SÉ­CU­RI­TÉ ROU­TIÈRE.

Où res­pecte-t-on le moins l’ar­rêt au feu rouge ? A Mar­seille, Nice et Pa­ris, à en croire une en­quête dé­voi­lée hier. Dans les rues de la ca­pi­tale, ça n’étonne pas Mi­chel. Comme beau­coup d’autres...

Aujourd'hui en France - - SOCIÉTÉ - Thier­ry, ma­na­geur d’un éta­blis­se­ment de res­tau­ra­tion ra­pide JILA VAROQUIER

IL EST LE PRE­MIER FEU de si­gna­li­sa­tion de la ca­pi­tale. Po­sé en mai 1923, à l’angle des bou­le­vards Saint-De­nis et Sé­bas­to­pol, à che­val entre les IIe, IIIe et Xe ar­ron­dis­se­ments pa­ri­siens. Près d’un siècle plus tard, il a bien du mal à se faire res­pec­ter.

Hier après-mi­di en­core, sur les ar­tères presque dé­sertes, il ne faut pas plus de dix mi­nutes pour consta­ter le pas­sage d’un deux-roues au rouge. Et de quelques autres conduc­teurs « à l’orange mûr ». « Griller les feux, c’est un sport na­tio­nal, ici ! » peste Jean­nick. Rien d’éton­nant donc, pour la re­trai­tée de Saint-Maur (94), que Pa­ris oc­cupe la troi­sième place après Mar­seille et Nice, des villes où l’on ne res­pecte pas le rouge (lire ci-contre). « J’ac­com­pagne ré­gu­liè­re­ment des han­di­ca­pés, as­sure-t-elle. Mal­gré ce­la, une voi­ture a grillé le feu alors que nous al­lions tra­ver­ser. De peur, j’ai ta­pé sur le ca­pot. » « Et il n’y a au­cune ex­cep­tion, râle Geor­gette, 87 ans. Voi­tures, ca­mions, scoo­ters, tout le monde s’y met. Je ne parle même pas des vé­los ! » Thier­ry, ma­na­geur du res­tau­rant KFC du quar­tier, ra­conte qu’un de ses em­ployés a été ren­ver­sé à deux re­prises : « La der­nière fois, c’était il y a six mois. Vers 2 heures du ma­tin, les rues sont as­sez vides. Le conduc­teur a brû­lé le rouge, heur­té mon col­la­bo­ra­teur et pris la fuite. » Le sa­la­rié a dû être ar­rê­té deux mois en rai­son de frac­tures du bas­sin et de l’avant-bras.

« Peut-être fau­drait-il mettre plus de ra­dars de feu ? » sug­gère Mi­chel. « En même temps, tem­père Ca­thy, son épouse, j’ai failli me faire ren­trer de­dans, jus­te­ment à cause d’un flash. Je m’en suis sou­ve­nue au der­nier mo­ment et j’ai pi­lé pour ne pas pas­ser au rouge. Le ca­mion qui me sui­vait s’est ar­rê­té in ex­tre­mis. » « Aux Etats-Unis, s’il n’y a per­sonne, on peut tour­ner à droite », ajoute Ly­die. « Cer­tains pays dis­posent aus­si d’un sys­tème de dé­compte qui in­dique le nombre de se­condes avant le pas­sage au vert, sug­gère Mar­gue­rite, une ha­bi­tante du quar­tier. Ce­la per­met de cal­mer les au­to­mo­bi­listes trop pres­sés. En même temps, je les com­prends. Sur les Grands Bou­le­vards, on est ar­rê­té tous les 100 m. »

Pris en fla­grant dé­lit sur son Vél i b’, Mike as­sume sans sour­ciller d’avoir conti­nué à pé­da­ler : « A vé­lo, c’est nor­mal ! C’est la li­ber­té. Les règles sont dif­fé­rentes. On passe pour évi­ter l es gaz d’échap­pe­ment. » Mais il as­sure en re­vanche qu’« au grand ja­mais » il ne brûle les feux au vo­lant, ni ne passe à l’orange. Mi­chel, un quin­qua, ex-Pa­ri­sien qui vit dé­sor­mais à Mont­pel­lier, est moins ca­té­go­rique : « A mo­to, dans Pa­ris, je les grillais tous, c’est vrai. C’est une perte de temps, concède-t-il, un peu gê­né. Mais je ne le fais plus au­jourd’hui. Ça coûte trop cher ! » sou­rit-il. Il hé­site. Puis ajoute : « Bon… Après, s’il est 4 heures du ma­tin, qu’il n’y a per­sonne dans les rues, il peut m’ar­ri­ver d’avan­cer un peu, de re­gar­der à gauche et à droite. Et de pas­ser au rouge. On le fait tous, non ? »

« Mon sa­la­rié a dû être ar­rê­té deux mois en rai­son de frac­tures du bas­sin et de l’avant-bras »

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