Le pu­blic de Rio sou­vent

OLYM­PISME. Trop par­ti­san, conspuant par­fois des cham­pions comme Re­naud La­ville­nie, les Bré­si­liens ne sont pas tous dans le ton des Jeux. Pour­quoi tant de haine ?

Aujourd'hui en France - - A LA CHAISE-DIEU, LA MUSIQUE, C’EST SACRÉ DEPUIS 5 - Rio (Bré­sil) De l’un de nos en­voyés spé­ciaux Ce­li­na, membre du co­mi­té d’or­ga­ni­sa­tion des JO ÉRIC BRUNA

L’IMAGE A FAIT LE TOUR de la pla­nète. Re­naud La­ville­nie, en larmes, re­ce­vant sa mé­daille d’ar­gent du saut à la perche sous les huées du pu­blic du stade olym­pique. « Quelques sif­flets ne m’au­raient pas cho­qué, lâche le Fran­çais, mais je ne m’at­ten­dais pas à une telle vio­lence. Je ne sou­haite à per­sonne de vivre ça. » Le re­cord­man du monde se pré­pa­rait tout de même à un ac­cueil dé­li­cat après sa com­pa­rai­son plus que mal­adroite et vite re­gret­tée, la veille, entre l ’ am­biance hos­tile au con­cours de perche et celle ré­ser­vée à Jes­sie Owens en 1936 à Ber­lin, lors de Jeux de si­nistre mé­moire.

Il n’em­pêche. Pour cette pre­mière in­cur­sion de la flamme en Amé­rique du Sud, la fer­veur par­ti­sane dont font preuve les Ca­rio­cas sur­prend dans le monde asep­ti­sé de l’olym­pisme. Et bous­cule sé­vè­re­ment les codes. Même Tho­mas Bach, le pré­sident d’un CIO tou­jours po­li­ti­que­ment cor­rect, a trou­vé « in­ac­cep­table aux Jeux olym­piques » le trai­te­ment ré­ser­vé à La­ville­nie.

« En tant qu’or­ga­ni­sa­teurs, Bré­si­liens et ama­teurs de sport, nous ne pen­sons pas que huer soit la bonne at­ti­tude, même quand un Bré­si­lien joue la vic­toire, ex­plique Ma­rio An­dra­da, porte-pa­role de Rio 2016. Nous al­lons in­ten­si­fier les mes­sages sur les ré­seaux so­ciaux pour s’as­su­rer que les fans se com­portent de ma­nière ap­pro­priée sans perdre leur pas­sion du sport. »

Vou­loir dé­sta­bi­li­ser l’ad­ver­saire n’est pas nou­veau. Aux JO de Mos­cou 1980, las­sé par les sif­flets, le per­chiste po­lo­nais Ko­za­kie­wicz avait adres­sé un cin­glant bras d’hon­neur aux tri­bunes après avoir rem­por­té l’or de­vant le So­vié­tique Vol­kov. Ce qui dé­tonne le plus au Bré­sil, c’est le cô­té sys­té­ma­tique. De nom­breux concur­rents, dans des dis­ci­plines peu ha­bi­tuées à évo­luer de­vant un pu­blic aus­si exu­bé­rant (ten­nis de table, tir, ju­do, etc.), ont ma­ni­fes­té leur aga­ce­ment. Le ten­nis­man belge Da­vid Gof­fin, le bas­ket­teur es­pa­gnol Pau Ga­sol ou en­core Si­mone Biles, la perle amé­ri­caine de l a g y mna s t i q u e , qua­druple mé­da i l l é e d’ o r , o nt ain­si été pris pour cibles.

Sans ou­blier « le trai­te­ment de fa­veur » dont bé­né­fi­cient tous les ath­lètes russes ou pré­su­més do­pés, conspués de leur pré­sen­ta­tion avant l’épreuve jus­qu’à un éven­tuel po­dium. Et en­core, les stades sont loin d’être pleins. Plus de 400 000 billets n’ont pas trou­vé pre­neurs. « Il ne faut pas ju­ger trop vite, ex­plique Ce­li­na, membre du co­mi­té d’or­ga­ni­sa­tion. La vé­ri­té, c’est que le Bré­sil est d’abord un pays de foot­ball et de vol­ley. Nous bai­gnons dans l’at­mo­sphère des sports col­lec­tifs. Alors on es­saie par tous les moyens de per­tur­ber l’équipe en face. Nous n’avons pas de cul­ture olym­pique. Il y a même des sports ici que les gens voient pour la pre­mière fois… »

« Nous n’avons pas de cul­ture olym­pique »

La­ville­nie à nou­veau sif­flé par le pu­blic

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