Cette « Rue des al­locs » nous bous­cule

Aujourd'hui en France - - CINÉMA ET TÉLÉVISION - CHAR­LOTTE MO­REAU

C’EST UNE CAISSE de dy­na­mite dé­po­sée l’air de rien aux pieds du té­lé­spec­ta­teur, en pleine tor­peur es­ti­vale. Dans sa sé­rie do­cu­men­taire « la Rue des al­locs », lan­cée ce soir à 20 h 55, M 6 en­tend mon­trer le vi­sage de la pré­ca­ri­té en sui­vant des ha­bi­tants du quar­tier dé­fa­vo­ri­sé de Saint-Leu à Amiens (Somme). Par­mi les­quels Ma­rie-Jo, la veuve mère de 5 en­fants, John­ny, qui re­pêche des ob­jets de va­leur je­tés dans le ca­nal, ou Phi­lippe, qui a per­du pied à la mort de ses pa­rents. Tous vivent en des­sous du seuil de pau­vre­té, avec des bouées de sau­ve­tage nom­mées RSA, APL ou al­lo­ca­tion adulte han­di­ca­pé.

Un mi­ni­mum de vagues

Solidarité, hu­mour, portraits tou­chants mais aus­si ca­siers ju­di­ciaires, al­coo­lisme, dé­pres­sion, vio­lences conju­gales, illet­trisme… Un cock­tail ex­plo­sif, qui ins­truit au­tant qu’il bous­cule, et que M 6 ma­ni­pule avec pru­dence en pro­gram­mant les deux pre­miers épi­sodes en ca­ti­mi­ni, au coeur de l’été. Sans an­non­cer de date pour les deux sui­vants. Comme si la chaîne es­pé­rait, in fine, faire un mi­ni­mum de vagues avec ce pro­gramme pour­tant adapté d’un for­mat an­glais qui avait fait scan­dale outre-Manche il y a deux ans (voir ci-des­sous). Mais on ne pour­ra pas taxer de sur­en­chère cette « Rue des al­locs » fran­çaise si­gnée par la so­cié­té de pro­duc­tion Troi­sième OEil (« C à vous ») et un réa­li­sa­teur plus ha­bi­tué aux do­cu­men­taires de France 2 et Ca­nal + qu’aux prime times de M 6. « Je filme ce genre de su­jets de­puis vingt ans, je n’ai pas de ta­bou », re­con­naît Sté­phane Mun­ka, qui s’était pré­cé­dem­ment im­mer­gé chez les skin­heads ou les bi­keurs pour la chaîne cryp­tée. « On a pe­sé chaque scène au mon­tage, constam­ment ré­flé­chi pour pla­cer le cur­seur au bon en­droit, res­ter à la fois res­pec­tueux et re­pré­sen­ta­tif. On est loin de la ca­ri­ca­ture du pauvre qui vit sur le dos du sys­tème. » Ce qui n’em­pê­che­ra pas, chez ceux qui fe­ront la dé­marche de re­gar­der, l’in­évi­table dé­bat sur ce qu’il est bon de mon­trer ou non. Comme avec chaque réa­li­té dif­fi­cile à re­gar­der en face.

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