La Tur­quie vide ses pri­sons… pour mieux les rem­plir

Aujourd'hui en France - - POLITIQUE - Is­tan­bul (Tur­quie) De notre cor­res­pon­dante CA­MILLE LAFRANCE

LE GOU­VER­NE­MENT turc vide ses pri­sons ! 38 000 dé­te­nus ont com­men­cé à être li­bé­rés hier. « Il ne s’agit pas d’am­nis­ties », a te­nu à pré­ci­ser le mi­nistre turc de la Jus­tice, Be­kir Boz­dag, mais de « li­bé­ra­tions sous contrôle ju­di­ciaire ». Ces amé­na­ge­ments concernent les per­sonnes in­car­cé­rées avant le 1er juillet, celles condam­nées à au plus deux ans de pri­son et celles qui ont pur­gé la moi­tié de leur peine. En sont ex­clus les condam­nés pour meurtres, crimes sexuels, ter­ro­risme, ou en­core vio­la­tions de se­crets d’Etat.

Le nombre de dé­te­nus pas­se­rait ain­si de 214 000 à 176 000 alors que la ca­pa­ci­té car­cé­rale du pays est de 190 000. Mais cet ap­pel d’air dans les pri­sons sur­peu­plées du pays ne va pas du­rer. Un mois après le coup d’Etat ra­té contre le pou­voir du pré­sident is­la­mo-conser­va­teur Er­do­gan, la purge im­pla­cable qui s’est en­sui­vie char­rie un nombre im­pres­sionn a n t d e p r i s o n n i e r s . Qu e l q u e 35 000 per­sonnes ont en ef­fet été in­car­cé­rées de­puis la ten­ta­tive de putsch du 15 juillet, et 16 000 se­raient tou­jours der­rière les bar­reaux.

Les ac­ti­vistes et par­tis pro­kurdes aus­si me­na­cés

Sous cou­vert d’état d’ur­gence, les gardes à vue ont été pro­lon­gées à trente jours. En­tre­prises, tri­bu­naux, mé­dias, ad­mi­nis­tra­tion… les per­qui­si­tions s’étendent à tous les do­maines. « Ce­la donne l’im­pres­sion que les au­to­ri­tés veulent élar­gir les ar­res­ta­tions à d’autres groupes », an­ti­cipe An­drew Gard­ner, res­pon­sable d’Am­nes­ty In­ter­na­tio­nal. Les re­gards se tournent no­tam­ment vers les ac­ti­vistes et par­tis pro­kurdes. L’ONG se pré­oc­cupe par ailleurs des « abus » dont souffrent les dé­te­nus de­puis le coup d’Etat ra­té : mau­vais trai­te­ments, ré­duc­tions des lec­tures, des ap­pels et vi­sites. Tan­dis que les avo­cats sont sous pres­sion. Une membre du bar­reau d’Is­tan­bul avoue n’avoir pas osé dé­fendre des clients par crainte de re­pré­sailles. « On nous force à po­li­ti­ser notre pro­fes­sion », re­grette-t-elle.

A l’heure où les dra­peaux et hom­mages à la sou­ve­rai­ne­té na­tio­nale inondent les rues et alors que le par­ti au pou­voir, l’AKP d’Er­do­gan, « est plus fort que ja­mais » — se­lon le Pre­mier mi­nistre Bi­na­li Yil­di­rim — ces li­bé­ra­tions sus­citent donc de nom­breuses in­ter­ro­ga­tions. « Ces per­son- nes sont vul­né­rables et ma­ni­pu­lables même si ce sont de pe­tits dé­lin­quants, ils pour­raient être à la mer­ci de l’AKP », sou­ligne Ah­met Ki­raz, avo­cat et di­ri­geant lo­cal à Is­tan­bul du CHP, par­ti d’op­po­si­tion so­cial-dé­mo­crate.

Is­tan­bul (Tur­quie), le 5 août. De­puis le coup d’Etat man­qué, des mil­liers de nou­veaux dé­te­nus viennent gon­fler les rangs des pri­son­niers du pays.

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