« Je suis tou­jours vi­vant ! »

EX­TRÊME DROITE. Jean-Ma­rie Le Pen n’a tou­jours pas di­gé­ré son ex­clu­sion du FN, il y a un an, et es­père être ré­in­té­gré grâce à la jus­tice. Il n’a pas re­noué avec sa fille.

Aujourd'hui en France - - POLITIQUE - Wal­le­rand de Saint Just, tré­so­rier du FN VA­LÉ­RIE HACOT

« LE CADAVRE se porte bien, mer­ci ! » Un an après son ex­clu­sion du Front na­tio­nal, le 20 août 2015, Jean-Ma­rie Le Pen n’a pas tour­né la page. Ecar­té par sa fille pour ses pro­pos ré­ité­rés sur les chambres à gaz et le ma­ré­chal Pé­tain, il ne se ré­sout dé­ci­dé­ment pas à prendre ses dis­tances. « Je suis un homme po­li­tique tou­jours vi­vant, en pleine pos­ses­sion de ses moyens, as­sène-til du haut de ses 88 ans, je reste un ani­mal com­ba­tif : chaque jour qui se lève est une aube d’Aus­ter­litz. »

La dé­marche s’est faite un peu lourde, il de­mande par­fois à ses in­ter­lo­cu­teurs de ré­pé­ter leurs ques­tions, mais le vieux chef n’a rien per­du de son sens de la for­mule… Ni de sa vo­lon­té d’en dé­coudre. Le 5 oc­tobre pro­chain, la plainte qu’il a dé­po­sée pour contes­ter son ex­clu­sion — « une dé­ci­sion illé­gale, in­fon­dée et in­juste », mar­tèle-t-il — se­ra exa­mi­née par le tri­bu­nal de grande ins­tance de Nan­terre. Avec un ob­jec­tif en ligne de mire : ob­te­nir sa ré­in­té­gra­tion au sein du par­ti qu’il a co­fon­dé en 1972.

En at­ten­dant, il pro­fite de ses va­cances chez des amis à Grasse (Alpes-Ma­ri­times) pour se consa­crer à l’écri­ture de ses Mé­moires — « J’en suis à la ba­taille d’Al­ger », glisse-t-il. Le Pen n’en garde pas moins un oeil at­ten­tif sur Jeanne, au se­cours — le mou­ve­ment qu’il a fon­dé il y a quelques mois — mais aus­si (sur­tout ?) sur le Front na­tio­nal. « Sur le fond, le FN est touj ours conforme au FN de Jean-Ma­rie Le Pen. Le dis­cours du 1er mai de Ma­rine Le Pen au­rait pu être pro­non­cé par moi », as­sure-t-il. Avant de ta­cler : « En re­vanche, à l’in­té­rieur du par­ti, on rem­place des mi­li­tants his­to­riques par de jeunes éphèbes frais émou­lus de Sciences-po. » Il conserve une haine te­nace à l’égard de Flo­rian Phi­lip­pot, le vice-pré­sident : « S’il y a bien un homme qu’on ne peut pas qua­li­fier de traître, c’est bien lui. Il a tou­jours été trans­pa- rent sur ce qu’il était : un haut fonc­tion­naire — et ça, c’est in­quié­tant —, un homme de gauche qui n’a ja­mais vo­té FN. » Et de conclure que sans « l’uni­té » — à sa­voir son re­tour — le FN ne se­ra pas en me­sure de conqué­rir le pou­voir en 2017.

« Nous l’avons écar­té pour évi­ter toute ac­cu­sa­tion de ra­cisme et d’an­ti­sé­mi­tisme [...] et pré­sen­ter le meilleur vi­sage pos­sible »

Des cri­tiques qui laissent de marbre les cadres fron­tistes : « De­puis son dé­part, nous pou­vons tra­vailler plus cal­me­ment, sans craindre la ré­per­cus­sion de cer­tains pro­pos. Nous l’avons écar­té pour évi­ter toute ac­cu­sa­tion de ra­cisme et d’an­ti­sé­mi­tisme. Pour nous, en ces pé­riodes dif­fi­ciles, il est im­pé­ra­tif de pré­sen­ter le meilleur vi­sage pos­sible », as­sure Wal­le­rand de Saint Just, le tré­so­rier du par­ti, qui fut long­temps un com­pa­gnon de route du Men­hir, et qui a vo­té en fa­veur de son ex­clu­sion : « D’un point de vue élec­to­ral, Le Pen, c’est ter­mi­né. Au sein du FN, c’est un re­gret », ré­sume-t-il.

Un re­gret pour Ma­rine Le Pen aus­si ? De­puis un an, mis à part quelques ren­contres for­tuites, le père et la fille ne se sont pas a dr e s s é l a pa­rol e . J e a n- Ma­rie Le Pen voit tou­jours ré­gu­liè­re­ment ses pe­tits-en­fants, mais il n’a plus au­cun contact avec Ma­rine. « Dans un cer­tain nombre de re­li­gions, le par­ri­cide est consi­dé­ré comme im­par­don­nable. Ce n’est pas mon cas, j’ai sou­vent été ame­né à par­don­ner », lance-t-il. Il n’a pour­tant pas fait signe à sa fille pour son an­ni­ver­saire, le 5 août. Ce qui ne l’em­pêche pas de fre­don­ner quelques pa­roles d’un tube in­ter­pré­té par Da­li­da : « J’at­ten­drai, le jour et la nuit, j’at­ten­drai tou­jours ton re­tour » en évo­quant sa ben­ja­mine. Lui qui est « à l’âge où on se rend compte que la vie est trop courte » glisse avec une pointe d’amer­tume ce mes­sage à l’in­ten­tion de la pa­tronne du FN : « Je t’aime quand même, mal­gré toutes tes in­di­gni­tés. » @vha­cot1

Nan­terre (Hauts-de-Seine), le 20 août 2015. Jean-Ma­rie Le Pen, ici à la sor­tie du siège du FN où il était convo­qué en for­ma­tion dis­ci­pli­naire avant d’en être ex­clu : « Dans un cer­tain nombre de re­li­gions, le par­ri­cide est consi­dé­ré comme im­par­don­nable. Ce n’est pas mon cas, j’ai sou­vent été ame­né à par­don­ner. »

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