L’autre do­jo de Gé­vrise Emane

Aujourd'hui en France - - AUTOUR DES JEUX - Rio (Bré­sil), De l’un de nos en­voyés spé­ciaux Gé­vrise Emane, ju­do­kate GUILLAUME GEORGES

MOR­RO DO FUBA, voi­là l’en­vers de l a carte postale. Per­chée à flanc de col­line tout au nord de la ville, cette fa­ve­la de 10 000 ha­bi­tants est si­tuée à une heure et de­mie, en trans­ports, d’Ipa­ne­ma ou de Co­pa­ca­ba­na. C’est un peu Rio sans Rio. Ici, comme dans les autres fa­ve­las de la ville, les maux sont clas­siques : chô­mage, vio­lence, ex­clu­sion… Les « mi­li­ciens », qui font ré­gner l’ordre, y af­frontent de temps à autre les tra­fi­quants de drogue qui tentent de ré­cu­pé­rer le ter­ri­toire.

C’est ici, en contre­bas de la fa­ve­la, que l’ONG Terr’Ati­va a ins­tal­lé ses lo­caux, dans une mai­son étroite qui sert à la fois de lieu de vie, de bi­blio­thèque, de salle in­for­ma­tique, de sal- le de sou­tien sco­laire et de sou­tien tout court. « Etre un en­fant de 6 ans ici, ce­la si­gni­fie avoir cinq heures de cours par jour, le ma­tin ou l’après­mi­di, et être in­oc­cu­pé le reste de la jour­née. Notre but est donc de leur pro­po­ser des ac­ti­vi­tés ex­tra­s­co­laires », ex­plique Jus­tine La­borde, la di­rec­trice de cette as­so­cia­tion fran­co-bré­si­lienne.

Ce lun­di, c’est donc ju­do. Et Da­ni­lo, 9 ans, semble dis­pu­ter le com­bat de sa vie sur la pe­tite ter­rasse de la mai­son, trans­for­mée pour l’oc­ca­sion en do­jo de for­tune. Il faut dire que l’ad­ver­saire est de taille : Gé­vrise Emane.

La ju­do­kate fran­çaise, cham­pion- ne du monde (2007, 2011, 2015) et mé­daillée de bronze aux JO de Londres (2012) mal­heu­reu­se­ment éli­mi­née d’en­trée en - 70 kg à Rio, sou­rit en voyant le pe­tit bon­homme ten­ter de l’im­mo­bi­li­ser sur les deux ta­pis po­sés au sol en guise de ta­ta­mis.

« Mes pa­rents m’ont tou­jours édu­quée dans le don de soi, donc c’était na­tu­rel pour moi de m’im­pli­quer, ra­conte Emane, mar­raine du pro­jet So­li­da­rio, qui vise à ré­col­ter des fonds pour construire un ter­rain om­ni­sports dans l’école. Et puis avec ces JO à Rio, je me voyais mal ne vivre que le cô­té spor­tif et per­for­mance. Je n’étais pas très à l’aise avec ça, en connais­sant l’en­vi­ron­ne­ment so­cial ici et les dif­fi­cul­tés que ren­contrent cer­tains en­fants is­sus de la fa­ve­la. »

Face à elle, l’op­po­si­tion est dy­na­mique et ri­go­larde et, en com­pa­gnie de Pris­cil­la Gne­to, Emane re­garde, par­tage plus qu’elle ne conseille. « L’ob­jec­tif n’est pas d’en faire des ath­lètes de haut ni­veau mais qu’ils gardent leur âme d’en­fant, qu’ils s’amusent. Cer­tains en­fants dans la fa­ve­la bas­culent trop vite dans le monde des adultes. »

« Mes pa­rents m’ont tou­jours édu­quée dans le don de soi, donc c’était na­tu­rel pour moi de m’im­pli­quer »

le­pa­ri­sien.fr Dans une fa­ve­la de Rio avec la ju­do­kate Gé­vrise Emane

Rio (Bré­sil), le 15 août. La ju­do­kate Gé­vrise Emane, mar­raine du pro­jet So­li­da­rio, a par­ti­ci­pé à une ini­tia­tion au ju­do avec une ving­taine d’en­fants de la fa­ve­la du Mor­ro do Fuba, au nord de la ville.

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