Des ter­ro­ristes aguer­ris

Aujourd'hui en France - - LE FAIT DU JOUR - Le rap­port de la mis­sion par­le­men­taire sur les moyens de Daech É.P.

GAR­DIENS DE PRI­SON­NIERS, agents de la cir­cu­la­tion voire fos­soyeurs : les dji­ha­distes fran­çais en Sy­rie et en Irak ont long­temps été can­ton­nés aux se­conds rôles. Daech se mé­fiait de ces jeunes gens ac­cros à leurs smart­phones, ju­gés peu fiables et in­di­vi­dua­listes. Cer­tains sont de­ve­nus de­puis des cadres de l’or­ga­ni­sa­tion, au point d’oc­cu­per les vil­las dé­ser­tées par des fa­milles sy­riennes ai­sées. Ils ont ce­pen­dant fi­ni par se for­ger une ré­pu­ta­tion lors­qu’ils se sont trou­vés au front puis im­pli­qués dans des ac­tions ter­ro­ristes vi­sant l’Eu­rope. Le 3 août der­nier, un ar­ticle du « New York Times », ci­tant des sources au sein du ren­sei­gne­ment amé­ri­cain, af­fir­mait qu’un « ci­toyen fran­çais », sur­nom­mé Abou Sou­ley­mane, était de­ve­nu l’un des di­ri­geants de l ’ Em­ni ( ou Am­niyat), la branche « sé­cu­ri­té » du groupe ter­ro­riste char­gée du contre-es­pion­nage et des at­ten­tats à l’étran­ger. Et c’est un dji­ha­diste tou­lou­sain, Fa­bien Clain, qui, de­puis la Sy­rie, en­re­gis­tra le com­mu­ni­qué de re­ven­di­ca­tion au­dio des at­ten­tats du 13 no­vembre 2015 à Saint-De­nis et à Pa­ris.

« La si­tua­tion a bas­cu­lé en 2014, an­née mar­quée par l’aug­men­ta­tion constante du nombre de dé­cès, ana­lyse un po­li­cier de haut rang. Pour nous, c’était le signe que les Fran­çais opé­raient dé­sor­mais en pre­mière ligne. » A ce jour, près de 200 ont été tués au com­bat ou dans des mis­sions sui­cides. Se­lon les chiffres com­mu­ni­qués par le gou­ver­ne­ment, ils se­raient tou­jours 680 (dont plus de 200 femmes, sou­vent très ra­di­ca­li­sées) sur place. Même si le flot se ta­rit, ils forment tou­jours nu­mé­ri­que­ment le pre­mier contin­gent eu­ro­péen, es­ti­mé au to­tal à quelque 5 000 per­sonnes.

« Toutes les re­crues bé­né­fi­cient d’une for­ma­tion mi­li­taire ini­tiale de six se­maines dans un camp sy­rien. N’en sont dis­pen­sées que les re­crues ayant dé­jà un pas­sé mi­li­taire so­lide (NDLR : plu­sieurs an­ciens sol­dats fran­çais com­battent dans la zone aux cô­tés des is­la­mistes ra­di­caux), ex­plique le rap­port de la mis­sion par­le­men­taire s ur l es moyens de Daech, da­té de fin juillet. A l’is­sue de cette pé­riode, les re­crues peuvent pour­suivre leur cur­sus avec une spé­cia­li­sa­tion pour de­ve­nir ti­reur d’élite, ar­ti­fi­cier… Le groupe iden­ti­fie éga­le­ment des pro­fils par­ti­cu­liers et n’hé­site pas à ex­ploi­ter des ten­dances pa­tho­lo­giques pour, par exemple, consti­tuer une uni­té presque ex­clu­si­ve­ment dé­diée aux dé­ca­pi­ta­tions. »

De source po­li­cière, on éva­lue à 40 % la pro­por­tion de dji­ha­distes fran­çais pré­sents dans la zone ayant un pas­sé dé­lin­quant. Ain­si, Sa­lim Ben­gha­lem avait-il été condam­né à onze ans de ré­clu­sion pour un assassinat com­mis en 2001, avant de se ra­di­ca­li­ser en pri­son. Il se­rait l’un des geô­liers d’otages oc­ci­den­taux avec Meh­di Nem­mouche, as­sas­sin pré­su­mé du Mu­sée j uif de Bruxelles en mai 2014.

Co mme t o u s l e s s o l d a t s d e Daech, les hommes sont ré­par­tis dans des « ka­ti­bas », uni­tés com­bat­tantes com­po­sées en fonc­tion de cri­tères lin­guis­tiques. « Rai­son­ner en fonc­tion des na­tio­na­li­tés n’a au­cun sens, fait va­loir un bon connais­seur du dji­ha­disme. C’est la langue, en l’oc­cur­rence la fran­co­pho­nie, qui forge le com­pa­gnon­nage. » Les at­ten­tats de no­vembre 2015 en four­nissent une dra­ma­tique illus­tra­tion : fo­men­tés en Sy­rie, i l s ont été me­nés par des équipes com­po­sées à la fois de Fran­çais et de Belges.

« Une for­ma­tion mi­li­taire ini­tiale de six se­maines dans un camp sy­rien »

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