De l’en­fer du Da­ghes­tan au rêve d’or bleu

Aujourd'hui en France - - FAITS DIVERS - STÉ­PHANE BIANCHI

n’ai pas vé­cu au coeur des bom­bar­de­ments, glisse-t-il sans cil­ler. Mais les tanks et tous les vé­hi­cules mi­li­taires pas­saient par chez nous pour se rendre sur les zones de conflit. Dans mon vil­lage, les at­ten­tats aux voi­tures pié­gées, les meurtres ou les ex­plo­sions de mines étaient mon­naie cou­rante. Moi, à l’époque, ça ne me dér an­geait pas, j ’ avais gran­di l àde­dans. C’est plus mes pa­rents qui n’en pou­vaient plus. »

Onze ans après, Ze­lim en­tend les re­mer­cier, à sa fa­çon, du cou­rage qu’ils ont eu d’aban­don­ner leur mé­tier de vé­té­ri­naire et d’ins­ti­tu­trice pour les pré­ser­ver du pire, lui, son frère aî­né Is­lam et ses deux soeurs. « Ils ont tout quit­té pour nous of­frir une meilleure vie, lâche le lut­teur. Ici, ma mère est de­ve­nue femme de chambre, mon père ma­çon… C’est un sa­cri­fice énorme qu’ils ont fait. Je me sens obli­gé de don­ner le maxi­mum en re­tour. Ils n’ont pas fait tout ça pour que je fi­nisse à la rue ou à faire des conne­ries. Je veux les rendre fiers. »

Seul re­pré­sen­tant mas­cu­lin de la lutte tri­co­lore

Et le ga­min, qui avait dé­bu­té la lutte à 7 ans au pays, n’a pas tar­dé à mettre sa théo­rie en pra­tique. Mal­gré la frac­ture du crâne contrac­tée en 4e après une sale chute dans la cour d’école, Ze­lim Khad­jiev n’est pas long­temps res­té au ta­pis. « Bron­zé » aux Cham­pion­nats d’Eu­rope ca­dets, puis ju­niors, il rem­porte les Jeux de la fran­co­pho­nie (74 kg) chez lui à Nice en 2013 avant de de­ve­nir, l’an­née sui­vante, le pre­mier Fran­çais de l’his­toire à dé­cro­cher un titre de cham­pion du monde ju­niors.

Le Ni­çois le sait, rien qu’avec cette cou­ronne, il au­rait été éle­vé « au rang de star et ga­gne­rait beau­coup d’ar­gent » dans son pays d’ori­gine. « Mais même si je suis ano­nyme et que la lutte est loin d’être le sport nu­mé­ro un en France, je ne me plains pas, dit-il. Ici, je vis bien et sur­tout je sais qu’on ne me lâ­che­ra pas. Alors qu’en Rus­sie, au moindre ac­croc, c’est fi­ni, il y en a 40 qui at­tendent der­rière ! » Pas de risque que ça se pro­duise chez les Bleus. A Rio, il est le seul re­pré­sen­tant mas­cu­lin de la lutte tri­co­lore (chez les femmes, Cyn­thia Ves­can a été éli­mi­née dès le pre­mier tour).

Cette so­li­tude ne bou­le­verse en rien ses ob­jec­tifs. « Cer­tains rêvent de par­ti­ci­per aux Jeux, sou­rit-il. Moi, de­puis que je suis môme, je rêve de les ga­gner ! On ne se sou­vient que de ce­lui qui a l’or au­tour du cou. Je veux être ce­lui-là ! »

Ze­lim­khan Khad­jiev veut mon­ter sur la plus haute marche du po­dium pour rendre fiers ses pa­rents.

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