« La vo­lon­té d’échap­per au sta­tut de tou­riste »

Sas­kia Cou­sin,

Aujourd'hui en France - - LE FAIT DU JOUR - Pro­pos re­cueillis par AR­THUR LINDON Pro­pos re­cueillis par É.C.

LA CHER­CHEUSE Sas­kia Cou­sin tra­vaille no­tam­ment sur les pra­tiques tou­ris­tiques. Le troc de mai­sons est-il né avec la ré­vo­lu­tion In­ter­net ? SAS­KIA COU­SIN. Non, il a tou­jours exis­té. Mais pas de ma­nière aus­si or­ga­ni­sée. Dans les so­cié­tés tra­di­tion­nelles, ac­cueillir l’étran­ger est une obli­ga­tion so­ciale, un de­voir qua­si sa­cré. Cette pra­tique s’est da­van­tage for­ma­li­sée à comp­ter des an­nées 1960 quand les pro­fes­seurs d’uni­ver­si­té amé­ri­cains ont com­men­cé à par­tir ré­gu­liè­re­ment en congé sab­ba­tique à l’étran­ger. Sauf qu’à

La plu­part des adeptes ont des re­ve­nus as­sez éle­vés. Cer­tains pos­sèdent d’ailleurs des ré­si­dences se­con­daires mais ne sou­haitent pas for­cé­ment y pas­ser toutes leurs va­cances. Ils au­raient les moyens de se payer l’hô­tel. Mais leur mo­ti­va­tion est sou­vent moins éco­no­mique que phi­lo­so­phique. Beau­coup ont une cer­taine ex­pé­rience du voyage et une ou­ver­ture sur le monde. Ce qu’ils re­cherchent avant tout dans cette forme de va­cances al­ter­na­tives, c’est de s’ap­pro­prier une ville, un ter­ri­toire, en en de­ve­nant un ha­bi­tant tem­po­raire. Der­rière, il y a aus­si sou­vent la vo­lon­té d’échap­per au monde ca­pi­ta­liste, à l’échange mar­chand, au sta­tut de tou­riste. Echangent-ils vrai­ment en toute confiance ? La pre­mière fois qu’ils ac­cueillent des hôtes chez eux, ils se montrent peut-être un peu mé­fiants. Plus que pour leurs ob­jets de va­leur, ils craignent sur­tout pour leurs sou­ve­nirs per­son­nels. Mais, très vite, leurs craintes s’es­tompent. Parce qu’en adhé­rant à un site ils se sentent ap­par­te­nir à une com­mu­nau­té. Leur plus grande an­goisse, au fond, n’est pas de lais­ser en­trer des in­con­nus chez eux, mais de ne pas leur don­ner as­sez. C’est le prin­cipe même du don et du contre-don. Il s’agit d’un troc, mais cha­cun sur­en­ché­rit pour ne pas se sen­tir re­de­vable. Pour avoir la sa­tis­fac­tion d’avoir don­né da­van­tage qu’il n’a re­çu.

« En adhé­rant à un site, ils se sentent ap­par­te­nir à une com­mu­nau­té »

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