Ils se battent pour Alexis Vas­tine

BOXE

Aujourd'hui en France - - EN FRANCE - Rio de Ja­nei­ro (Bré­sil) De l’un de nos en­voyés spé­ciaux Ké­vinn Ra­baud, di­rec­teur tech­nique na­tio­nal (DTN) ÉRIC MI­CHEL

UNE FORTE pré­sence in­vi­sible mais bien réelle pousse l’équipe de France de­puis son ar­ri­vée à Rio. Les mé­dailles de bronze dé­jà as­su­rées et celles qui sui­vront lui se­ront toutes dé­diées. Cette ombre est celle d’Alexis Vas­tine. Bron­zé à Pé­kin (Chine) après une dé­ci­sion dou­teuse en de­mi-fi­nale, le Nor­mand s’était fait scan­da­leu­se­ment vo­ler quatre ans plus tard à Londres en quart de fi­nale.

Pas­sé l’in­son­dable cha­grin an­glais, il s’était fait une pro­messe en re­trou­vant le sou­rire : « Je se­rai à Rio et j’irai cher­cher l’or. » Il avait com­men­cé à bos­ser dur pour ça. Mais Alexis Vas­tine n’est pas là. En mars 2015, il s’est éteint aux cô­tés de la na­geuse Ca­mille Muf­fat dans un tra­gique accident d’hé­li­co­ptère en Ar­gen­tine pour une émis­sion de té­lé. Il avait 29 ans. Son écla­tant sou­rire n’illu­mine pas le vil­lage olym­pique. Mais il n’est pas ab­sent.

« Sa dis­pa­ri­tion a sans doute sou­dé le groupe qui s’est dit : On va y al­ler pour toi, notre ami »

Il est bien là, par exemple sur le tee-shirt à son ef­fi­gie que ne quitte pas cer­tains membres du staff tri­co­lore comme John Do­vi ou en­core l’en­traî­neur cu­bain Luis Ma­ria­no Gon­za­lez Cosme. Vas­tine était son pou­lain à l’In­sep, presque son fils.

Alexis Vas­tine est om­ni­pré­sent dans le coeur des boxeurs tri­co­lores, qui étaient tous ses amis. « On ne fait rien sans pen­ser à Alexis, confirme To­ny Yo­ka, le fa­vo­ri chez les lourds. Il est tout le temps avec nous, dans nos pen­sées, dans nos âmes. Il nous donne de la force. Si ja­mais on doute, on pense à lui, à ce qu’il a en­du­ré. Si on com­bat, c’est pour nous et pour lui. Si on va cher­cher des mé­dailles, et on es­père tous qu’elles se­ront du plus beau mé­tal, elles lui ap­par­tien­dront au­tant qu’à nous. » « Notre bon­heur se­ra de ra­me­ner le plus de mé­dailles à sa fa­mille », souffle So­fiane Ou­mi­ha en fi­nale ce soir.

Si Vas­tine avait en­core été là, Sou­ley­mane Cis­so­kho n’au­rait peut-être pas été en de­mi-fi­nale du tour­noi olym­pique la nuit der­nière. Le ca­pi­taine des Bleus et le mé­daillé de bronze à Pé­kin étaient ri­vaux dans l a même c at égo­ri e (69 kg). Ri­vaux, mais proches : « Alexis est près de nous. Il était une per­sonne en or. C’est la cou­leur du mé­tal qu’on veut lui rap­por­ter », glisse le boxeur de Ba­gno­let (Sei­neSaint-De­nis).

« Quand Alexis est par­ti, confie le DTN Ké­vinn Ra­baud, toute l’équipe a été ra­va­gée par la peine. Il nous manque à chaque ins­tant. Mais sa dis­pa­ri­tion a sans doute aus­si sou­dé le groupe qui s’est dit : On va y al­ler pour toi, notre ami. » Un ami qui plane là-haut, quelque part. Bra­him As­loum, cham­pion olym­pique fran­çais, ne l’ou­blie pas : « La boxe, c’est une fa­mille sans race, re­li­gion, dif­fé­rence so­ciale. Alexis a su­bi de lourdes in­jus­tices. Il a eu un des­tin ab­so­lu­ment tra­gique qu’il ne mé­ri­tait pas. Je suis heu­reux pour sa fa­mille qu’on pense sans cesse à lui et qu’il soit en­core avec cette équipe. » A sa place.

Pa­ris, 17 mai 2016. John Do­vi (ici à l’en­traî­ne­ment) porte comme d’autres membres du staff tri­co­lore, un tee-shirt à l’ef­fi­gie d’Alexis Vas­tine, dis­pa­ru en mars 2015 dans un accident d’hé­li­co­ptère. Toutes les mé­dailles (au moins trois) que vont ob­te­nir les boxeurs fran­çais se­ront dé­diées au Nor­mand, qui s’était fait vo­ler à Londres sur ar­bi­trage.

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