Sau­vé par la marche

Aujourd'hui en France - - FAITS DIVERS - Pro­pos re­cueillis par SAN­DRINE LE­FÈVRE

per­met­tait de par­tir en va­cances… Jus­qu’à 12-13 ans, j’en ai pris plein la tronche, je me suis éman­ci­pé très vite, il n’y avait per­sonne pour me gui­der. Par mo­ments, je suis par­ti dans le mau­vais, le très mau­vais. J’étais dans les trucs chi­miques, le n’im­porte quoi qui te fait très mal et qui te rend pa­ra­no. A 19 ans, je me suis vu par­tir deux fois. Un jour, je me suis dit que je ne pou­vais pas conti­nuer comme ça. »

L’ath­lé pour échap­per à l’ar­mée

« J’ai fait de l’ath­lé­tisme pour échap­per à l’ar­mée. Mal­gré des ten­ta­tives, je n’ai pas réus­si à me faire ré­for­mer (rires), j’ai été ap­pe­lé pour un ser­vice ci­vil au club de Reims afin d’ai­der les jeunes du quar­tier. J’ai tes­té la marche, j’ai at­tra­pé le vi­rus. Je me sou­ve­nais de cette image de Per­lov et Po­ta­shov, en 1991, aux Mon­diaux. Ils mar­chaient sous le maillot de la CEI, étaient ar­ri­vés bras des­sus bras des­sous. L’un était russe, l’autre bié­lo­russe, cha­cun al­lait re­trou­ver son pays, ils vou­laient mar­quer la fra­ter­ni­sa­tion, et on a vou­lu les dé­par­ta­ger (NDLR : Po­ta­shov dé­cla­ré vain­queur à la pho­to fi­nish). J’ai ado­ré la marche, même si j’y ai par­fois lais­sé des plumes. Avant mon titre eu­ro­péen, en 2010, lorsque je m’en­traî­nais sur les routes, on me klaxon­nait, je me fai­sais in­sul­ter, on me je­tait des cailloux ou des ca­nettes. C’était dur, il fal­lait par­fois se ca­cher pour mar­cher car cette ges­tuelle liée à la marche dé­ran­geait. J’ai vou­lu mon­trer que ce n’était pas que tour­ner du cul, que ça de­man­dait des ef­forts. Je peux dire au­jourd’hui que l’ath­lé­tisme m’a sau­vé et per­mis de me re­mettre dans les rails. J’ai beau­coup ap­pris dans la souf­france d’un 50 km. Un 50, c’est à la fois un com­bat de boxe et une par­tie d’échecs. Au 35e km, c’est le cer­veau qui fait la dif­fé­rence, soit tu es eu­pho­rique et tu peux dé­pla­cer des mon­tagnes, soit tu es du cô­té obs­cur et tu sais que les 15 der­niers ki­lo­mètres vont être un cal­vaire. »

Un ci­toyen en­ga­gé

« Je suis dans la so­li­da­ri­té, le par­tage, l’échange. Voir quel­qu’un sur le trot­toir, ça me fait mal. Ma grand-mère était une com­mu­niste achar­née, elle m’a éle­vé avec des va­leurs, même si j’en ai lais­sé (rires). J’al­lais vendre le mu­guet au 1er Mai, j’ai in­té­gré la Jeu­nesse com­mu­niste ré­vo­lu­tion­naire à 14 ans. Plus tard, la nuit, je suis al­lé ta­guer à la bombe les af­fiches du FN, une ca­puche sur la tête, le mo­teur de la voi­ture al­lu­mé. Ça n’al­lait pas chan­ger le vote des gens, mais ça me sou­la­geait (rires). Je m’étais en­ga­gé en po­li­tique par convic­tion, mais c’est fi­ni, je n’ai plus de nou­velles de tous ces gens qui avaient fait ap­pel à moi pour les sou­te­nir. Dé­sor­mais, je se­rais plus proche d’un mou­ve­ment comme Po­de­mos, en Es­pagne. Je fais par­tie des gens qui ne croient plus en la po­li­tique, qui en ont marre des dis­cours for­ma­tés. »

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