés pa­raît bel et bien à l’ori­gine des échanges de coups, les té­moi­gnages re­cueillis pour le mo­ment par les en­quê­teurs n’évoquent pas la te­nue de pro­pos ra­di­caux. Par ailleurs, si l’un d’eux au moins pos­sède un ca­sier ju­di­ciaire pour des dé­lits de droit com­mun, au­cun des pro­ta­go­nistes de Lu­pi­no iden­ti­fiés à ce stade n’est connu pour ra­di­ca­li­sa­tion. En re­vanche, « il pa­raît d’ores et dé­jà cer­tain que leur pré­sence (NDLR : celle des per­sonnes de confes­sion mu­sul­mane) a pu être per­çue comme os­ten­ta­toire, voire pri­va­ti­sa­trice de la plage », constate une source sé­cu­ri­taire.

« Le cli­mat est lourd sur l’île. L’in­ci­dent de Sis­co in­ter­vient dans un c on­texte t e ndu, d’in­quié­tude col­lec­tive, après l’at­ten­tat de Nice et l’as­sas­si­nat du père Ha­mel à Saint-Etienne-du-Rou­vray », pour­suit cette même source. De ma­nière ré­cur­rente, l’opi­nion pu­blique in­su­laire s’in­quiète de la ra­di­ca­li­sa­tion pré­su­mée de jeunes et du pas­sage d’imams iti­né­rants. Se­lon les au­to­ri­tés, au­cun cas n’est ce­pen­dant for­mel­le­ment avé­ré. Les seize per­qui­si­tions ad­mi­nis­tra­tives me­nées de­puis le mois de no­vembre n’ont pas cor­ro­bo­ré ces soup­çons.

Dé­jà, à Noël der­nier, des échauf­fou­rées avaient écla­té, au sud de l’île cette fois, après que des pom­piers avaient été agres­sés dans un quar­tier po­pu­laire des hau­teurs d’Ajac­cio, les Jar­dins-de-l’Em­pe­reur. De­puis, les jeunes agres­seurs des pom­piers et les Ajac­ciens im­pli­qués dans la mise à sac d’une salle de prière mu­sul­mane ont été in­ter­pel­lés. Voi­là plu­sieurs se­maines que les élus na­tio­na­listes, dont Jean-Guy Ta­la­mo­ni, pré­sident de l’As­sem­blée de Corse, et Gilles Si­meo­ni, pré­sident du conseil exé­cu­tif, an­ti­ci­paient une vive ré­ac­tion de Corses chauf­fés à blanc par les ré­cents at­ten­tats sur le conti­nent. Sans sur­prise, ils ont pris la dé­fense des ha­bi­tants de Sis­co, im­pu­tant les vio­lences au com­por­te­ment « pro­vo­ca­teur » de « per­sonnes ex­té­rieures à la com­mune » tout en ap­pe­lant à « évi­ter l’es­ca­lade et toute lo­gique de bouc émis­saire ».

« Le cli­mat est lourd sur l’île. L’in­ci­dent de Sis­co in­ter­vient dans un contexte ten­du »

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