La rixe de Sis­co était une ba­taille de ter­ri­toire

Aujourd'hui en France - - FAITS DIVERS - Ni­co­las Bes­sone, pro­cu­reur de Bas­tia THI­BAULT RAISSE

« NI PER­SONNES ra­di­ca­li­sées d’un cô­té ni mé­chants ra­cistes de l’autre. » Les mots, très choi­sis, du pro­cu­reur de Bas­tia (Haute-Corse) lors d’une confé­rence de presse te­nue hier sur la rixe de Sis­co ont eu le double mé­rite d’ap­por­ter des éclai­rages né­ces­saires et de ten­ter d’apai­ser les ten­sions en­core vives sur l’île. Re­ve­nant sur le ré­sul­tat de quatre jours d’in­ves­ti­ga­tions et des cinq gardes à vue com­men­cées hier ma­tin, le ma­gis­trat a dé­crit le scé­na­rio pré­cis de la vio­lente ba­garre entre une fa­mille d’ori­gine magh­ré­bine de Lu­pi­no, dans la ban­lieue de Bas­tia, et des vil­la­geois de Sis­co, qui trouve son ori­gine dans un sou­hait de « pri­va­ti­ser » la plage de la part des pre­miers.

Les pre­miers in­ci­dents ont dé­bu­té plus tôt dans la jour­née, lorsque les bai­gneurs, par­mi les­quelles des fem- mes ha­billées et voi­lées, ont vou­lu « s’ap­pro­prier » la pe­tite crique, se­lon les mots du pro­cu­reur. « Ils ont mis un pan­neau d’in­ter­dic­tion de cir­cu­la­tion — plus ou moins sym­bo­li­que­ment car les per­sonnes pou­vaient pas­ser — pour que per­sonne ne vienne », a dé­crit Ni­co­las Bes­sone. A plu­sieurs re­prises, pas­sants et tou­ristes s’ap­pro­chant de trop près se sont ain­si vu in­sult e r e t me­na­cer , cer­tains re­ce­vant des jets de cailloux. Jus­qu’à ce qu’un groupe de jeunes du vil­lage ne se pré­sente à son tour sur les lieux.

C’est à cet ins­tant que la si­tua­tion s’en­ve­nime et que les ver­sions di­vergent. Une al­ter­ca­tion éclate entre les deux groupes. L’un des ado­les­cents au­rait alors été frap­pé par un ou plu­sieurs des trois hommes de la fa­mille d’ori­gine magh­ré­bine. Aver­ti que son fils pour­rait être mo­les­té, le père du jeune homme se rend sur place et au­rait à son tour su­bi des coups, plus i e urs t é moins évo­quant l’uti­li­sa­tion d’un har­pon et d’une batte uti­li­sés par les agres­seurs. Dans la fou­lée, ce sont plu­sieurs di­zaines de vil­la­geois en co­lère qui gagnent la plage. Cette fois, ce sont les bai­gneurs qui au­raient su­bi des vio­lences, avant que les gen­darmes ar­ri­vés en nombre n’apaisent les ten­sions.

Trois hommes de la fa­mille de Lu- pi­no âgés d’une tren­taine d’an­nées, et deux vil­la­geois de Sis­co âgés d’une cin­quan­taine et d’une ving­taine d’an­nées, étaient tou­jours en­ten­dus hier soir. « Cha­cun nie avoir por­té des coups aux autres », ré­sume une source ju­di­ciaire. « On est dans une lo­gique de s’ap­pro­prier cette plage, dans une lo­gique de caïd, et puis de l’autre cô­té, on a une sur­réac­tion vil­la­geoise in­adap­tée », a conclu le pro­cu­reur. Hier en fin de jour­née, en­vi­ron 500 ha­bi­tants et élus s’étaient ras­sem­blés de­vant la gen­dar­me­rie de Bor­go où se dé­roulent les gardes à vue afin d’ap­por­ter leur sou­tien aux deux vil­la­geois au­di­tion­nés.

« On est dans une lo­gique de s’ap­pro­prier cette plage, dans une lo­gique de caïd »

le­pa­ri­sien.fr Les dé­cla­ra­tions du pro­cu­reur

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