Che­vè­ne­ment crispe les mu­sul­mans

Aujourd'hui en France - - POLITIQUE - Ab­dal­lah Ze­kri, se­cré­taire gé­né­ral du Conseil fran­çais du culte musulman CHARLES DE SAINT SAU­VEUR

JUSQUE-LÀ, tout al­lait bien. Mal­gré quelques cri­tiques, la no­mi­na­tion an­non­cée de Jean-Pierre Che­vè­ne­ment à la pré­si­dence de la Fon­da­tion pour les oeuvres de l’is­lam de France sem­blait dans les tuyaux.

Mais de­puis lun­di et une in­ter­view ac­cor­dée à notre jour­nal, ce n’est plus aus­si sûr. « Les mu­sul­mans, comme tous les ci­toyens fran­çais, doivent pou­voir pra­ti­quer leur culte en toute li­ber­té, nous dé­cla­rait-il, avant d’ajou­ter : Le conseil que je donne dans cette pé­riode dif­fi­cile est ce­lui de dis­cré­tion. » La po­lé­mique, qui a aus­si­tôt en­flé sur les ré­seaux so­ciaux, a pris hier — au re­tour du week-end du 15 août — un tour plus ins­ti­tu­tion­nel. « Com­ment ça, dis­crets ? On ne va quand même pas vivre sous terre, comme des taupes ou des rats ? » s’in­digne Ab­dal­lah Ze­kri, se­cré­taire gé­né­ral du Conseil fran­çais du culte musulman (CFCM), l’or­ga­nisme re­pré­sen­ta­tif de l’is­lam dans le pays. Je suis ci­toyen fran­çais à 100 %. Je ne vais quand même pas me faire tout pe­tit parce que je suis musulman ! » pour­suit ce­lui qui est aus­si à la tête de l’Ob­ser­va­toire na­tio­nal de l’ is­la­mo­pho­bie. Au PS ( dont Che­vè­ne­ment a long­temps été un des pi­liers), d’autres s’émeuvent de cette sor­tie. « Pro­pos am­big u s v o i r e ma l - sains », a twee­té la sé­na­trice de Mar­seille Sa­mia Gha­li. Sa col­lègue pa­ri­sienne Ba­ri­za Khia­ri, « mu­sul- mane re­ven­di­quée » et « fa­rou­che­ment ré­pu­bli­caine », est éga­le­ment mal à l’aise. « J’ai une très grande consi­dé­ra­tion pour Jean-Pierre Che­vè­ne­ment, mais dire ce­la alors qu’il est pres­sen­ti à la tête de la Fon­da­tion de l’is­lam, c’est par­ti­cu­liè­re­ment mal­adroit », re­grette-t-elle. Au-de­là du faux pas, c’est le conte­nu même de l’in­ter­view qui dé­range les di­gni­taires mus ul­mans. « Dans l’in­ter­view, il fixe dé­jà le pro­gramme de sa fu­ture pré­si­dence… alors qu’il ne l’est pas en­core (NDLR : la dé­si­gna­tion est pré­vue en oc­tobre par le gou­ver­ne­ment). S’il est nom­mé, il ne se­ra pas seul à dé­ci­der. Ce genre de tu­telle, c’est in­sup­por­table », cogne Ab­dal­lah Ze­kri du CFCM. In­ter­ro­gé hier ma­tin sur Eu­rope 1, Che­vè­ne­ment a ba­layé d’un re­vers de main la po­lé­mique, qu’il a ju­gée « su­bal­terne et stu­pide ». Puis il s’est jus­ti­fié : « Toutes les vagues an­té­rieures de l’im­mi­gra­tion en France ont fait quelques ef­forts pour adop­ter nos us et cou­tumes. Ce même ef­fort est re­quis de tous. Il faut que cha­cun cherche à s’in­té­grer à la so­cié­té fran­çaise. » Mais le mal est fait. Et beau­coup es­pèrent dé­sor­mais une autre op­tion. « Un musulman à la tête de cette fon­da­tion, quel que soit son pro­fil, ce se­rait une bonne chose fi­na­le­ment », tranche Da­lil Bou­ba­keur, l’in­fluent rec­teur de la mos­quée de Pa­ris.

« Com­ment ça, dis­crets ? On ne va quand même pas vivre sous terre, comme des taupes ou des rats ? »

@cde­saint­sau­veur

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