Ha­mon dé­fie Mon­te­bourg

GAUCHE. L’ex-mi­nistre de l’Edu­ca­tion a an­non­cé hier sa can­di­da­ture à la pri­maire du PS. Cinq jours avant le grand show mé­dia­tique d’Ar­naud Mon­te­bourg à Fran­gy-en-Bresse.

Aujourd'hui en France - - POLITIQUE - Be­noît Ha­mon PHI­LIPPE MARTINAT

SES AMIS le jurent la main sur le coeur : le mo­ment choi­si tient seule­ment au ha­sard. « On vou­lait faire ce­la en juillet, mais avec les at­ten­tats, c’était com­pli­qué. On s’est donc re­por­té sur la pre­mière fe­nêtre de tir pos­sible après le 15 août », ex­plique le dé­pu­té de la Loire Ré­gis Jua­ni­co. Ré­sul­tat, hier, sur le pla­teau du 20 Heures de France 2, Be­noît Ha­mon a bel et bien brû­lé la po­li­tesse à son ami Ar­naud Mon­te­bourg en an­non­çant sa can­di­da­ture « à l’élec­tion pré­si­den­tielle » tout en ajou­tant qu’il par­ti­ci­pe­rait « à la pri­maire or­ga­ni­sée par le PS ». Cinq jours avant la tra­di­tion­nelle fête de Fran­gy-en-Bresse (Saône-et-Loire), où l’an­cien mi­nistre du Re­dres­se­ment pro­duc­tif a pré­vu de longue date de mettre sur or­bite sa… can­di­da­ture à la pri­maire de jan­vier 2017.

Iro­nie de l’his­toire, c’est pré­ci­sé­ment à Fran­gy-en-Bresse, il y a deux ans, que Mon­te­bourg avait, par ses cri­tiques contre la po­li­tique éco­no­mique de Hol­lande, en­traî­né vers la sor­tie du gou­ver­ne­ment — et contre son gré — un Ha­mon alors mi­nistre de l’Edu­ca­tion et un peu dé­pas­sé par les évé­ne­ments…

Dans l’en­tou­rage de Mon­te­bourg, on s’em­ployait dès hier à dé­gon­fler le pas­sage d’Ha­mon à la té­lé­vi­sion : « Ce n’est pas un scoop to­tal, qu’il soit can­di­dat », ba­laye le dé­pu­té de Saône-et-Loire Phi­lippe Bau­mel. « Be­noît ne s’est pas ca­ché de vou­loir s’ex­pri­mer dans le cadre de l’avant-pri­maire », mi­ni­mise Ch­ris­tian Paul, le chef de file des dé­pu­tés PS fron­deurs à l’As­sem­blée.

Comme dans les épreuves cy­clistes des JO, le « pis­tard » Ha­mon ne se­rait donc là que pour faire quelques tours, le temps de lan­cer le « cham­pion » Mon­te­bourg vers la ligne d’ar­ri­vée. Cu­rieu­se­ment, le dé­pu­té des Yve­lines et ses par­ti­sans ne ré­futent pas to­ta­le­ment ce scé­na­rio. Pres­sé par le jour­na­liste Ju­lian Bu­gier, Ha­mon a fi­ni par lâ­cher : « Si de­main il doit y avoir u n r a s s e mbl e ment , p o u r q u o i pas ? » Avant de cor­ri­ger dans les toutes der­nières se­condes de l’in­ter­view : « Ar­naud n’est pas en­core can­di­dat. S’il veut me sou­te­nir, il est le bien­ve­nu. »

Dans ce round d’ob­ser­va­tion, Mon­te­bourg et Ha­mon (les ri­vaux les plus dan­ge­reux pour Fran­çois Hol­lande) vont ex­po­ser leur pro­gramme al­ter­na­tif. Plus éco­so­li­daire, plus éco­lo et fa­vo­rable à une nou­velle ré­duc­tion du temps de tra­vail pour le se­cond qui dé­nonce un « mo­dèle de dé­ve­lop­pe­ment à bout de souffle ». Plus vo­lon­ta­riste et cen­tré sur le « made in France » pour le pre­mier. Mais ils vont sur­tout comp­ter leurs sou­tiens et leur audience. « Une pri­maire, ce n’est pas comme dans les congrès du PS. Le juge de paix, c’est l’opi­nion », aver­tit Fran­çois Kal­fon, l’un des porte-voix de Mon­te­bourg. « Nous avons des re­lais, un ré­seau qui pèse avec une tren­taine de par­le­men­taires dont des proches d’Au­bry, et Be­noît a une ex­pé­rience au gou­ver­ne­ment », ré­torquent les par­ti­sans du dé­pu­té des Yve­lines.

Dé­but juillet, Ch­ris­tian Paul avait réuni Mon­te­bourg, Ha­mon, ain­si que Ma­rie-Noëlle Lie­ne­mann, autre can­di­date de l’aile gauche, dans un res­tau­rant proche de l’As­sem­blée. Tous s’étaient mis d’ac­cord pour pri­vi­lé­gier le scé­na­rio d’un can­di­dat unique face à Hol­lande, si le pré­sident sor­tant dé­ci­dait de se re­pré­sen­ter. « On connaît suf­fi­sam­ment les pro­ta­go­nistes pour sa­voir qu’au­cun gouffre ne les sé­pare », veut croire Ch­ris­tian Paul. Qui a quand même pré­vu une réunion à La Ro­chelle les 10 et 11 sep­tembre pour s’en as­su­rer.

« Ar­naud n’est pas en­core can­di­dat. S’il veut me sou­te­nir, il est le bien­ve­nu »

(à droite)

Hier, sur le pla­teau du 20 Heures de France 2, Be­noît Ha­mon a brû­lé la po­li­tesse à son ami Ar­naud Mon­te­bourg (à gauche) en an­non­çant sa can­di­da­ture « à l’élec­tion pré­si­den­tielle ».

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