Dé­so­la­tion dans les vignes du pic-saint-loup

Aujourd'hui en France - - EN FRANCE - CLAUDE MASSONNET

DANS LE SILLAGE en­chan­teur du pic Saint-Loup et du mas­sif de l’Hor­tus, au nord de Mont­pel­lier (Hé­rault), c’est la dé­so­la­tion à perte de vue. Ce ter­ri­toire qui vit et vibre par et pour ses vins d’ap­pel­la­tion de re­nom­mée in­ter­na­tio­nale, s’est trou­vé dans le cou­loir de l’orage de grêle qui a cou­ru mer­cre­di soir de­puis les Cé­vennes jus­qu’à la plaine lit­to­rale. Les grê­lons, gros comme des oeufs de pi­geon, ont scal­pé la vigne, la ré­dui­sant à une dé­so­lante fo­rêt de tiges sans feuilles et de grappes mar­te­lées de rai­sin à moi­tié mûr.

« C’est un coup dur à deux se­maines de la ré­colte. Les feuilles qui as­surent la pho­to­syn­thèse ont dis­pa­ru. Les rai­sins ne mû­ri­ront pas plus. Ils vont pour­rir sur place. La perte pour­rait at­teindre 85 % de la pro­duc­tion de notre do­maine fa­mi­lial » as­sure Ber­nard Na­dal, en exa­mi­nant sa par­celle de sy­rah, près de Lau­ret, qui ne don­ne­ra pas un ki­lo de rai­sin cette an­née. Il ex­ploite avec sa fille, Ch­ris­telle, Châ­teau Bois­set, à Val­flau­nès 60 ha en AOC pic-saint-loup que les ama­teurs s’ar­rachent. Pour l’ins­tant, il tente de pré­ser­ver l’ave­nir, la vigne et la ré­colte sui­vante en pul­vé­ri­sant du cuivre pour as­sai­nir les bois.

Ce ma­tin, ils tentent les ven­danges du déses­poir

Même choc, un peu plus loin, au do­maine de Lan­cyre. « Sur cer­tains îlots, la perte est de 100 %. Nous au­rons du mal à four­nir les mar­chés que nous avons tant de peine à éta­blir no­tam­ment à l’ex­port », ajoute Ch­ris­tel Va­len­tin. Plus au sud, à la co­opé­ra­tive du Bé­range, à Ven­dargues (800 ha, 160 pro­duc­teurs), c’est aus­si l’heure des mau­vais comptes. « On es­pé­rait sor­tir cette an­née 60 000 hec­tos. Peu­têtre ce se­ra la moi­tié » ex­plique un res­pon­sable. Ce ma­tin, les pro­duc­teurs vont ten­ter les ven­danges du déses­poir : ré­col­ter avant ma­tu­ri­té les cé­pages de vin blanc.

« On peut es­ti­mer que 2 000 ha ont été tou­chés par cet orage d’une grande vio­lence, dont 1 000 sont si­nis­trés à 80 %. C’est un évé­ne­ment cli­ma­tique d’une am­pleur ja­mais ob­ser­vée dans notre dé­par­te­ment. A la perte de ré­colte peut même s’ajou­ter la perte du fonds si les bois de la vigne sont tou­chés et ne pro­duisent plus. C’est une ca­tas­trophe pour ces pro­duc­teurs », af­firme Jé­rôme Des­pey, le pré­sident de la chambre d’agri­cul­ture de l’Hé­rault, qui va sillon­ner au­jourd’hui les par­celles dé­vas­tées. Il a dé­jà ré­cla­mé des dé­ro­ga­tions ré­gle­men­taires afin que les vi­ti­cul­teurs ac­tuel­le­ment pri­vés de pro­duc­tion puissent ache­ter des rai­sins dans d’autres do­maines pour ne pas perdre leurs parts de mar­ché. Après Mont­pel­lier, l’orage de grêle s’est trans­for­mé en pluie avant de dis­pa­raître dans le sillage des vignes du Bi­ter­rois.

Val­flaunes (Hé­rault), hier. Les feuilles des vignes de Ber­nard Na­dal ont été to­ta­le­ment ha­chées par les grê­lons. Les pertes peuvent al­ler jus­qu’à 100 % sur cer­taines par­celles.

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