Avec les ga­lo­cheurs de Plo­van

Aujourd'hui en France - - VOTRE SOIRÉE TÉLÉVISION - Plo­van (Fi­nis­tère) De nos en­voyés spé­ciaux TEXTES : PIERRE VAVASSEUR PHO­TOS : OLI­VIER ARANDEL

IL Y A CEUX qui se sou­viennent de leur pre­mier bai­ser. A Plo­van, ce pa­ra­dis sur mer de 700 ha­bi­tants dans la baie d’Au­dierne, on se sou­vient de sa pre­mière ga­loche. C’est un art qui exige, comme à la pé­tanque, une tech­nique de pointe. On sai­sit dans sa main un pa­let rond, en fonte, de 1 100 g au ma x i mum. O n s e p o s t e à 8,5 m de la cible, une quille de bois co­lo­rée de 12 cm — la fa­meuse ga­loche — au som­met de la­quelle est po­sée une pe­tite pièce en fer, éga­le­ment ronde, nom­mée li­per (pro­non­cez li­par pour faire plus bi­gou­den). On lance le disque d’une main en se dé­brouillant pour qu’il voyage in­cli­né à 70° et cueille la quille à sa base. Si le li­per se re­trouve proche du pa­let, c’est un point d’em­po­ché. S’il est plus proche de la ga­loche, c’est un point de plus pour l’équipe ad­verse dans le cas où elle gagne. Hier à Plo­van, jour de Par­don et tan­dis qu’une messe en plein air était cé­lé­brée entre les den­telles de gra­nit des ves­tiges de la cha­pelle de Lan­gui­dou, tout ce que la contrée compte de ga­lo­cheurs, li­cen­ciés ou non, pa­tien­tait dans la file des ins­crip­tions à la pre­mière Coupe du monde de ga­loche.

Mais comme le monde est pe­tit, on n’y a vu que des Bre­tons. La Fé­dé­ra­tion bi­gou­dène de ga­loche, qui trouve que le co­mi­té des fêtes de Plo­van et son pré­sident Pierre Ba­louin a pous­sé le li­per un peu loin, fait la tête. A Plo­van on s’en fiche. Cette pe­tite confré­rie d’Astérix, ca­pable de dé­pla­cer toute l’an­née des men­hirs et des bar­nums pour ani­mer la com­mune — va­chettes, bro­chettes, arts de la rue, cous­cous en no­vembre… — a vu dé­bar­quer 58 dou­blettes, ce qui, com­men­tait-on ici et là, était dé­jà un très beau score.

Trois pa­lets, une quille et un li­per

Les joueurs sont ar­ri­vés qui avec leur pe­tit pa­nier, qui avec leur fi­let, qui avec la boîte en bois à cou­vercle amo­vible de l’aïeul ga­lo­cheur, voire avec des ré­ci­pients de for­tune qui fe­raient bien l’af­faire. Une boîte à ou­tils par exemple. A l’in­té­rieur, le né­ces­saire à ga­lo­cher. Trois pa­lets, une quille, dont la forme, pré­cise Guy Lau­tri­dou, ga­lo­cheur de pre­mière, est ins­pi­ré des bo­bines à fil des bro­deuses bre­tonnes, et le fa­meux li­per. On ins­crit au feutre noir les numéros des équipes dans des cap­sules de cidre. Le ti­rage au sort éta­bli, les concur­rents s’égaient dans les rues toutes fer­mées alen­tour à la cir­cu­la­tion. Mieux vaut faire at­ten­tion en tra­ver­sant : les pa­lets s’élèvent comme une vo­lée d’étour- neaux. Quand ils frappent le sol de biais, comme c’est conseillé, on dit qu’ils piquent. Les pièces giclent comme de la pe­tite mon­naie. Il faut aus­si quel­que­fois al­ler cher­cher les pa­lets dans le buis­son. At­ten­tion à ne pas bo­lin­cher. La bo­linche « c’est quand le pa­let tourne sur lui-même. » Ça, ça vaut pas, mais bon. Faut voir le ter­rain aus­si. Du bi­tume. Et qui a fon­du dans l’après-mi­di. A Plo­van, les rues ont toutes des pe­tits nids d’en­tailles.

Dy­lan, tour­neur frai­seur, 19 ans, s’est ha­billé, Coupe du monde oblige, en bleu-blan­crouge. Il passe le cap de la pre­mière épreuve en vain­queur. « Mais on a eu chaud : 15-14 ! » Ce grand gaillard a de qui ga­lo­cher : son grand-père « a tout ga­gné dans le coin ». C’était l’époque où les concours « se fi­nis­saient aux lu­mières de phares de voi­tures », dit-il. Hier, on ne sait pas si Dy­lan a fi­na­le­ment em­por­té les 300 € de ré­com­pense. Il a fal­lu ga­lo­cher — euh, ga­lo­per ailleurs — mais dans l’après-mi­di, en ce jour de Par­don, la messe des ga­lo­cheurs était loin d’être dite. le­pa­ri­sien.fr A Plo­van, à la dé­cou­verte de la ga­loche

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