Alerte à l’in­secte asia­tique tueur de frênes

FO­RÊT. Il a dé­jà dé­truit des mil­lions d’arbres aux Etats-Unis. Un mi­nus­cule in­secte ori­gi­naire d’Asie s’at­taque aux frênes. Ap­pa­ru en Rus­sie, il pour­rait me­na­cer la France.

Aujourd'hui en France - - SOCIÉTÉ - ÉMI­LIE TORGEMEN

ON L’A BAP­TI­SÉ le « tueur de frênes ». L’agrile, ce mi­nus­cule co­léo­ptère ori­gi­naire d’Asie, a dé­jà dé­truit des mil­lions d’arbres en Amérique du Nord de­puis le Wis­con­sin, à la fron­tière ca­na­dienne, jus­qu’au Kan­sas. Et un nou­veau foyer vient d’être dé­cou­vert à Saint-Louis dans le Mis­sou­ri.

Alors les fo­res­tiers du monde en­tier tremblent comme des feuilles. Ar­naud Dow­kiw, Mon­sieur Frêne à l’In­ra (Ins­ti­tut na­tio­nal de la re­cherche agro­no­mique) de­puis 2012, tire la son­nette d’alarme : « En France, on es­saie de sau­ver nos frênes d’un cham­pi­gnon asia­tique, la cha­la­rose. Mais il faut im­pé­ra­ti­ve­ment me­ner les deux com­bats en même temps et an­ti­ci­per l’ar­ri­vée chez nous de l’agrile du frêne. »

Sur le Vieux Conti­nent, les gar­ni­sons de l’in­secte vert éme­raude sont dé­jà bien pré­sentes en Rus­sie et le front avance vers l’ouest… On es­time que ces ra­va­geurs de 10 à 13 mm pro­gressent de 40 km chaque an­née. A ce rythme, il leur fau­dra soixante ans pour at­teindre les portes de Pa­ris, mais, pré­vient Ar­naud Dow­kiw, « il n’y a au­cune rai­son que nous soyons épar­gnés. Ils ar­ri­ve­ront pro­ba­ble­ment bien avant par ba­teau ou par avion ca­chés dans le bois des caisses trans­por­tant les mar­chan­dises ». C’est en ef­fet de cette fa­çon que le tueur de frênes a en­va­hi l’Amérique du Nord.

Le plus fou c’est que, en Asie, son ter­rain de jeu d’ori­gine, l’in­secte fait as­sez peu de dé­gâts, puis­qu’il s’at­taque aux arbres ma­lades ou mou­rants. Mais en ar­ri­vant en Amérique et en Rus­sie, il s’est pris d’un ap­pé­tit fé­roce… Ses larves creusent des ga­le­ries pour se nour­rir et dé­truisent les arbres de l’in­té­rieur.

Le mi­nis­tère fran­çais de l’Agri­cul­ture prend la me­nace très au sé­rieux et fait tout pour la ju­gu­ler : l’en­ne­mi, Agri­lus pla­ni­pen­nis de son nom scien­ti­fique, est fi­ché au ni­veau na­tio­nal « or­ga­nisme de qua­ran­taine ». Dans les ports ou les aé­ro­ports, « les lots de frênes sont sys­té­ma­ti­que­ment contrô­lés […] et doivent être ac­com­pa­gnés d’un cer­ti­fi­cat phy­to­sa­ni­taire », pré­cise-t-on au mi­nis­tère.

A l’In­ra, Ar­naud Dow­kiw mi­lite pour que soit créée une banque gé­né­tique spé­ci­fique afin de pré­pa­rer la lutte à ve­nir. « Il faut ab­so­lu­ment gar­der des frênes com­muns, à fleurs ou oxy­phylles. Ce sont peut-être pré­ci­sé­ment ceux que la cha­la­rose est en train de tuer au­jourd’hui qui se­ront de­main ré­sis­tants à l’agrile. » Le mi­nis­tère a don­né s on f eu vert au pro­jet il y a quinze jours. Il reste à en dé­fi­nir les mo­da­li­tés. Gar­der des graines, des bour­geons ? Les conge­ler ou les conser­ver en fo­rêt ? Mais dans ce cas, com­ment les pro­té­ger ? Des îles pré­ser­vées, comme les Ca­na­ries, pour­raient ain­si de­ve­nir des conser­va­toires.

Le mi­nis­tère de l’Agri­cul­ture a dé­jà pris des me­sures de pro­tec­tion

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