Le sur­pre­nant tour­nant de Trump

ÉTATS-UNIS. Le can­di­dat ré­pu­bli­cain à la Mai­son-Blanche, lâ­ché par beau­coup de ses sou­tiens, s’est li­vré à un mea culpa.

Aujourd'hui en France - - POLITIQUE - New York (Etats-Unis) De notre cor­res­pon­dante Do­nald Trump CH­LOÉ CO­HEN

PER­SONNE ne s’y at­ten­dait. Pour la pre­mière fois de­puis le dé­but de sa cam­pagne, Do­nald Trump a pré­sen­té des ex­cuses. Vrai tour­nant po­li­tique ? Simple stra­ta­gème pour rat­tra­per son re­tard dans les son­dages ? Cer­tai­ne­ment un peu des deux. Jeu­di, lors d’un mee­ting à Char­lotte, en Ca­ro­line du Nord, le can­di­dat ré­pu­bli­cain s’est pré­sen­té sous un jour nou­veau : le ma­gnat de l’im­mo­bi­lier a cal­me­ment lu son promp­teur, al­lant même jus­qu’à re­gret­ter ses pa­roles bles­santes. « Par­fois, dans le feu de l’ac­tion dans un dé­bat, ou en s’ex­pri­mant sur de mul­tiples su­jets, on ne choi­sit pas les bons mots ou on dit la mau­vaise chose. Ce­la m’est ar­ri­vé », a-t-il dé­cla­ré. « Et vous n’êtes pas obli­gés de me croire, mais je le re­grette. Je le re­grette, en par­ti­cu­lier lorsque ce­la a pu bles­ser des gens per­son­nel­le­ment », a-t-il pour­sui­vi.

Des pro­pos sur­pre­nants pour un can­di­dat ha­bi­tué des dis­cours pro­vo- ca­teurs, qui n’a ja­mais fait marche ar­rière, et qui, il y a en­core quelques jours, dé­cla­rait : « Je suis qui je suis. C’est moi. Je ne veux pas chan­ger. »

Ses re­grets sont d’au­tant plus éton­nants que Trump a re­ma­nié son équipe de cam­pagne, en nom­mant Steve Ban­non, le pa­tron du site d’in­for­ma­tions conser­va­teur Breit­bart News, ré­pu­té pour son goût pour la po­lé­mique, nou­veau di­rec­teur gé­né­ral de sa cam­pagne. Mais, se­lon le « New York Times », ce style in­ha­bi­tuel se­rait si­gné Kel­lyanne Con­way, sa nou­velle di­rec­tric e de c am­pagne. Elle l’avait an­non­cé, le can­di­dat tien­dra dé­sor­mais un dis­cours plus dis­ci­pli­né et « cen­tré sur la po­li­tique ».

Ce chan­ge­ment in­ter­vient dans un contexte très dif­fi­cile pour le mil­liar­daire. Le Grand Old Par­ty est exas­pé­ré par les sor­ties po­lé­miques du can­di­dat ré­pu­bli­cain. Si cer­tains lui de­mandent de ren­trer dans le rang, d’autres se dé­so­li­da­risent, es­ti­mant que le can­di­dat de leur par­ti n’est pas qua­li­fié pour di­ri­ger le pays. La si­tua­tion est tel­le­ment ten­due qu’en dé­but de se­maine le « Wall Street Jour- nal » lui a di­rec­te­ment re­com­man­dé de re­mettre sa cam­pagne sur les rails d’ici le La­bor Day — 5 sep­tembre — ou de dé­mis­sion­ner.

Do­nald Trump a peut-être en­ten­du le mes­sage. Mais son mea culpa se­ra-t-il suf­fi­sant pour être élu pré­sident des Etats-Unis ? Pro­ba­ble­ment pas, et le mil­liar­daire le sait, s’il veut rem­por­ter la course à la Mai­sonB­lanche le 8 no­vembre, il de­vra élar­gir sa base élec­to­rale au-de­là de ses seuls sou­tiens à la pri­maire. Car les son­dages ne sont pas à son avan­tage — son ad­ver­saire dé­mo­crate Hilla­ry Clin­ton prend de l’avance, avec 47 % des in­ten­tions de vote contre 41 % pour Trump. C’est une des rai­sons pour les­quelles il a lan­cé un ap­pel du pied in­édit en di­rec­tion des élec­teurs noirs, d’abord mar­di dans le Wis­con­sin en ac­cu­sant les dé­mo­crates de les « avoir tra­his », puis jeu­di à Char­lotte, en dé­cla­rant : « Je ne me re­po­se­rai pas tant que les en­fants de ce pays, quelle que soit leur cou­leur, ne fe­ront pas plei­ne­ment par­tie du rêve amé­ri­cain. » Pour au­tant, Trump de­vra faire beau­coup plus pour sé­duire les élec­teurs afro-amé­ri­cains, qui ne sont pas en­core prêts à vo­ter pour lui.

« Par­fois, on ne choi­sit pas les bons mots. Ce­la m’est ar­ri­vé »

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