Faut-il ré­gle­men­ter les mé­di­ca­ments-bon­bons ?

SAN­TÉ. La mul­ti­pli­ca­tion des mé­di­ca­ments à la fraise ou au cap­puc­ci­no n’est pas du goût de cer­tains phar­ma­ciens, in­quiets des risques, no­tam­ment pour les en­fants.

Aujourd'hui en France - - SOCIÉTÉ - Mi­chèle De­lau­nay, mé­de­cin, dé­pu­tée de la Gi­ronde CLAU­DINE PROUST

FRAISE, FRAM­BOISE, cap­puc­ci­no, ca­ra­mel, va­nille ? Ces sa­veurs, dignes de l’étal d’un gla­cier, s’af­fichent sur l’em­bal­lage d’un nombre crois­sant de mé­di­ca­ments, en plus gros que l’in­di­ca­tion de la mo­lé­cule thé­ra­peu­tique. An­ti­fièvre, an­ti­dou­leur, an­ti­diar­rhée ou an­ti­toux… le phé­no­mène touche les mé­di­ca­ments en vente libre dans les phar­ma­cies qui ne les re­fusent pas (voir ci-des­sous).

La ten­dance n’est pas du tout au goût de la dé­pu­tée PS de la Gi­ronde Mi­chèle De­lau­nay. Mé­de­cin, ex-mi­nistre dé­lé­guée aux Per­sonnes âgées, elle s’en alarme dans un cour­rier à la mi­nistre de la San­té. Et compte pro­fi­ter du pro­chain pro­jet de loi de fi­nan­ce­ment de la Sé­cu­ri­té so­ciale (PLFSS) pour dé­po­ser un a men­de­ment « d’ap­pel » sur le su­jet. Ma­nière d’in­vi­ter la mi­nistre de la San­té à ré­gle­men­ter les pra­tiques des in­dus­triels du mé­di­ca­ment. « Les phar­ma­ciens de la chambre syn­di­cale de Gi­ronde m’ont aler­tée », confie la dé­pu­tée. Ce n’est pas tant la sa­veur ar­ti­fi­cielle du Fer­vex ou du Smec­ta — condi­tion­nés de sur­croît en do­settes de gra­nu­lés so­lubles à ava­ler n’im­porte où — qui alarme. Le fait d’aro­ma­ti­ser le trai­te­ment pour qu’il soit plus fa­cile à ava­ler, par un en­fant no­tam­ment, ne date pas d’hier. C’est le tour­nant mar­ke­ting des la­bos pour pous­ser la vente des mé­di­ca­ments sans or­don­nance qui laisse une sa­veur in­quié­tante.

La re­vue « Que choi­sir » était dé­jà mon­tée au cré­neau l’au­tomne der­nier contre le la­bo­ra­toire Up­sa qui fai­sait la pro­mo­tion, jusque dans le mé­tro pa­ri­sien, de l’Ef­fe­ral­gan cap­puc­ci­no (pour adultes) ou fraise (pour en­fants.). « On ne peut et ne doit ba­na­li­ser ain­si un mé­di­ca­ment. Ce n’est pas un pro­duit de consom­ma­tion comme un autre », in­siste Mi­chèle De­lau­nay, qui craint le més­usage, la sur­con­som­ma­tion, les risques d’ac­ci- dents no­tam­ment avec des en­fants, at­ti­rés par le cô­té bon­bon, et iro­nise : « A quand le lot de douze pa­quets pour le prix de huit ? »

Les Fran­çais, cham­pions de l’au­to­mé­di­ca­tion, n’ont pas be­soin qu’on flatte leur gour­man­dise pour ava­ler du pa­ra­cé­ta­mol par poi­gnées. Quelle qu’en soit la marque, cette mo­lé­cule en vente libre est la plus consom­mée dans l’Hexa­gone : 500 mil­lions de boîtes ven­dues en 2013. En ou­bliant un peu vite qu’un mé­di­ca­ment, quel qu’il soit, n’est ja­mais ano­din : « Quand une mo­lé­cule est ef­fi­cace, elle est aus­si toxique. » A forte dose (maxi­mum 4 g, soit 4 com­pri­més do­sés à 1 000 mg pour un adulte), le si « ba­nal » pa­ra­cé­ta­mol se ré­vèle dé­vas­ta­teur pour le foie.

« A quand le lot de douze pa­quets pour le prix de huit ? »

Si l’in­dus­trie phar­ma­ceu­tique a tou­jours cher­ché à fa­ci­li­ter la prise de leurs mé­di­ca­ments, les em­bal­lages vantent de plus en plus la sa­veur de pro­duits cen­sés d’abord soi­gner.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.