Et Koons épou­sa la Cic­cio­li­na

En 1991, le jeune pre­mier de l’art contem­po­rain se ma­rie à l’église avec l’ex-star du X. Mais l’Amé­ri­quee re­jet­te­ra tou­jours cette der­nière. Une his­toire qui fi­ni­ra mal.

Aujourd'hui en France - - VOTRE SOIRÉE TÉLÉVISION - La Cic­cio­li­na évo­quant ses fans lors de son ma­riage avec l’ar­tiste Jeff Koons YVES JAEGLÉ

ILS N’AU­RAIENT JA­MAIS dû se ren­con­trer. A moins qu’au contraire, au dé­but des an­nées 1990 si bling-bling, un ai­mant n’ait at­ti­ré la star du X et celle de l’art contem­po­rain. Le plus grand ou plu­tôt le plus riche et cé­lèbre, cha­cun dans son do­maine. Coup de foudre, coup de fouet, coup dur. En un an, une ren­contre, une expo por­no chic et vrai­ment choc, « Made in Hea­ven » — « Fait au pa­ra­dis », comme on fait l’amour — qui fait ja­ser New York, la nais­sance d’un en­fant, la sé­pa­ra­tion, puis une in­ter­mi­nable ba­taille ju­ri­dique et deux en­lè­ve­ments, pour sa­voir le­quel des deux stars vi­vrait fi­na­le­ment avec le pe­tit Lud­wig Maxi­mi­lien, né de leurs ébats. Une his­toire d’amour, de cul et d’art, un fait di­vers pu­blic.

Hon­neur à la dame. Ilo­na Stal­ler, plus connue sous son sur­nom de Cic­cio­li­na — la par­tie la plus se­crète du corps fé­mi­nin, se­lon l’ita­lien po­pu­laire — n’était pas une ac­trice por­no comme les autres. Il n’y en eut qu’une comme elle, im­pro­vi­sant des dia­logues amu­sants et crus à l’écran, se mo­quant gen­ti­ment de ses par­te­naires et les obli­geant à la res­pec­ter, me­nant la danse et le coït de ses yeux bleus pro­vo­cants et rieurs. Hon­groise de­ve­nue ita­lienne après un pre­mier ma­riage, elle s’était fait connaître à la ra­dio par son verbe, jus­te­ment, avant de vivre de ses formes et de ses charmes à l’écran.

Quand elle ren­contre l’ar­tiste à la mode, elle a dé­jà 40 ans et s’est fait élire triom­pha­le­ment comme dé­pu­tée du Par­ti ra­di­cal à Rome, un man­dat qu’elle exerce de 1987 à 1992. C’est dé­jà presque l’Ita­lie de Ber­lus­co­ni et de ses frasques, où l’on aime cette aven­tu­rière dé­poi­traillée qui se bat pour les droits des femmes.

Faites en­trer le ga­lant : en 1990, Jeff Koons, plus jeune de trois ans que sa pro­mise, n’est pas en­core la mé­gas­tar qui a bé­né­fi­cié d’une ré­tros­pec­tive à Beau­bourg l’an der­nier, et dont un « Bal­loon Dog » s’est ar­ra­ché à 58 M$ en salle des ventes. A 37 ans, il est l’ar­tiste qui monte et se rêve en suc­ces­seur d’An­dy Wa­rhol. Ce der­nier ado­rait re­gar­der du por­no. Koons va plus loin : il en fait, en se pho­to­gra­phiant et se pei­gnant en pleine ac­tion avec la Cic­cio­li­na. Le jour de leur ma­riage, le 1er juin 1991, dans la plus grande église évangélique de Bu­da­pest (Hon­gire), la sex star dé­clare dans une longue robe blanche de sa­tin : « Je prends le deuil de tous les Cic­cio­li­ni », ses fans.

L’ex­po­si­tion de leurs étreintes ath­lé­tiques et chi­rur­gi­cales s’ouvre à l’au­tomne de la même an­née à la ga­le­rie Son­na­bend de New Yor k . « Le Nou­vel Obs » titre : « De l’art et du co­chon ». La belle Ita­lienne n’a pas fait le dé­pla­ce­ment en chair et en os, pour­tant sa ma­tière pre­mière. Le dé­par­te­ment d’Etat des Etats-Unis lui re­fuse un vi­sa, au nom de la mo­rale, même pour re­joindre son ma­ri amé­ri­cain… Les ta­bleaux pho­tos et sculp­tures po­ly­chromes de l’ex­po­si­tion sont in­ter­dits aux moins de 17 ans. Les titres font dans l’ex­pli­cite : « Dir­ty Eja­cu­la­tion », « Blow­job » (pipe).

On dis­cute en­core, vingt-cinq ans après, de la beau­té ou de la vul­ga­ri­té de ces oeuvres d’art. Les deux peut-être. L’obs­cé­ni­té du dé­sir, sans cache-sexe. Pour Koons, cette an­née folle joua sans doute le rôle d’un hap­pe­ning ar­tis­tique. De­puis, la Cic­cio­li­na a pro­po­sé de faire l’amour avec Sad­dam Hus­sein, puis Ben La­den, pour les in­ci­ter à faire la paix. Au fond, elle n’a ja­mais eu de chance avec les hommes. Sauf avec son fils Lud­wig Maxi­mi­lien, qui a fi­na­le­ment gran­di au­près d’elle. Ciao Cic­cio­li­na. Bu­da­pest, Hon­grie, 1er juin 1991.

« Je prends le deuil de tous les Cic­cio­li­ni »

Le fa­meux « Bal­loon Dog » (« Chien bal­lon ») de Jeff Koons a trou­vé ac­qué­reur pour la mo­dique somme de 58,4 M$.

L La sculp­ture « Dir­ty Jeff on top » (« Jeff le co­chon au-des­sus)d ssus) et la pho­to­gra­phie « Made in Hea­ven » (« Fait au pa­ra­dis ») lors d’une ex­po­si­tion au Tate Mu­seum de Londres en 2009. (EPA/D.Deme.)

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