Le sui­cide du ban­quier ita­lien pour­rait ca­cher un meurtre

Aujourd'hui en France - - FAITS DIVERS - Rome (Ita­lie) De notre cor­res­pon­dante FLO­RA ZANICHELLI

C’EST UNE AF­FAIRE que l’on pen­sait dé­fi­ni­ti­ve­ment clas­sée, et pour­tant… Trois ans après la mort de Da­vid Ros­si, an­cien di­rec­teur de la com­mu­ni­ca­tion de l’une des plus grandes banques ita­lienne, Monte dei Pa­schi di Sie­na (MPS), la po­lice scien­ti­fique de Sienne vient de re­mettre dé­fi­ni­ti­ve­ment en cause l’en­quête sur le dé­cès du ban­quier.

Les faits re­montent au 6 mars 2013. Dans la nuit, le corps sans vie de Da­vid Ros­si est re­trou­vé dans une ruelle de la tran­quille ville tos­cane. L’homme gît sur le dos après une chute de plu­sieurs étages. Ra­pi­de­ment, les ex­perts concluent au sui­cide.

A l’époque, MPS tra­verse une passe dif­fi­cile. La banque est au coeur d’une en­quête pour es­cro­que­rie et dé­lit d’ini­tié après le ra­chat mal­heu­reux et pro­ba­ble­ment frau­du­leux d’une autre banque, An­ton­ve­ne­ta. Tous les di­ri­geants font l’ob­jet de pour­suites ju­di­ciaires. Un coup dur pour cette banque sé­cu­laire ré­pu­tée pour sa so­li­di­té. L’avant-veille de sa mort, le do­mi­cile de Da­vid Ros­si a été per­qui­si­ti- on­né. Pour les juges, au­cun doute : dé­pas­sé par ce scan­dale, sous pres­sion, le ban­quier s’est je­té du haut de son bu­reau.

Des dé­tails pour le moins trou­blants

Mais les proches de Da­vid Ros­si ne peuvent se ré­soudre à cette ver­sion. A com­men­cer par sa femme, An­to­nel­la To­gnaz­zi. « Mon ma­ri était sou­cieux, la banque pas­sait un sale mo­ment, confie-t-elle aux jour­naux ita­liens. Mais ja­mais il ne se se­rait sui­ci­dé. » Pour la veuve, trop d’élé­ments ne cadrent pas. Pour­quoi son ma­ri lui a-t-il lais­sé ce mes­sage, dans le­quel il s’adresse à elle en l’ap­pe­lant To­ni, un sur­nom qu’il n’a ja­mais uti­li­sé ? Qui est donc cet in­con­nu qui ap­pa­raît sur la ca­mé­ra de sur­veillance quelques mi­nutes après la chute du ban­quier, au bout de la ruelle, comme pour s’as­su­rer du dé­cès ? D’où viennent les traces de coups sur le corps de la vic­time ? Qui a uti­li­sé le por­table de Ros­si après sa mort ? Et qui, en­fin, a fouillé dans son or­di­na­teur pour ef­fa­cer des dos­siers… post mor­tem ?

Dans son or­di­na­teur, les en­quê­teurs mettent la main sur plu­sieurs mails à l’at­ten­tion de Fa­bri­zio Vio­la, le di­rec­teur gé­né­ral de la MPS. Ros­si as­sure vou­loir par­ler au pro­cu­reur char­gé d’en­quê­ter sur le scan­dale MPS. Il sou­haite, écrit-il, vou­loir éclair­cir plu­sieurs points, avant de dis­pa­raître avec ses se­crets. C’est sur cette base que le pro­cu­reur de Sienne a dé­ci­dé la réou­ver­ture du dos­sier.

De­puis, de nou­veaux élé­ments sont ve­nus ren­for­cer le sen­ti­ment de confu­sion dans cette en­quête. Dans l’émis­sion de faits di­vers « Quar­to Gra­do » dif­fu­sée il y a peu en Ita­lie, l’avo­cat de la fa­mille Ros­si af­firme que la par­tie fi­nale de la vi­déo de la ca­mé­ra de sur­veillance où ap­pa­raît la chute de Da­vid Ros­si a été cou­pée avant l’ar­ri­vée des se­cours. L’émis­sion fait éga­le­ment état d’une prise vi­déo par un en­quê­teur une de­mi­heure avant que le bu­reau de Ros­si soit mis sous scel­lé et dans la­quelle le siège de son bu­reau n’est pas dis­po­sé de la même ma­nière que dans la vi­déo sui­vant les scel­lés.

Au­tant de zones d’ombre que les en­quê­teurs de­vront dis­si­per. Les conclu­sions des ex­perts ne sont pas at­ten­dues avant le mois d’oc­tobre.

Se­lon sa femme, Da­niel Ros­si n’avait pas un tem­pé­ra­ment sui­ci­daire.

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