Le fol uni­vers du Poète fer­railleur

SCULP­TURE. A la croi­sée d’« Alice au pays des mer­veilles » et des films de Ter­ry Gilliam, Ro­bert Cou­dray a créé un monde à part.

Aujourd'hui en France - - LOISIRS ET SPECTACLES - NO­RA MO­REAU

UN ÉCRIN d’oni­risme per­du en pleine cam­brousse. C’est ce qui vient à l’es­prit lorsque, par le plus grand des ha­sards, on passe la porte du pe­tit monde-mu­sée d’un cer­tain Poète fer­railleur. En­trer dans l’uni­vers de Ro­bert Cou­dray, drôle de bon­homme à l’air tou­jours rê­veur, c’est un peu comme s’en­gouf­frer dans le ter­rier du la­pin blanc d’Alice. Sauf qu’il a com­men­cé à bâ­tir son pays des Mer­veilles « à 500 m de chez lui », dans la pe­tite com­mune de Li­zio (Mor­bi­han), il y a plus de vingt-cinq ans. Au mo­ment où, après avoir vé­cu plu­sieurs vies et exer­cé des mé­tiers aus­si di­vers que va­riés (pro­fes­seur, agri­cul­teur, gé­rant de ci­dre­rie, etc.), il s’est dé­ci­dé à

A« lais­ser son ima­gi­na­tion bri­co­ler d’elle-même ». Ini­tia­le­ment for­mé dans une école de ci­né­ma — qui reste tou­jours « son bou­lot de pré­di­lec­tion » — ce­lui qu’un ami sur­nom­ma un jour le Poète fer­railleur n’a ja­mais vrai­ment quit­té l’art de la mise en scène.

Sur deux hec­tares de ter­rain, le vi­si­teur se laisse va­ga­bon­der entre des tou­relles mul­ti­co­lores, une rou­lotte qu’on di­rait sor­tie d’une bande des­si­née, des fon­taines mé­ca­niques, une 2 CV trans­for­mée en voi­lier, des sculp­tures aux mille éclats. Le tout ha­bi­té par une mul­ti­tude d’au­to­mates et de jouets aux cent vi­sages. « Je dois avoir près de 70 sculp­tures et huit tours. Mais je vise les 22, à terme, dé­taille l’ar­ti­san. Tout est en­tiè­re­ment créé à l’aide de ma­té­riaux de ré­cup. Je fais le tour des dé­charges en quête de ma­tière à re­cy­cler. Main­te­nant, les gens viennent aus­si m’ap­por­ter des trucs. » Ro­bert, qui re­ven­dique avoir été « un fier éco­lo des 70’s », conti­nue ain­si de voir la vie en vert. Ses fon­taines, ses sys­tèmes d’hor­loge, ses sculp­tures mé­ca­niques dont les cli­que­tis rythment la vie du mu­sée en plein air (avec le bour­don­ne­ment des abeilles et des ani­maux de fermes qui ca­valent un peu par­tout) : tout fonc­tionne à l’éner­gie so­laire.

30 000 vi­si­teurs par an

Avec sa pe­tite en­tre­prise, il a réus­si à bou­ti­quer quatre em­plois, dont le sien. Le plus fort, c’est que ce mu­sée des cu­rio­si­tés poé­tiques n’a ja­mais bé­né­fi­cié de la moindre sub­ven­tion. « On a tout fait tout seuls. Nous consa­crons juste un pe­tit bud­get à la com­mu­ni­ca­tion de­puis des an­nées. » Mais de­puis quelque temps, c’est le bouche-ào­reille et sur­tout In­ter­net, avec les ré­seaux so­ciaux, qui font la pro­mo­tion du tra­vail de Ro­bert. « On est pas­sé à 300 vi­si­teurs par jour en pleine sai­son, s’étonne en­core le créa­teur. Et à 30 000 à l’an­née ! Comme quoi, se fier par­fois à son i ntui­tion peut me­ner quelque part. » Pour le Poète fer­railleur, la des­ti­na­tion a tou­jours été la même : un uni­vers qui in­vite le vi­si­teur à « cher­cher du po­si­tif » et à « re­gar­der au­tre­ment la beau­té du monde ». « Uni­vers du Poète fer­railleur » à Li­zio (Mor­bi­han). Ou­vert tous les jours de 10 h 30 à 12 h 30 et de 14 heures à 19 heures jus­qu’au 31 août. Ta­rif : 6,50 €. Pour les -18 ans : 5,50 €.

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