Les re­quins, c’est pas du ci­né­ma

BIO­DI­VER­SI­TÉ. Dans « Ins­tinct de sur­vie », une jo­lie sur­feuse est pour­chas­sée par un squale san­gui­naire. Le film ali­mente les cli­chés sur une es­pèce pour­tant in­fi­ni­ment moins dan­ge­reuse que les mous­tiques et les chiens.

Aujourd'hui en France - - ACTUALITÉ - ÉMI­LIE TORGEMEN

LA SOR­TIE d’« Ins­tinct de sur­vie », pâle co­pie des « Dents de la mer », ir­rite les spé­cia­listes. « Ce­la fait beau­coup de mal aux re­quins, pro­teste Ro­bert Cal­ca­gno, di­rec­teur de l’Ins­ti­tut océa­no­gra­phique de Mo­na­co. Ce genre de films pro­page des cli­chés écu­lés. »

Le re­quin est un pré­da­teur san­gui­naire

FAUX. Dans le film, Nan­cy, une jo­lie sur­feuse, est pour­chas­sée par un grand blanc. « Le scé­na­rio est fon­da­men­ta­le­ment in­exact. Le re­quin blanc chasse par op­por­tu­ni­té, il ne piste ja­mais sa proie des heures. » Ce squale peut, à l’oc­ca­sion, mordre un na­geur, mais, même dans ce cas, il ne le dé­vo­re­ra pas. « En re­vanche, sa mor­sure peut pro­vo­quer des hé­mor­ra­gies mor­telles. Quant à ar­ra­cher un membre d’un coup de dents, c’est im­pos­sible », tranche Ro­bert Cal­ca­gno.

C’est un re­dou­table dan­ger pour l’homme

VRAI ET FAUX. En 2015, il y a eu 98 at­taques dans le monde, un re­cord de­puis 1988. Mais elles n’ont tué que six per­sonnes contre 50 000 morts dues aux ser­pents. Le grand blanc de Gua­da­lupe (Mexique) est la plus grande me­nace avec ses cou­sins bou­le­dogue et tigre. A cô­té de ces « mé­chants », 500 autres es­pèces de re­quins sont in­of­fen­sives. Le re­quin-ba­leine se nour­rit ex­clu­si­ve­ment de planc­ton. « Le grand pu­blic mé­lange tout, re­grette Ro­bert Cal­ca­gno. Il suf­fit de voir la pa­nique des na­geurs quand ils croisent une rous­sette en Mé­di­ter­ra­née. »

On ne peut pas échap­per à l’at­taque d’un re­quin.

FAUX. « Quand il s’agit de re­quin, on plonge tout de suite dans l’ir­ra­tion­nel », sou­pire Ro­bert Cal­ca­gno. Dans les zones des at­taques (Réunion, Ca­li­for­nie, Aus­tra­lie…), il existe pour­tant des tech­niques éprou­vées de ges­tion des risques : bouée équi­pée d’un so­nar don­nant l’alerte dès qu’un squale ap­proche, boî­tier at­ta­ché à la poi­gnée des sur­feurs (shark­pod) qui émet des ondes éloi­gnant les re­quins… « Si Nan­cy en avait eu un, le film au­rait du­ré une mi­nute », iro­nise Cal­ca­gno.

Phi­lippe Cous­teau dé­fend la cause des re­quins dont la ré­pu­ta­tion est faus­sée par la peur qu’ils ins­pirent, sou­vent à tort.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.