Com­ment la fo­rêt re­naît de ses cendres

INCENDIES. Ra­va­gées par les flammes, les fo­rêts se ré­vèlent heu­reu­se­ment tels des phé­nix, pleines de res­sources pour se ré­gé­né­rer. Pa­tience, ça (re)pousse !

Aujourd'hui en France - - SOCIÉTÉ - ÉMILIE TORGEMEN

DES TRONCS NOIRCIS et des branches tor­dues par les flammes. Vi­trolles (Bouches-du-Rhône) ou la s t a t i o n c a l i f o r n i e n n e d e Wri - ght­wood (Etats-Unis) montrent les mêmes pay­sages dé­so­lés. La se­maine der­nière, 3 000 ha de gar­rigue au nord de Mar­seille par­taient en fu­mée. Cette se­maine, c’est le sud d’une Ca­li­for­nie sur­chauf­fée qui brûle. Hier, les col­lines à l’est de Los An­geles étaient en­core la proie des flammes.

Toutes l es es­pèces re­poussent-elles ? « Les ki­lo­mètres de fo­rêts gri­gno­tés par les bra­siers re­naissent en gé­né­ral de leurs cendres, car chaque arbre, se­lon son es­pèce, a sa stra­té­gie », ras­sure Lau­rence Le Le­gard-Mo­reau en charge des fo­rêts des Bouches-du-Rhône pour l’Of­fice na­tio­nal des fo­rêts (ONF). Les chê- nes verts se ré­vèlent par exemple de vé­ri­tables phé­nix des bois, ca­pables de faire de nou­velles branches à par­tir de souches car­bo­ni­sées… mais bien vi­vantes. « On dit qu’ils font des re­jets, comme l’es­sen­tiel des feuillus et quelques ré­si­neux, le ge­né­vrier ou le thuya de Bar­ba­rie par exemple », ex­plique Lau­rence Le Le­gard-Mo­reau. Les pins, eux, meurent vrai­ment, charge à leurs « en­fants » d’as­su­rer la re­lève. Mais comme ces ré­si­neux poussent haut et vite, ils se­ront les pre­miers à s’éle­ver de nou­veau…

Cer­tains arbres aiment-ils le feu ? « Quelques es­pèces sont par­ti­cu­liè­re­ment bien adap­tées aux incendies fré­quents. On parle de py­ro­phytes », dé­taille la fo­res­tière. Prix spé­cial du ju­ry pour le pin d’Alep, très fré­quent dans le sud de la France. Son écorce fine et ses ai­guilles ra­pla­pla ne lui sont d’au­cune aide face aux flammes. Il est le pre­mier à mou­rir. En re­vanche, le feu va pa­ra­doxa­le­ment l’ai­der à se re­pro­duire. Con­trai­re­ment à ses cou­sins pins pa­ra­sols ou pin des Ca­na­ries, il ne li­bère pas sa se­mence à la ma­tu­ri­té sexuelle. Les écailles de ses pommes de pin res­tent her­mé­ti­que­ment scel­lées par de la ré­sine… qui ne fond qu’à la cha­leur du feu. Après un in­cen­die, les graines tombent sur un sol « dé­bar­ras­sé » des autres es­pèces et chauf­fé. Ce qui ac­cé­lère la re­pousse.

Un mas­sif peut-il mou­rir to­ta­le­ment ? Des études montrent que, sou­vent, les fo­rêts mé­di­ter­ra­néennes re­poussent à l’iden­tique… Sauf si les flam­bées sont trop fré­quentes. « Le pla­teau de Vi­trolles tou­ché la se­maine der­nière avait dé­jà brû­lé en 2004, tous les pins n’avaient pas eu le temps d’ar­ri­ver à leur ma­tu­ri­té sexuelle entre 10 et 15 ans », s’in­quiète Lau­rence Le Le­gard-Mo­reau.

Com­bien de temps avant de se pro­me­ner de nou­veau en fo­rêt ? Les pre­mières pousses de pins peuvent sor­tir de terre dès ce prin­temps. « De pe­tits arbres de 10 cm », pré­cise Lau­rence Le Le­gard-Mo­reau qui, avec ses équipes, tra­vaille d’ar­ra­che­pied pour ai­der Dame Na­ture. Pas de pa­nique si l’été pro­chain au­cune pousse verte n’a ger­mé au mi­lieu des cendres, pré­vient la pro : les graines peuvent aus­si res­ter en­dor­mies plu­sieurs an­nées bien à l’abri en at­ten­dant des condi­tions fa­vo­rables. « En dix ans, les pins s’élè­ve­ront à 3 m, pré­vient la nou­nou de la fo­rêt, et à 10 m dans trente ans. »

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