Dé­ser­tion chez les vo­lon­taires

Aujourd'hui en France - - AUTOUR DES JEUX - Rio De l’un de nos en­voyés spé­ciaux M.J.

« J ’ AI E NTENDU DI RE que beau­coup de vo­lon­taires avaient quit­té leur poste. Pour ma part, je n’ai pas à me plaindre, mais je com­prends cer­tains dé­parts », lance Ana, une Bré­si­lienne qui s’ap­prête à prendre le mé­tro pour re­joindre la plage de Co­pa­ca­ba­na et pro­fi­ter de son jour de pause.

Comme 50 000 autres per­sonnes, cette jeune femme ori­gi­naire de São Pau­lo a été re­cru­tée pour tra­vailler bé­né­vo­le­ment lors des Jeux olym­piques. Mais de mau­vaises condi­tions de « tra­vail » au­raient conduit près d’un tiers d’entre elles, 15 000 vo­lon­taires au to­tal, à dé­mis­sion­ner. « Des connais­sances de­vaient al­ler tra­vailler dès 6 heures du ma­tin au parc olym­pique de Bar­ra da Ti­ju­ca, alors que le mé­tro qui fait le lien entre la zone sud de la ville et ce quar­tier ne com­mence à fonc­tion­ner qu’à 7 heures du ma­tin. Du coup, elles ont aban­don­né ! » sou­ligne cette Bré­si­lienne.

Manque de nour­ri­ture, gros­siè­re­té des res­pon­sables

C’est aus­si le cas de Da­vid, un Fran­çais ve­nu à Rio pen­dant ses va­cances. « J’avais un ami qui avait été vo­lon­taire aux JO de Sot­chi et il avait ado­ré. Mais les bé­né­voles étaient lo­gés en­semble, dans des ba­raques, c’était bien or­ga­ni­sé », ra­conte-t-il. « Ici à Rio, je de­vais al­ler tra­vailler de l’autre cô­té de la ville, sans que per­sonne ne me dise com­ment me dé­brouiller pour les tran­sports. J’ai bien écrit au Co­mi­té pour avoir plus d’in­for­ma­tions à ce su­jet mais je n’ai ja­mais eu de ré­ponse. J’ai sui­vi tous les en­traî­ne­ments en ligne ces der­niers mois, mais je l’avoue, je me suis dé­mo­ti­vé et j’ai pré­fé­ré pro­fi­ter de mes va­cances », souffle-t-il, un peu hon­teux.

La qua­li­té et la quan­ti­té de la nour­ri­ture of­ferte par le Co­mi­té est l’autre prin­ci­pal pro­blème poin­té du doigt par les pe­tites mains des JO. « On nous avait pro­mis un pe­tit dé­jeu­ner lorsque nous ar­ri­vions au tra­vail, mais nous avons juste eu le droit à des sa­chets de chips, de pop-corn et des barres de cé­réales », ra­conte João, un chauf­feur v o l o nt a i r e qui t r a v a i l l e e nt r e 5 heures et 14 heures dans le quar­tier olym­pique. « Et plus le temps passe, plus ça s’ag­grave : dé­sor­mais, on ne nous donne plus que du pop-corn ! Nous avons aus­si un ti­cket re­pas de 10 € pour le dé­jeu­ner. Ça se­rait cor­rect à une autre pé­riode de l’an­née, mais les prix des res­tau­rants alen­tour ont aug­men­té avec les JO et on ne peut pas s’ache­ter grand-chose… »

Le ser­vice tran­sport où oeuvre de Bré­si­lien, qui a po­sé un mois de congé pour son bé­né­vo­lat, se­rait en­core plus tou­ché par ces dé­fec­tions en sé­rie. « Près de 80 % des chauf­feurs vo­lon­taires ont dé­mis­sion­né. Nous de­vions être 1 000, nous sommes en réa­li­té moins de 200. Beau­coup de col­lègues ne sup­por­taient plus les mau­vaises condi­tions de tra­vail, la gros­siè­re­té de cer­tains de nos chefs… » re­grette João. « Moi, je reste car je n’aime pas aban­don­ner ce que j’en­tre­prends et c’est une bonne ex­pé­rience à ins­crire sur mon CV. Mais j’ai choi­si d’al­ler tra­vailler moins sou­vent, de me re­po­ser », sou­ligne-t-il.

Ces dé­mis­sions mas­sives ne semblent pour au­tant pas in­quié­ter le co­mi­té Rio 2016, qui a as­sure in­di­qué avoir pris en compte l’ab­sence de plu­sieurs vo­lon­taires dans ses plans.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.