Dans « la salle des souf­frances »

Aujourd'hui en France - - LE FAIT DU JOUR - H.D.

POUR LA TROU­VER, il faut des­cendre des es­ca­liers, pas­ser les consignes à ba­gages, se perdre presque dans les méandres du hall 3 de la gare de Lyon à Pa­ris (XIIe) . Et nous voi­là dans une pièce in­ter­dite au pu­blic. On l’ap­pelle ici « la salle des souf­frances ». Ne vous mé­pre­nez pas, il ne s’agit pas d’une salle de tor­ture : au contraire, pour cer­tains, elle est sy­no­nyme de sou­la­ge­ment. Dans cette cin­quan­taine de mètres car­rés, si­tués en des­sous des voies de che­min de fer, s’en­tassent sur trois ran­gées une mul­ti­tude de cha­riots sur les­quels est po­sé un in­croyable bric-à-brac d’ob­jets, clas­sés par ca­té­go­ries (por­tables, por­te­feuilles, pous­settes, sacs, lu­nettes…). On y voit même dé­pas­ser un sabre de l’Ecole na­vale, ré­cu­pé­ré fin juillet. C’est ici qu’ar­rive tout ce que les voya­geurs égarent gare de Lyon mais aus­si dans les TER et les RER qui y tran­sitent, sans ou­blier les gares voi­sines. En tout, 200 en­tre­pôts de ce type existent en France, his­toire de gé­rer les ou­blis des voya­geurs. « Dans 80 % des trains, on re­trouve quelque chose de per­du », as­sure Ali­cia Le Menn, de la SNCF.

A la gare de Lyon, pas moins de 400 ob­jets sont ré­cu­pé­rés chaque mois. « En juillet et en août, on peut en ré­cu­pé­rer jus­qu’à 800, constate Vincent Pe­rei­ra, chef du ser­vice. On re­çoit sur­tout des va­lises, qui sont préa­la­ble­ment vé­ri­fiées par les forces de l’ordre. » Pour être sûr qu’ils se­ront sto­ckés en toute sé­cu­ri­té, ils sont pas­sés une nou­velle fois au dé­tec­teur, sur un ta­pis rou­lant ins­tal­lé à l’en­trée.

Ce ser­vice est une au­baine pour des voya­geurs comme Yves, un re- trai­té qui a éga­ré son câble d’ali­men­ta­tion dans un train Mar­seille-Pa­ris en juillet. « Je n’es­pé­rais plus trop le ré­cu­pé­rer au bout de deux se­maines », confesse le Mar­seillais étour­di. Com­ment est-ce pos­sible ?

Une fois ré­cu­pé­rés par les agents SNCF, les clés, montres et livres sont en­re­gis­trés dans un lo­gi­ciel qui per­met de faire le lien avec ce qui a été dé­cla­ré pe r du. Le s o b j e t s peuvent res­ter en­tas­sés jus­qu’à un mois (ou un peu plus pour les biens dits de grande va­leur comme les or­di­na­teurs), avant d’être re­mis au ser­vice des Do­maines (un ser­vice de l’Etat). Les cartes de cré­dit sont re­tour­nées aux éta­blis­se­ments ban­caires, les cartes d’iden­ti­té à la pré­fec­ture, une se­maine après la perte. Mais que les plus têtes-en-l’air, ins­tal­lés loin de ces centres, se ras­surent : un ser­vice de ra­pa­trie­ment est mis à leur dis­po­si­tion. Une fois l’ob­jet re­trou­vé, il leur fau­dra s’ac­quit­ter des frais de port, en plus des 5 € ré­cla­més pour toute res­ti­tu­tion (10 € pour les ob­jets de va­leur). 31 % des biens sont res­ti­tués au bout d’une se­maine, soit + 22 % par rap­port à 2014. paires de lu­nettes

A la gare de Lyon, 400 ob­jets sont ré­cu­pé­rés chaque mois

pièces d'iden­ti­tés vê­te­ments et chaus­sures ba­gages por­te­mon­naie ap­pa­reils élec­tro­niques di­vers

le­pa­ri­sien.fr Pa­ris, plon­gée au coeur du « ma­ga­sin » des ob­jets trou­vés

Gare de Lyon (Pa­ris, XIIe), le 4 août. Sur en­vi­ron 50 m2, en des­sous des voies de che­min de fer, s’en­tasse un in­croyable bric-à-brac d’ob­jets, clas­sés par ca­té­go­ries.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.