Les CRS ont aus­si leur mu­sée

CU­RIO­SI­TÉ. Sou­vent dé­criées, les com­pa­gnies ré­pu­bli­caines de sé­cu­ri­té ont une riche histoire que ra­conte un mu­sée mé­con­nu. Pe­tite vi­site d’une col­lec­tion qui fe­ra pro­chai­ne­ment l’ob­jet d’une ex­po­si­tion en An­gle­terre.

Aujourd'hui en France - - FAITS DIVERS - ZAHRA BOUTLELIS Z.B.

LES MA­NI­FES­TA­TIONS ré­centes contre la loi Tra­vail ont une nou­velle fois mo­bi­li­sé les com­pa­gnies ré­pu­bli­caines de sé­cu­ri­té, les cé­lèbres CRS, avec le lot ha­bi­tuel de po­lé­miques sur l’usage de la force. Peu de per­sonnes connaissent pour­tant la vé­ri­table histoire de ce corps un peu spé­cial, né en 1944 pour rem­pla­cer les an­ciennes uni­tés vi­chystes de si­nistre mé­moire.

C’est le but de ce cu­rieux mu­sée du CRS, ins­tal­lé dis­crè­te­ment dans un han­gar au sein d’une ca­serne des CRS 1 et 61 à Vé­li­zy-Villa­cou­blay au sud de Pa­ris. Dra­peau tri­co­lore de l’am­bas­sade fran­çaise à Beyrouth, maillots et bon­nets de bain des maîtres na­geurs sau­ve­teurs des an­nées 1950 et vé­hi­cules de la pé­riode co­lo­niale : des cen­taines d’ob­jets sont ras­sem­blés là de­puis 1992 à l’ini­tia­tive du contrô­leur gé­né­ral Serge Gon­del, col­lec­tion­neur dans l’âme.

« On sa­vait à la créa­tion du mu­sée qu’on al­lait pou­voir ré­cu­pé­rer des ob­jets : des dons de col­lègues, de fa­milles de col­lègues dé­cé­dés ou des com­man­dants qui font le mé­nage dans leur com­pa­gnie », ex­plique Pas­cal Masse, conser­va­teur du mu­sée. Ce bri­ga­dier de po­lice s’oc­cupe quo­ti­dien­ne­ment de l’en­tre­tien de cette ca­verne d’Ali Ba­ba et sert de guide tou­ris­tique aux 1 500 vi­si­teurs ci­vils ou po­li­ciers an­nuels*.

Sou­ve­nirs de Mai 68

De l’uni­forme clas­sique à la te­nue Ro­bo­cop

Sur 600 m2, des cen­taines de pièces his­to­riques co­ha­bitent : uni­formes, armes et mu­ni­tions, Re­nault Co­lo­rale 4 x 4 uti­li­sés dans de nom­breuses wi­layas al­gé­riennes du­rant la guerre, do­cu­ments d’archive, bu­reau du ca­bi­net du mi­nis­tère de l’In­té­rieur des an­nées 1950, restes de ma­ni­fes­ta­tions… « Im­pos­sible de comp­ter toutes les pièces, nous avons plus d’un de­mi-siècle d’histoire ! L’en­ri­chis­se­ment du mu­sée s’est ar­rê­té à la fin des an­nées 1990 par manque de place… » pré­cise le guide, qui ai­me­rait pou­voir ac­cueillir des ca­mions et des mo­tos sup­plé­men­taires.

Pre­mière cu­rio­si­té qui frappe, les uni­formes n’ont pas beau­coup évo­lué entre la créa­tion des CRS et le dé­but des an­nées 1990. « C’est au dé­but des an­nées 1990 que notre ad­mi­nis­tra­tion a com­men­cé à se ren- dre compte que nos te­nues n’étaient plus adap­tées aux ma­ni­fes­ta­tions vio­lentes, on passe alors pro­gres­si­ve­ment de la te­nue clas­sique à la te­nue Ro­bo­cop », ra­conte cet an­cien mo­tard en dé­si­gnant une pho­to d’archive d’un col­lègue bles­sé à la jambe par un har­pon lors des ma­ni­fes­ta- tions de ma­rins-pê­cheurs à Rennes en fé­vrier 1994. Près de lui, un man­ne­quin porte la te­nue dite Ro­bo­cop, com­pre­nant ge­nouillères et cou­dières : « Il a l’avan­tage de la pro­tec­tion mais un in­con­vé­nient non né­gli­geable, il pèse tout de même 20 kg ! »

La vi­site per­met aus­si de rap­pe­ler l’éten­due des dif­fé­rents mé­tiers exer­cés par les CRS : maîtres na­geurs sau­ve­teurs sur les pages es­ti­vales, sé­cu­ri­té routière, CRS montagne, le pe­lo­ton mo­to­cy­cliste d’acro­ba­tie de la CRS (dis­sous en 2009) ou la fa­meuse com­pa­gnie no 1 dé­diée à la pro­tec­tion des hautes per­son­na­li­tés.

A la fin du tour, le guide est heu­reux de sur­prendre ses vi­si­teurs en fai­sant hur­ler la si­rène de rap­pel, qui « pré­ve­nait l a com­pa­gnie d’un speech im­mi­nent dans la ca­serne »… dans les an­nées 1950. La de­vise « CRS un jour, CRS tou­jours » a donc en­core de beaux jours de­vant elle avec ce mu­sée. * Vi­site uni­que­ment sur ré­ser­va­tion : mu­see-crs-01@in­ter­ieur.gouv.fr, 01.34.63.30.54. Che­mise bleue, cra­vate obli­ga­toire, veste Spen­cer et vul­gaire pan­ta­lon en toile : le CRS de Mai 68 n’était pas aus­si pro­té­gé que ce­lui d’au­jourd’hui. Le mu­sée dé­tient des pièces his­to­riques de cette pé­riode et les pré­sente dès l’en­trée comme « ob­jets phares ». Pour as­su­rer leur pro­tec­tion et le main­tien de l’ordre, les po­li­ciers CRS avaient droit à ce lé­ger bou­clier de moins d’un ki­lo de « type ro­main », d’un casque en plas­tique sans vi­sière et d’un bâ­ton de dé­fense. Pen­dant les vio­lentes ma­ni­fes­ta­tions de Mai 68, les CRS dis­po­saient éga­le­ment d’une sa­coche com­pre­nant un masque à gaz pour évi­ter d’in­ha­ler le gaz la­cry­mo­gène ain­si que des lu­nettes. Ces deux ob­jets sont des pièces au­then­tiques ré­cu­pé­rées par des agents mo­bi­li­sés à la Sor­bonne lors de la ré­volte de la jeu­nesse étu­diante pa­ri­sienne. Un des CRS pos­tés près de l’uni­ver­si­té les a of­ferts au mu­sée à sa re­traite. Il avait ré­cu­pé­ré le pa­vé et le clou (pro­ve­nant des ex-pas­sages pié­tons an­cien­ne­ment clou­tés) uti­li­sés par les ma­ni­fes­tants comme pro­jec­tiles vi­sant sa com­pa­gnie.

Pas­cal Masse est bri­ga­dier de po­lice et conser­va­teur du mu­sée des CRS : il as­sure l’en­tre­tien et la mise en va­leur de la col­lec­tion riche de cen­taines de pièces ain­si que les vi­sites qui at­tirent 1 500 cu­rieux par an.

Ce pa­vé et ce clou ont été re­mis par un CRS pos­té à la Sor­bonne en 1968 : ils avaient été je­tés sur sa com­pa­gnie.

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