Pre­miers PV pour les por­teuses de burkini

CONTRA­VEN­TION. Trois femmes ont éco­pé d’une amende le week-end der­nier sur les plages de Cannes, l’une des pre­mières villes à avoir ban­ni ces te­nues de plage cou­vrantes.

Aujourd'hui en France - - FAITS DIVERS - ZAHRA BOUTLELIS

CE FUT LA PRE­MIÈRE com­mune, cet été, à dé­gai­ner un ar­rê­té mu­ni­ci­pal in­ter­di­sant le port du burkini sur ses plages. C’est la pre­mière, aus­si, à avoir ver­ba­li­sé les contre­ve­nantes. Trois femmes qui se bai­gnaient en baie de Cannes (Alpes-Ma­ri­times) vê­tues de cette te­nue de bain ne lais­sant pa­raître que le vi­sage, les pieds et les mains ont ain­si dû s’ac­quit­ter le week-end du 15 août de l’amende pré­vue de 38 €, se­lon le cabinet du maire de la ville Da­vid Lis­nard (LR).

Sa­me­di, une jeune es­ti­vante de 29 ans s’est vue in­fli­ger un PV sur une plage de la Croi­sette par la po­lice mu­ni­ci­pale, puis une autre de 32 ans di­manche sur la plage Za­men­hoff et en­fin une troi­sième de 57 ans lun­di. Six autres femmes « qui se bai­gnaient en étant cou­vertes » ont aus­si été rap­pe­lées à l’ordre sans pour au­tant être ver­ba­li­sées. « Elles ont quit­té la plage sans faire de dif­fi­cul­té », as­sure-t-on au cabinet du maire de Cannes dont l’ar­rê­té du 28 juillet sanc­tionne les te­nues « de plage ma­ni­fes­tant de ma­nière os­ten­ta­toire une ap­par­te­nance re­li­gieuse ». A Ville­neuve-Lou­bet, autre com­mune des Alpes-Ma­ri­times à avoir ban­ni le burkini le 5 août, au­cune ver­ba­li­sa­tion n’a été faite mais plu­sieurs « rap­pels à l’ordre », se­lon la mai­rie.

Des plages du Pas-de-Ca­lais aux ri­vages de la Mé­di­ter­ra­née, les ar­rê­tés de cette na­ture se sont mul­ti­pliés ces der­niers jours, même si leur nombre n’ex­cède pas une di­zaine. Dans la fou­lée du maire PS de Sis­co (Hau­teCorse), où une vio­lente rixe à l’ori­gine en­core floue a op­po­sé jeunes Corses et fa­milles d’ori­gine magh­ré­bine sa­me­di (lire nos édi­tions d’hier), le pre­mier ma­gis­trat du Tou­quet (Pas-de-Ca­lais) a fran­chi le pas hier tout en ad­met­tant ne pas avoir vu de burkini sur ses plages. « Je sou­haite en­voyer un mes-

Les ar­rê­tés an­ti­bur­ki­ni se sont mul­ti­pliés ces der­niers jours

sage à tous ceux qui se­raient ten­tés de ve­nir avec ce type de te­nue pour leur dire qu’ils ne se­ront pas bien re­çus », a pré­ve­nu Da­niel Fas­quelle (LR). Dans le même dé­par­te­ment, le maire PS d’Oye-Plage a bran­di à son tour la me­nace du PV après avoir croi­sé di­manche une femme qui se ren­dait en bord de mer « en cape in­té­grale, gan­tée : on ne voyait ni son vi­sage ni ses yeux ». Dans la soi­rée, c’est en­fin le maire de Leu­cate (Aude) Mi­chel Py (LR) qui a an­non­cé son in­ten­tion d’in­ter­dire l’ac­cès aux plages de sa com­mune « à toute per­sonne n’ayant pas une te­nue cor­recte, res­pec­tueuse des bonnes moeurs et de la laï­ci­té, res­pec­tant les règles d’hy­giène et de sé­cu­ri­té des bai­gnades ».

Comme à l’époque de l’en­trée en vi­gueur de la loi in­ter­di­sant le port du voile in­té­gral, Ra­chid Nek­kaz, un entrepreneur d’ori­gine al­gé­rienne, a pro­mis hier de s’ac­quit­ter des amendes des contre­ve­nantes. « Bien qu’op­po­sé à titre per­son­nel au port du ni­qab, je consi­dère que per­sonne n’a le droit en dé­mo­cra­tie d’em­pê­cher une per­sonne de por­ter l’ha­bit de son choix dès lors que cet ha­bit ne re­pré­sente pas un dan­ger pour la li­ber­té d’au­trui ou la sé­cu­ri­té du ter­ri­toire », a jus­ti­fié ce­lui qui a créé, en 2010, un « fonds de dé­fense de la li­ber­té » do­té d’un mil­lion d’eu­ros afin de payer toutes les amendes en Eu­rope liées au port du ni­qab dans la rue.

Dé­non­çant une « réac­tion d’op­por­tu­nisme po­li­tique », le Col­lec­tif contre l’is­la­mo­pho­bie en France (CCIF) a an­non­cé son in­ten­tion de sai­sir le Conseil d’Etat pour an­nu­ler l’ar­rê­té de Cannes. Il « sert dé­sor­mais de mo­dèle d’ex­clu­sion pour d’autres mu­ni­ci­pa­li­tés » qui trouvent « l’op­por­tu­ni­té d’ex­pri­mer leur re­jet et de sa­tis­faire les groupes les plus ra­cistes », a-t-il dé­non­cé. La Ligue des droits de l’homme a éga­le­ment dé­po­sé des ré­fé­rés de­vant les tri­bu­naux ad­mi­nis­tra­tifs pour cha­cun des ar­rê­tés qu’elle consi­dère comme « un dé­voie­ment de la laï­ci­té ».

Pa­la­vas-les-Flots (Hé­rault), le 12 août. Alors que plu­sieurs com­munes ont in­ter­dit ces te­nues de bain cou­vrantes sur leurs plages, la Ligue des droits de l’homme a dé­po­sé des ré­fé­rés de­vant les tri­bu­naux ad­mi­nis­tra­tifs pour faire an­nu­ler ces ar­rê­tés.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.