La me­nace du re­tour

TER­RO­RISME. Alors que Daech re­cule dans ses fiefs, Pa­ris cherche com­ment faire face au re­tour des Fran­çais par­tis com­battre dans ses rangs.

Aujourd'hui en France - - LE FAIT DU JOUR - Pa­trick Cal­var, le di­rec­teur gé­né­ral de la sé­cu­ri­té in­té­rieure FRÉ­DÉ­RIC GERSCHEL

J A MA I S L A L U T T E contre Daech n’au­ra au­tant mo­bi­li­sé les di­ri­geants fran­çais. De­puis quelques mois, dans le se­cret de l’Ely­sée, les Conseils de dé­fense et de sé­cu­ri­té se suc­cèdent à un rythme sou­te­nu. Ce ma­tin en­core, au­tour de Fran­çois Hol­lande, les mi­nistres de haut rang (Dé­fense, In­té­rieur), les chefs mi­li­taires et les res­pon­sables des ser­vices de ren­sei­gne­ment vont s’échan­ger les toutes der­nières in­for­ma­tions sur l’éten­due de la me­nace et les opé­ra­tions en cours. Mais, alors que le groupe Etat is­la­mique re­cule de­puis des mois en Sy­rie et en Irak, une ques­tion en par­ti­cu­lier ta­raude les res­pon­sables po­li­tiques et sé­cu­ri­taires : que faire des dji­ha­distes fran­çais qui ten­te­ront de re­ve­nir dans l’Hexa­gone lorsque Daech per­dra tous ses ter­ri­toires ? « C’est un su­jet que nous es­sayons d’an­ti­ci­per, ad­met le chef de l’Etat en pri­vé. La coa­li­tion an­ti-EI se donne entre six mois et un an avant de rem­por­ter la ba­taille sur le ter­rain. Nous de­vons nous pro­je­ter dans l’après. » Le dé­fi est de taille.

Car, se­lon les der­niers chiffres, la France reste le pays eu­ro­péen le plus tou­ché par le phé­no­mène dji­ha­diste avec 680 adultes, fran­çais ou ré­si­dant en France, pré­sents ac­tuel­le­ment en Sy­rie et en Irak et 420 mi­neurs. Cer­tains com­bat­tants opèrent dans la ré­gion de Mos­soul. Mais la plu­part des Fran­çais de l’EI se trouvent ac­tuel­le­ment dans le nord de la Sy­rie, en par­ti­cu­lier au­tour de Ra­q­qa, la ca­pi­tale du « ca­li­fat » au­to­pro­cla­mé.

Bien sûr, les der­niers at­ten­tats de Nice et de Saint-Etienne-duRou­vray ont mon­tré que des in­di­vi­dus ra­di­ca­li­sés pou­vaient tuer sans avoir be­soin de bou­ger de chez eux. Mais les au­to­ri­tés fran­çaises craignent éga­le­ment une ré­édi­tion de l’at­taque du Ba­ta­clan et des ter­rasses pa­ri­siennes de no­vembre 2015 (130 morts) par des mi­li­tants re­ve­nus du front.

« Il ne fau­dra pas perdre de vue que, par­mi les fu­turs vé­té­rans, il y au­ra des ter­ro­ristes très aguer­ris, mais aus­si des gens r ele­vant d’ores et dé­jà de la psy­chia­trie et dont nous ne sa­vons pas ce qu’ils vont de­ve­nir », ex­pli­quait ré­cem­ment Pa­trick Cal­var, le di­rec­teur gé­né­ral de la sé­cu­ri­té in­té­rieure, de­vant la com­mis­sion de la Dé­fense na­tio­nale de l’As­sem­blée.

Après des an­nées pas­sées sur le ter­rain, cer­tains dji­ha­distes sont de­ve­nus de vé­ri­tables ma­chines à tuer. « Ils connaissent les fi­lières pour se pro­cu­rer des armes », a j o u t e u n e s o u r c e mi l i t a i r e . D’autres sont de­ve­nus des ex­perts en ma­tière d’ex­plo­sifs qu’ils peuvent par­fois fa­bri­quer en uti­li­sant des pro­duits de consom­ma­tion cou­rante (comme les en­grais agri­coles).

Sans le crier sur les toits, Pa­ris a de­man­dé à tous ses al­liés de la coa­li­tion de lui four­nir des in­for­ma­tions sur ses res­sor­tis­sants pré­sents en Irak et en Sy­rie afin de les re­cou­per avec ses propres don­nées. Des frappes aé­riennes ont dé­jà eu lieu pour « neu­tra­li­ser » (c’est-à-dire tuer) des com­bat­tants fran­çais. Mais, au som­met de l’Etat, on re­con­naît que ce­la ne suf­fi­ra pas et qu’il fau­dra trou­ver des so­lu­tions plus glo­bales pour contrô­ler le flux des re­tours.

« Il y au­ra des gens re­le­vant de la psy­chia­trie et dont nous ne sa­vons pas ce qu’ils vont de­ve­nir »

@fger­schel

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