L’au­to-école « non mixte » dans le vi­seur de l’Etat

PO­LÉ­MIQUE. L’au­to-école qui veut pro­po­ser à par­tir de lun­di à Ville­franche-surSaône des cours ré­ser­vés aux femmes va faire l’ob­jet d’une ins­pec­tion de la po­lice.

Aujourd'hui en France - - SOCIÉTÉ - Sa­rah Ba­kar, la gé­rante de l’au­to-école CH­RIS­TEL BRIGAUDEAU

LES PRE­MIERS à pas­ser la porte de la nou­velle au­to-école de Ville­franche-sur-Saône, qui doit le­ver le ri­deau lun­di ma­tin au cen­tre­ville, se­ront des po­li­ciers en uni­forme. « Une ins­pec­tion au­ra lieu dès l’ou­ver­ture », ex­pli­quait-on hier à la préfecture du Rhône.

L ’ é t a b l i s s e me n t — b a p t i s é Au­to-école de la mai­rie pour sa p r o x i mit é g é o g r a p h i q u e a v e c l’hô­tel de ville — pro­po­se­ra une salle « ré­ser­vée aux femmes » pour les cours de code, et pro­met aux clientes qui le sou­haitent des le­çons de conduite dis­pen­sées par une mo­ni­trice, plu­tôt qu’un mo­ni­teur.

L’ini­tia­tive, très par­ta­gée sur les ré­seaux so­ciaux, fait scan­dale. Le maire et dé­pu­té (LR) de la ville, Ber­nard Per­rut, a sai­si la préfecture, « seule ha­bi­li­tée à dé­li­vrer les agré­ments pour l’ou­ver­ture d’au­to-écoles », ex­plique l’élu, gê­né aux en­tour­nures que la po­lé­mique tombe sur sa com­mune. « Dès lors que cette au­to-école an­nonce comme ar­gu­ment de vente une salle ré­ser­vée aux femmes, c’est une forme de com­mu­nau­ta­risme : je ne veux pas en­flam­mer le dos­sier, mais je dois ré­agir. Je suis sur­pris et cho­qué. »

L’éta­blis­se­ment, qui avait dé­po­sé un dos­sier en bonne et due forme, jus­ti­fiant no­tam­ment des di­plômes des mo­ni­teurs et de la sé­cu­ri­té des lieux, a ob­te­nu le feu vert des au­to­ri­tés le 5 août. « Mais rien ne sti­pu­lait dans les do­cu­ments four­nis cette or­ga­ni­sa­tion des lo­caux, pré­cise-t-on à la préfecture du Rhône. L’ins­pec­tion pour­rait abou­tir, se­lon les constats sur place, à une sai­sie du tri­bu­nal ad­mi­nis­tra­tif pour non-confor­mi­té du dos­sier. »

La gé­rante de l’en­tre­prise, Sa­rah Ba­kar, un peu dé­pas­sée par l’am­pleur du scan­dale, as­sure que « d’autres au­to- écoles f ont l a même chose ailleurs. Ce­la n’avait pas fait po­lé­mique jus­qu’ici, peut-être parce que le cli­mat était dif­fé­rent d’au­jourd’hui. C’est s eu­le­ment du com­merce, plaide-t-elle. Il y a une de­mande, j’y ré­ponds. »

Dans la ban­lieue pa­ri­sienne, une au­to-école d’Ar­gen­teuil (Vald’Oise) avait aus­si dé­po­sé, en jan­vier 2015, une an­nonce sur Fa­ce­book pro­po­sant « des cours de code ré­ser­vés aux femmes et des cours de conduite avec une soeur (NDLR : mu­sul­mane) ». A l’ac­cueil de l’en­tre­prise, tou­jours en ac­ti­vi­té, on as­sure qu’il n’existe pas de salle de code dé­diée aux filles, « mais quand une femme pré­fère des cours avec une mo­ni­trice, on s’ar­range pour ré­pondre fa­vo­ra­ble­ment. Nous avons de la de­mande de ce cô­té-là ». Phi­lippe Co­lom­ba­ni, le pré­sident de l’Union na­tio­nale des in­dé­pen­dants de la conduite (Unic), a de son cô­té dé­jà été « aler­té par des confrères des Yve­lines d’une « con­cur­rence de la part de mo­ni­trices in­dé­pen­dantes qui pro­posent de ma­nière confi­den­tielle à des jeunes femmes de leur dis­pen­ser les le­çons de conduite », re­late-t-il. Le phé­no­mène, « très dis­cret », reste, se­lon lui, « as­sez mar­gi­nal ».

« C’est du com­merce, il y a une de­mande, j’y ré­ponds »

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